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Full text of "Belphégor : essai sur l'esthétique de la présente société française"

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in  2010  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/belphgoressaisOObend 


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JLLIK.N    Hh.M)A 


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ESSAI    STH    i;KSTIif:TloL'K 

DE   LA  PRÉSE5TK 

SOCIÉTÉ    FKANÇAISE 


Lt  channe  de  «ealir  c»t-il  donc  »i  f<>rt 


U(   VTRitME     EDITION 


ÉMILE-PAIL    FHÉHES.    LDITELhS 

iOO,    BLE    Dl  rAllOlRG-SAlMT-HUtOfti,    100 
fLACK    BIAVVAl 

1918 


N^^ 


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lîi  i.nir.(.(H{ 


DU  MflMF  AITEIK 


A  LA  MÊME  LIBRAIRIE 

Les  Semimems  de  Critias  4*  édition    ...     1  vol. 
LOuniMATiON  i,12*  édition) 1  vol. 

AUX  ÉDITIONS  DU  MERCURE  DE  FRANCE 


l.ï.  Bergsomsme  ou  une  philosophie  de  la  mobi- 
lité (5*  édition) 1  vol. 

Si  n  le  siT.c.Ès  nu  nKU<iSONisMK,  prooé<lé  d'une 
réponse  aux  défensrurs  do  la  doctrine 
(3*  édition) 1  vol. 


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.iri.iKN   lu;  M»  A 


iu:Lriii:(.()R 


ESSAI    SI  II    LESTHtïloi  I 

DF   LA  PRÉSF?ITF 

SUCIKTK    FK  \N«    \|nK 


I  toc  si  rort^ 

igtftfrrt). 


PARIS 
KMILE-PAIL    FRÈRES.    ÉDITEURS 

100.    IIOB    DU    PAL'BOLftG-SAl.lT-HOflOlÉ,    i  00 


LM   t     nk\l\AL- 


iJÏH 


Justirw:aUoD  du  tirage 

N^  :]G9 


.  f^r9 


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I  / 


Belphég^r 


ISsBai    sur  l'esthotiqne   de   la 
présente    ocoiôté   francalGe,    p^-r 
Julien  Benda.    Paris,   I9I9- 

Ce  livre,   p'^tit  par  le   volinne, 
soulève    de    grn    ses   questions;    il 
8*y  attaque   avec  une   ardeur  allè- 
gre,   avec   un  g^ât   tr   s   vif  des 
idées   et  de   l'analyse;    11   i^niiici- 
te   parfois   la  discussion,    8'"uvent 
l'adhésion,    en    t^ut   cas  l'attention 
et  l'intérêt. 

Con85dérant   "i  a   "bonne   société" 
française      o'est-H-dire   cette  clas- 
se de  privilégiés    qui   a  le   loisir 
de    se   livî^er  k  des    émotions    ar- 
tistiques,   telle   qu'elle    '^tait 
avant  la  guerre    (et   sur  le  point 
qui  l'intéresse,    il    ne  vojt  pas 
qu'elle    ait   enc   re  beaucoup  chan- 
gé^,Benda  la   j'ige  en  ces   termes    : 

La  présente    société   fran^;aii3e 
demande   aux  oeuvres  d'art   qu'el- 
les lui    fassent   éprouver  des   émo- 
tions et  des   sensati'^nB   :    elle 
entend  ne   plus   conr.attre  p*  r  elles 
aucune  espèce    le  plaisir  Intellec- 
tiîel . 


Balphé^or 

Ce   goût,    11    reconnaît    qn^elle    l'a 
toujours    en;    qu'^  aucune    époque, 
même   au   gran l    siècle,    la  aoolété 
mondaine   -   le  plus   souvent  dirigée 
par  d-^8   ferrres   -  n'a   su    le  prime 
abord   donnf-r   ses  préférences   aux 
oeuvres   des    ' ntelllgenoes  les  plus 
vlg*^   reuses   et  les  mieux  ordonnais* 
A  Racine,    k  Bossuet,    elle   a  préféré 
des   talents   secondaires,    ou  même 
des   médiocrités*   y.ale    jamais   elle 
n'a  manifesté,    dans   tous  les  domai- 
nes,  la  haine   du  rationnel   aveo 
cette   volonté,    oette   opiniâtreté, 
cette  universalité    qu'on  Itl   voit 
aujourd'hui.   La   logique  lui    fait 
horreur    : 

Il  suffit   d'inviter  le   leoteur   à 
observer,    de   ce  p^int   de  vue,    la 
Moindre   conversation    le   sal^n,    sur 
la  politique,    sur  1 'art,    sur  la 
reliéi^n,    sur  l'amour,   pour  qu'il 
convienne    ie   l'incroyable    confu- 
sion  d'espjrît   qui    y   éclate   chez 
ceux  qui   prennent  part,    de  leur  ra- 
dicale  impuissance   à  conc*  voir 
les   distinotlnns   d'idi^es  les  moins 
subtiles   et  les  plus   rebattues; 
c'est  un  pateugesbe   général.. • 

On  voit   souvent   dans  les   jour- 
neaux,    dans  les   revues,    au   sujet  de 
questions   théoriques,    s'en^ac^r 
entre  littérateurs  des  polémiques 


Belphf'gor 

parfois   très  viv^s,    qni    font    écla- 
ter  surtout   leur  impuissance   à 
rester  dan      les  limites  d*tme   ques- 
tion donnée;   ils  en   sortent   h  tout 
morent.  L^art   d'^^rdonner  ses  idùes, 
de   les   expo   er  aveo-  ]   '11:-     et  de 
la  facjon  la     lus   intellioi^lô , 
n'est  plus  lu    tout  en  faveur,    LIeme 
les   règlements    officiels,    qui    s'a- 
dressent pourtant   k  toutes   les 
classes  de   la  nation,    sont   g'.rnéra- 
l.^m^nt  si    confus  et   si  mal  rédig's, 
que  le  public  n'y  comprend   rien, 
pas  plus   qu'aux  instructions   qui 
sont   destinées, en  principe,    à  les 
rendra  pl^s  clairs. 

Il  n'y  a  pas   là  seulen  nt  tme  im- 
puivisance   de   fait,    il  y  a  ansoi, 
dans   la  société,   une   sourde   volent-^ 
de   d»41ais8er  l'intelligence  pure 
pour  des   formes   inférieures   d'acti- 
vité.   L'essentiel   de   l'analyse  de 
Julien  Banda  porte    sur   ce   point. 
Quelles   sont  la  philosop^Jle ,    la  lit« 
t '^rature,    les    formes  d'art   qui 
plaisent  à  cette   société?  celles 
qui    déconsidèrent   les   opérations 

de   l'entendement   et   ia   la  raison. 

J .Banda,    qtii    a  écrit   sur  la  borg- 
aonisma  des  lirroa  de  critique   très 
vive,    fait  naturellem-^nt  tma  grande 
place,   dans  la  présent  ouvraga,    à 


Belphér^or 

une  philosophie   dont   se  réclament 
tons  ceux  qui    diminuent  le   rôle  et 
la  portée   de  1 ^intelligonoe   au  pro- 
fit  de  1 'instinct,    de  l'intuition 
et  de    toutes   les  puissances   obscu- 
res  du   "moi",    qui    jadis,    relative- 
ment K  elle,    étaient   jugées   subal- 
ternes,   et   radicalement   inf prieures. 
L'intelligence   est   la  puissance   or- 
ganisatrice   qui   met  l'ordre   dans  le 
chaos  de  n^s    sensations.    Sans   cet 
ordre,   point    le  pensée,    mais  une 
sorte   le   rêverie   éparoe,    diffuse, 
telle   qu'on   imagine   l'instinct  des 
«mimaux.    Suivant  la  conception  in- 
tellectualiste,   c'est  elle    qui    fait 
la  supériorité  et  la  noblesse    de 
l'homme.   Au   contraire,    selon  le 
bergsonisne,    h  prendre   les   choses 
en  gros,   l'intelligence,    toute  né- 
oesiaire   qu'elle   rst,    est  une  mat- 
tresse   d'er:eur.   Elle   ne   donne    qu'un 
symbole  décevant   de   la  réalité.    Ce 
qui  nous  la  r.ontre  \  nu,   cette  réa- 
lité,  c'est  l'in3ti-ct,    la  "pous- 
sée vitale",    le    Jaillissement  de 
l'être.   Les   catégories  de  l'intelli- 
gence  sont   autant   de   cadres  abstraite 
artificiels,    qui   forment   comme   une 
croate   desséchée   autour  de  la  vie 
profonde.   L'invention,   le   génie, 
l'évolution  créatrice   sont  les 


Belphégor 

prolongem{>nt3   de    cet  instlnot  Tl- 

tal,    et  ne   trouvent   dans  les   op»-- 
rations  proprement   Intelleotuelles 
qu'une   limitation  et  un  obstacle. 

Cette  philosophie   a  en  un  reten- 
tissement  considérahle   dans  les  di- 
vers domaines  de  la  pens-^e.   mais 
elle  n'est   sans    lonte  elle-même   que 
l'expression  ingénieusement  philo- 
sophj  q^ie  d'une  tendance   générale 
qui    se   retrouve   ailleurs,    dans  la 
littérature  pure,    dans  les  drames 
de  Maeterlino]:  pt^r  exemple;   elle 
est  une   réaction  exce:sive   contre 
certaine  abus  des   systèmes   qui,    au- 
tre danger,    faisaient  une  part   ex- 
clusive  à  la  raison. 

Si   l'intellitenoe   n'est,    selon  la 
doctrine  h  la  mode,    qu'un  voile 
fifenant   et   trompeur,    loin  de  noua 
les   concepts,    lea  symboles;   les 
raisonn«^mont3     de  la  logique,    les 
opérations  discursives   de  l'enten- 
dement,   tous   oos   int:^rmédi aires    qui 
altèrent  le   sentiment  de  la  Vie! 
C'est  par  l'intuition»    que  nous 
pouvons  1h   saisir;    11   faut   s'unir 
a  l'âme   des    choses,   Ips  atteindre 
dans  leur   évolution  profonde,   enfin 
se   fondre   en   elles.    Il  y  a  là  un 
état  de  pur  amour,   un  mysticisme 
d*Tm  nouvecui   genre,   une   sorte  de 


et  -.«? 

b 


Belphrtgor 

qui  étl  gme    cLrtlôtl  q^ue . 

Oea  e   tasaa  sont  naturellenent  ac- 
oompagnéas   d^un   clument   sens'Jel, 
l'tme   sorte   da  volupté  vag^ie ,    de 
plaisir  diffus.  Notre   littérature  da 
société  tend,    en   effet,    à    levenir 
de  plus  en  plus    émot've.    Se   sentir 
vivre  en   ooninu>^   avec  la  nature,    sans 
le  moindre   effort  pour   se   distinguer 
d'elle,   o^eet  l'op»^ration  d'une  sen- 
sibilité qui   peut   être   très   fine, 
mais   c'est   le  minimun  d'aotivitj   et 
de  mérite  d'une   fnroe   doùoe   de  pen- 
S  90  • 

Connaître,    penser,    jugor,    c'est   au 
contraire,    se   distinguer   des   cHoses, 
lutter  avec  elles  pour   les   saisir, 
les   dominer,    les   ordonner,    et   c'est 
la  pi^îs  hauto   fonction  de   l'nonT.e; 
mais   c'est   ce    d  nt   on  ne   v:ut   k  au- 
cun prix. 

ITous  ne  pouvonn   suivre   J^Benda 
dans   le    détail    de   son  analyse,   qui 
oompreni    bien  d'autres  SToptomes   du 
même    oi^ire    :   haine   des   idées   géné- 
rales,   goât   du   particulier,    ot, 
danii   le   particulier  mîr.e,    de    ce 
qu'il  y  a   le  plus  inexprimable;   hai- 
ne de  l'an^ayse,    et    "soif  gloutonne 
du   Tout**;    délain  pour  les   idées 
claires   et   distinctes   si    ch'^res   à 
Desoartes,    et   amour  de  l'indistinct, 
du   trvjble,    du   fluide;   méconnédssanoi 


Balphégor 

des    qualités   q'Qi    sont   proprement 
artistiques    (équilil)re   des  propor- 
tions,   gradation  des   effets,    appro- 
priation  de  la   forme  au   fond,    eto), 
et  recherche  de  1' émotion  dans   la 
sympathie  que  le  leoteur   éprouve 
pour  l'âme,   la   sensibilité,   la  per- 
sonne  de  IH^crivain;    en  ppyohologie, 
abandon  des   caractères   généraux, 
tels   que   les   concevaient  les   clas- 
siques,   pour  la  peinture  des    traits 
les  plus  particuliers  et  les  plus 
concrète;   impatience   de   toute  loi 
de  l'e3prit,    de   tout  d^^terminisme 
psychologique   propre   à  expliquer; 
par  des   relations   de   cause   à  effet 
les  idées,   les   sentiments,   les   actes 
d^s  personnages  d'une   oeuvre   litté- 
raire,  mais  u)je  vive    estime  pour 
ceux  qui   a^ssent   d^une   faqon   tout 
h,  fait   illogique,    imprévisible, 
exceptionnelle,   comme   on  en  rencon- 
tre  chez  les  maîtres  du   roman  russe; 
désir  de  la  nouveauté  h   tout  prix   : 
nouveauté  dans  le    sujet    (chose 
dont  se    souciait   fort   peu  tm  Racine 
ou   un  Lafontaine),    et  nouveauté  dans 
la    forme;    désir   qui,    daoïs   ce   dernier 
Cas,   amène    ies   écrivains,    souvent 
d'un  très   grand  talent,    a  inposer, 
et  des   lecteurs,    souvent  d'une   très 
grande   bonne   foi,    à  tol^^rer  des 
obsourlt-B,    d^s   bizarreries   ou  des 


Belphëgnr 

balbutiements   d'expre.-si  ^n   q'ai   sont 
pr^; rement  la  négation  des    vertus 
le  la  langue  frainçaise;    affeotation, 
enfin,    d'ignorer  l'art,    et   d'être 
totit  nature    : 

Autrefo:  s  les    éoriv^ins  dônuiSs  de 
métier  voulaient  pass-  r  po^^r  en  a- 
voir;    aujourd'hui,    oeux   qui    en  sont 
farois  veulent  nous  faire  oroire 
qu'ils  ne   savent  môme  pas   ce   que 
o'est , 

To   tes   ces   analyses   de  la  première 
partie  sont   fort  pénétrantes,    et 
d'un  vif  intérêt;    on  regrette    que 
les    éléments  n'en  soient   pas   dispo- 
sés  suivant  un  plan  plus  net.   D'un 
esprit   Justement   amateur  des  bellaa 
oonstruotions  intellectuelles,    on 
serait   en  droî  t  d'attendre  u   e  mé- 
thode plus  visible.    Toujours  ast-il 
que   J.Benda  dénonoe   avec   talent, 
arec   force,   un  malaise    évident  at 
g^'néral   du   goût   fran<îais,    et   qu'il 
est  bien  venu  h   soutenir,    contra   un 
abus   décevant   du   sentiment   et   de 
l'intuition,   les   droits   de    :  'int   1- 
liganoe   et   de   la  raison. 

Très   Justement   il  note,    dans  notre 
public  mon^eiin  et   dans  la  littéra- 
ture   correspondante,    le    joût   de   l'ax 
alté  at  du  pathétique.   Le  lyrisme, 
déjK  monté   si    haut   chez  les   romanti- 
ques,  est  poussé  chez  nos   oontempo- 


Balphé^r 

raine,    si  possible,   plus  haijt  enonre 
On  ne   derr.anle   que      e  l'émoi,    et   on 
en  demande  non   senlem-^nt  k  la  poésie 
at»   roman,    au   th^Sâtre,   mais   encore 
à  la  critique,    h  l^histoire    et  même 
aux  doctrines   soientifiques.    Dana 
tous  les   domaines   on  se  montre   beau- 
coup moins  pressé   de   comprendre   que 
de  vibrer  avec  les   âmes,    avec  la 
nature,    avec   les    forces  primordia- 
les,   rudimentaires,    mystérieuses. 
J.Banda  s'élève   donc   avec   raison 
contre    ce   lyrisme   abusif,    exclusif, 
qui    fait   tort   à  la  pensée.    Haie  par- 
fois,  en  dfjfendant  la  raison,    il  se 
laisse  enîporter  lui-même  par  la  pas- 
sion.  On   s^attendrait   que,   rencon- 
trant enfin  d^s   esprits    qui   n^ont 
cessé  de   lutter,    comme   lui,   pour   les 
droits  de  Inintelligence   contre  l'é- 
motion romantique,    il   se  réjouit  de 
les  Voir  au  moins   sur  ce  point   en 
oonfondté  d'efforts  avec  lui.   On 
est   logicien  ou   on  ne  l'est   pas. 
Quand  on  aime   la  raison,    on  dot 
l'aimer  partout   où  on  la   rencontre. 
Mais  J^Benda  nous  dit   tout  h   coup    : 
"^n  ne  voit  pas  pourquoi   le  primat 
de  la  raison  ne   sorait  pas  un   thlme 
lyriq»#...Le   ronantiaioa   de  la  rai- 
son  était   tout   indiqué",   et   là-des- 
suail   imagine  le  lyrisme  de   la  rai- 


Belphégnr 

Boiit   pour  mettre   dans   cette   caté- 
gorie péjorative   ceux  qni   emploient 
la  m^^thnde   intalleotualiste ,    ration 
nelle,    h   défendre    des    idées    qui   ap- 
pareminent  ne   lui   plaisent  point,    et 
po'or  appeler  romantique   l'auteur 
d'.oithinea  et   de  l'avenir   de   l^in- 
telligenoe . 

On  pourrait  pousser   co    jeu»    et   chei? 
cher  chez  J.Banda  lui-même  les   ger- 
mes d'un  lyrisme   qui    s'ignore.    Meiis 
ce  ne    sont   1\   que   d:  s    jeux,    et  mâme 
de    simples    Jeux  de  mots. 

De  m$r.e,    on    est   un  peu   surpris  de 
l'insistemoe   avec  laquelle   J.Benda 
ran^e  Barrés   parmi   les   adversaires 
de  l'intellectualisme.    Romantique, 
Barrés   l'est   certainement;   mais, 
s'il  est   impo    sible    de   parler   de  Ini 
d'une   facjon  complète   sans  prononcer 
le  mn*   '•lyrisme",    il  ne  l'es'^    pas 
moins   d'éviter  le  mot    "idéol^^e" , 
et  Benda  lui-mSme  l'emploi.   Atiwun 
écrivain  n'a  manié  l'abstraction  et 
l'cmeilyse  avec   autant   de  naturel 
que   Barrés.   A  l'origine   de   tous    ses 
élans  lyriques,    de   tous   ses    émois, 
11   a  toujours   une   idée,    une   vue   de 
l'esprit.   Bon  thème   dn   culte   de   la 
terre,    et  de:i   morts,   en   particulier, 
qui    exerre  la  verve   de  J.Benda,    est, 
en  môme   temps   qn'on   sentiment,    et 
même   avant   d'en  fîtr^  un.    une   idée 


Belphégor 

Une  idée  philosophique  qtii  d' ac- 
corde pkrf ai tement,  par  exemple, 
aveo  le  système  d'Tin  Au^ste  Comte. 
On  a  quelque  peine  k  ronger  Barr^^s, 
Itil  aussi,  parmi  les  pontifes  d'une 
8ooi(^té  qui  "entend  ne  plus  connaî- 
tre aucune  espèce  de  plaisir  intel- 
lectuel". 

Deins  la   seconde   partie,   "beaucoup 
plus  br'^ve   que   la  première,   l'auteur 
se  demande   d'où  provient   cette  mala- 
die  qu'il    y   a  décrite    î    "cette    fré- 
n^'^sie  de   la  S'^ciété  frantjaise  à 
faire   des   ouvrages   de  l'esprit  xme 
occasion  d'émoi"? 

Faut-ilPattribuer  h  l'influence    Jui- 
ve?  J.Benda  distingue  deur  sortes  de 
juifs    :   les   Juifs  sévères  et  mora- 
listes, e  t  1   8   juifs   avides   se   sen- 
sations.  Il  les  désigne  respecti- 
vement par  ces   appellations   symboli- 
qîieB   t   les  Héhreux  et  les  Carthagi- 
nois,   ou  encore   Jahveh  et  Belphcgor 
(d'où  le    titre   du  liVre)    : 

On  ne   saurait  nier  l'emportement 
des  Carthaginois   pour  la  littérature 
créatrice   d'émoti-ns,    leur  culte  du 
théâtre,    eu   comédien,   leur   s^if 
(alexandrine)   de   l'indistinct,    du 
non  défini,   du  mystérieux,   de  la 
confusion   du   sujet  e'^^    de   I  'objet. 

Mais,    selon  J.Benda,    cette   in  ^'lueno^ 
n'a  fait   qu«   s'ajouter  à  une 


Belphégor 

tendance    qui    existait   d-Jà   :   elle 
n'a  pu  se   dôvelopier   que   dans  une 
Booiété  t^ut   alexandrine  elle-meBe. 
Il   'nctimine  d^ autres   irriuences, 
entre   autres   celles   des   femnes,    Bru- 
netière   avait   déjà  déclaré   qu'elle 
fut   toujours   asirez  peu   favorable 
à  l'éclosion  des   oeuvres   fortes.    C« 
BPrad  t  .assurt-ment.une   erreur,    de 
s'imaginer   que   merre   au   :C7II**    si-^cla 
toutes   les    femmes   pensaient   sur  les 
choses   ie  l'esprit  avec  autant  de 
Justesse   que  Mm  de   3évigné   ou   IJne 
de  La  ?ayette.   Mais,    tout   de  même» 
on  a  vu   autrefois  dos   mondaines   s'in 
téresser,   plus   qu'elles  ne    font   au- 
jourd'hui,   -1  de   grandes  entreprises 
intellectuelles.    !»!2na   de   Pompadour 
intervenait   auprès   du  ministre  qui 
interdisait   la  publication  de   l'Sn- 
oyolopédie.    "Se    figure-t-on  au- 
jonrd   hui,    s'écrie   J.Benda;   la  mat- 
tresr.a   du    chef  de  l'état   exigeant 
du   t'^uv^   nement   la  Duhli  cation  de 
Larf^usse?" 

Notre   auteur  n'a   qu-   trop   raison, 
l^rsou'il    all^c^e   comrr;e   la  princi- 
pale  cause      e   cette   décadence   du 
goût  l'ataissenent  g/jn'ral  de  la 
culture,    et   que,    poussant  plus   loin 
son  analysa,   il   montre  les   diffé4 
rente   aspects   de  cet   ahais^-^ment    t 
l'abandon  des  lettres   antiques,   les 
meiVeu  ea   inatitrioea  de  l'intelli- 


Belphégor 

senoe  hunalne,    la  dédain  où  est 
tomb 'e  l^Uuie   do   la  1-^gique,    qui 
donnait   à  l'esyrit  tme   solide   arma- 
ture,   eu    s  ns   laquelle,    tel  ur   oorp3 
aux  os  amollis,    il  ne  peut   que  Ta- 
ciller;    sans  parler  de   la  théologie 
(J.Banda,    qui   n'a  rien  d'un   soolas- 
tique,   lui    rend   très   imparti al ornent 
juatioe),    dont  l'étude,   si    répandue 
aux  âges   classiques,    donnait  l'ha- 
bitude,   Inoubliaole,   des    fines  dis- 
tinotions   lo^siques,   et   d'une   subtile 

analyse  mentale. 
Divers  ohangements  sociaux  aocantuen 
oet   abaissement    %   l'aocesaion,    dans 
la  bon-  e   sooiét^i,    de  parvenus  du 
GOïTPieroe  ou  de  l'industrie,    tris   ha- 
biles dans  leurs   spécialités,  mais 
Innt  l'eaprit,    au  point   de   vue   da 
la  culture   générale,    "est  propre- 
ment h  l'état   de  nature";   l'insécu- 
rité des  fortunes  et   des    situations; 
le  désir  de   jouir,    la  difficulté 
d'arriver,   la  nécessité   de   fournir 
uî:   travail    én-^rrae;   en  '^utre   -   si- 
tuation nouvelle,-  les   conséquences 
terribles   de   la   guerre;   partout,    la 
diminution  des  loisirs.   On  sa   da- 
mcinda   ce    qu'il   reste  pour  la  spécu- 
lation pure,   les   e:xercioes   de  l'in- 
telligence,   le   jugement  purement 
artistique.   On  ne  veut  plus   que   d'un 
art   qui   donne   des  plaisirs   rapides. 


Belphégor 

Bansuels   et  v-lolenta. 

La  mal  est   ^and,    J.Benda  l'ezpose 
avBo  une  pénétration  et  une   foroe 
singulières.   Maie   le   remède,    les 
espoirs   de   gu^rison,    où  les   voit- 
Il?  A  vrai   dire,    il  n'en  voit  guère. 
Pour  lui,    l'alexandriniame  est  un 
mal  néceasaire,   la  vieillesse   fata- 
le de   toute  s-oiété  civilisée.   Il 
oon8idère,d' ailleurs»    que   oet   alex- 
anlrini.^me   de  la   a^oiété   française 
n'a  point   fait   tort,    oonne  la  guerre 
l'a   surabondamment  montré,   à  ses 
qualités   civiques   et   guerrières,    et 
qu'il  peut  fort  bien,   d'autre  part, 
se   concilier  avec  une    grande  pros- 
périté   économique,   ^iais   il   pense 
que   ce    qui   est  en   question,   le 
goât  même  de   cette    société,   ne  peut 

que   s'enfoncer  dana   ce  mysticisme 
sens'Jel  et   irrationnel   qu'il   a  dé- 
crit.  Il  semble  môme   écarter,    aveo 
u^e  certaine   impatience   amère,    l'i- 
dée  qu'il   pourrait   en  être   autre- 
ment.  Il  prévolt  *ien  des   retours 
de   "violent  classicisme"    (pourquoi 
violent?),   miiis   il   déclare   d'avance, 
d'une   façon  péremptoire,    que   ce 
sera"une  mode"   et   "une   forme  parti- 
culière   ^u  besoin  de  l'excessif". 

Cent  bien  vite   décider  des   choses 
futures.   Peut-être   est-il   permis 
de    former  d'autres  espoirs.   Dt^ns 
les  années   qui   ont  précédé  la 
guerre,    il    ûtait  possible   de   dis- 


Belphégor 

oemer  chez  les  llttérateura  des 
jéimaB   générations  le  progrès   d'una 
renaissaoïoe   olasslqua*    Ceux  que  la 
guarra  a   épargnés   feront    germer  la 
"bonne    semence. 

Parallèler-ant,   un  livre   intelligent 
comme   celui   de   J*Benda»   manifesta 
important  d'une   réaction  intellao- 
tualiste,    est  un  motif  d^espérar.- 

Louis   Coquelin 


AVKRTISSt.MK.NT 


L  étude  tjm  suit  a  été  écrite,  pour  la  plus 
grande  partie,  avant  l'atmée  é9i4,  c'est-à-dire 
alors  que  la  bourgeoisie  française,  entourée  du 
bien-^tre  qui  convietit  à  son  rang  et  résolue  de 
croire  à  sa  sécurité,  avait  le  loisir  de  se  livrer 
à  des  émotions  de  luxe  y  notamment  à  celles 
que  peuvent  donner  les  ouvrages  de  l'esprit. 
Depuis,  tout  a  changé  et  ceM  apparemment 
perdre  le  sens  que  de  parler  des  «  volontés 
esthétiques  »  d'une  société  dont  l'unique  5oin, 
pendant  quatre  ans,  fut  de  se  demander  si  elle 
ne  .serait  pas  ruuiée  ou  si  ses  fils  ne  seraient  pas 
tués^  et  doni  tout  le  souci  est  aujourd  hui  de 
savoir  si  la  cessation  de  la  guerre  ca  iassurer 
vraiment  des  jouissatices  de  la  pair.   Toute fois^ 


VIII 

dans  la  nu'sure  un  une  société  avancée  conserve, 
jusqu  en  ses  pbis  (/rares  j)n''(KcupationSj  (jnelque 
sensibilité  à  l  inutile  et  montre  encore,  par 
échappées,  queUpie  réactian  aux  choses  de  l'art, 
il  nous  parait  (pie  resthétifjue  de  la  pré'sente 
société  l'ran(;aise  continue  d'être  en  sa  fjriinde 
li(p\e  celle  (pie  ïious  dénonviais  ici.  On  ne  voit 
pas,  d  ailleurs,  pour(pi(u  la  yuerrCy  déjà  moins 
apte  fpCon  ne  Ceùt  cru  à  modifier  les  caractères, 
serait  propre  à  transformer  les  cultures  et  chan- 
rjerait  des  hommes  (pii  ne  poursuiroit  daiis  l'art 
qu'une  occasion  démoi  en  des  honunes  qui  y 
chej'chenl  nn  jjlaisir  de  l'esprit,  (ht  voit  plutôt 
qu'elle  doit  les  renforcer  datis  leur  furie  d'émoi. 
Nos  considérations  sur  la  passion  de  la  société 
française  contemporaine  pour  le  trouble  nnjstique. 
par  exemple,  sur  s(m  horreur  du  rationnel,  sont, 
a'oijons-nous.  tiioins  que  jamais  «  iimctuelles  ». 
Ce  n'est  pas.  du  moins,  l'acctteil  fait  aux  daiùers 
ouvj'aqes  de  MM.  Hourijet  et  Claudel  (pii  fera 
dire  le  contraire. 


IX 

\mts  appelons  ici  société  la  «  6<m»jf  société  » , 
c  esl-à'iiire  cette  classe  de  peisofines  privilégiées 
qui  vxceut  dans  l'oùsiveté  et  le  raffinement ,  et  dont 
l  une  dfs  fonctions  est  de  s^adonner  an  «  ramage 
littéraire  ».  voire ^  de  nas jours,  scienti- philoso- 
phique. La  sensibilité  esthétique  de  cette  classe 
na  point  fait  jusqu'ici  l  objet  d'une  imitable 
étude.  L  hùitoire  littéraire,  par  rette  même  con- 
ception qui,  dans  l'histoire  politique,  ne  sait  voir 
que  les  roui,  n'a  guère  considéi'é,  en  ces  matières, 
que  les  tendances  de  certains  esprits  de  marque. 
Et  pourtant,  les  besoins  que  les  mondains  vien- 
nent satisfaire  au.r  «ntvres  d'art,  n  est-ce  pas 
un  important  aspect  de  leur  structure  morale, 
n'est<e  pas  une  signât urr  de  la  forme  d'âme  de 
cette  rlwise  toujours  si  influente  dans  l'Etat  et 
dont  toutes  les  manifestations  dès  lors  sont  si 
di4jnes  d'attention?  (4) 


At  Citons  toati^foi*.  comme  ane  heureose  UnUtive  dan« 
]r    . louvrnir«-  de  M.  Th  -M    dr^  v-  '     "-    - 

'  lu  Urntituntlu-n    •   Il  v«ii. 

» >."..icHon.  <|ti  iin^  hi^to-rf  lus.  ,,,.     j...-- ....        .. 


Nos  dociimetits,  pour  (ièlerimner  les  tendances 
esthétiques  de  la  présente  société  française  ofit 
été  les  professions  de  foi  de  five  o*clock  ou 
d'après-diner,  les  revues  et  journaujr  mondains, 
surtout  les  œurres  de  lws  auteurs  dont  nous 
cror/ons  pouvoir,  en  ruisoîi  de  leur  succès,  pen- 
ser (ju'ils  donnent  le  mieux  satisfaction  au  (joùt 
public  ou  (jiCils  le  représentent  le  plus  fidèle - 
Dicut.  On  reijrette  d'avoir  à  dire  que  ces  auteurs 
iu'  sont  pas  seulefnent  ceux  de  second  ordre,  et 
que  cette  loi  (pi  énonçait  jadis  un  cntique  ; /j, 
selon  laquelle  les  hotis  écrira ins.  eux.  loin  qu  ils 
incarnent  les  préjuijcs  de  leur  temps,  s  j/opposetit 
au  cojitraire,  ne  se  vérifie  plus  de  nos  jours. 

\ous  parlons    quelquefois,    en   ces   paqes,    du 


fond,  une  histoire  de  l'opinion  publique,  pourrait  être 
réellement  suKKesti>o.  •  .M.  Paul  l.aromhe  Tnine,  historien 
(le  lu  litteniture  pense  ♦^j^aleinent  que  l'étude  du  public  et 
de  ses  goûts  fait  partie  de  l'histoire  liiléraire.  M.  Lan'^on  a 
exprimé  souvent  des  >uesdaiis  le  même  sens.  Mais  un  grand 
ouvrage  d'ensemble  reste  à  faire.  K}ue\  beau  sujet  pour  un 
jeune  homme  qui  v  consaorerail  sa  vie  :  Histoire  de  l'e*the- 
tiqne  de  la  stnicte  lninnii>>e. 

'  \]  Kroile  Paguet. 


XI 

mauvais  goût  fie  notre  ioaéti  •  démocratique  ». 
Xous  voulons  dire  dont  les  goûts  sont  devenus 
ceux  du  peuple,  du  moitui  ceux  quon  attend  de 
lui  indifférence  aux  vaieui^  intellectuelles ^  religion 
de  l'émotion).  Xous  n  entendons  ici  ni  maudnr 
ni  flatter  auatn  régime  politique.  Au  surplus, 
nous  dirions  volontiers  avec  une  femme  du  XYiiT 
siècle  :  «  J'apprllc  peuple  tout  ce  qui  pense 
basscttient   et    cofmnunétnrtil    :    la   miir   rn   o>i 

remplie.  »  (I) 

Novembre  tiU8. 

Il  M— de  Umb«rt. 


|{liLIMIE(;<»l{ 


Il  nous  semblf  <|Ur  rcslhelique  de  la  [)iv- 
^enlc  soci«»l<^  franraisr,  —  plus  précisément 
-a  volonté  Ci^lliéliquc,  —  peut  sVxprimer 
d'un  mot  : 

Im  présente  société  /rançnLse  demande  fuw 
ruvrex  d'art  (ju  elles  lui  fassent  éprouver  dt'< 
rmotions  et  des  sensations;  elle  entend  tw  plus 
ronnnitre  pat  elles  aucune  espècr  df  plaisir 
intellectuel. 

i'Aiie  volonli',  t'n  sa  nature,  n'i'st  jx)int 
propn»  à  ce  tornps.    Dirigée,  depuis  <|u'elle 


2  n  Kl.  PU  KG  ou 

existe,  i»ar  des  femmes  et  des  jeunes  gens, 
la  société  française  a  toujours  préféré,  dans 
Tart,  ce  qui  faisait  battre  son  cœur  ou  cares- 
sait ses  sens  î\  ce  (jui  pouvait  toucher  sou 
esprit.  La  pièce  la  j>lus  applaudie  du  siècle 
«  de  la  raisf)n  »  fut  Tiniocrate  et  le  roman 
le  plus  goûté  nv  lut  pas  la  Princesso  de 
Clèvcs  (l).  Ce  qui  est  i)ropre  à  ce  temps, 
c'est  l'extraordinaire  })erfection  de  celte 
Tolonté,  sa  [)récision,  sa  violence:  c'«*st  l'ap- 
plication. —  la  science,  —  qu'elle  met  à 
se  satisfaire,  à  étendre  son  champ;  c'est 
comme  elh'  est  universelle  et  qu'on  la  trouve 
aux  Ames  dites  les  })lus  cultivées:  c'est  sur- 
tout la  conscience  qu'on  en  prend,  la  fi-MM»' 
qu'on  en  a,  les  systèmes  qu'on  en  fail. 

C'est  de  quoi  nous  di /ons  les  principaux 
symptômes. 

(l'i  Voir  1.1  noie  A  h  la  rtn  du  M^lumo. 


URLPHÉGOil 


SOIT  Vyr.   rîflt»M    M^-TIQI'K  AVE«:   LKSàE.nCE 
DES   <  IIUSES 


L'un  (les  plus  «'•clalanls,  —  tionl  la  |»lti- 
parl  (les  autres  dérivent.  —  est  cette  doc- 
trine fjui  veut  quf  Tait  consiste  en  uw 
union  mystique  avec  Tessence  des  choses. 
On  sait  que,  selon  une  école  extrêmement 
populaire  de  nos  jours,  Part  doit  rompre 
avec  tout  ce  (pii  est  jV/^V  des  choses,  exis- 
tence (relies  (hns  notre  es/>n7,  mais  les  saisir 
r/rtn.s  leitr  exisfvncr  propre^  s'unir  h  leur 
<  principe  de  vie  »,  à  leur  «  palf>itatioii 
inti^rieun»  »,  cela  par  un  acte  de  pur  amour, 
—  «  sympathie  ,  *  intnitinii  «^  —  où 
sombre,  piir  définition,  toute  espèce  d'activité 
intellectu(*lle  :  concepts,  .symboles,  mo'urs 
du  langaf^c.  •   f/esthétique  moderne,  dit  un 


I  IJI.M'IIKGOR 

rli'  ses  apùlres  (l)*  <*onsiste  à  >ai>ii-  la  rt-alilé 
m  dehors  de  hmfe  expression,  Iraduction  ou 
représentation  si/ntboli(jue  »  ;  elle  a  pour 
méthode  c  Vintuitiott,  sorte  d*»  vision  cen- 
trale qui  devient  Ir  ryt/unc  mcme  changeant 
et  reçu  des  choses  »  ;  cette  intuition  (c'est 
l'auleur  qui  souii^nie)  «  ne  réfléchit  pas;  cllr 
ol  action,  cceur,  iiioi  ».  «  Si  la  rose,  prononce 
nn  autre  (s'inspiraiit  d'une  page  d»'  William 
.lames),  si  la  rosii  n'a\ail  pas  de  nom,  cllr 
ii'rii  serait  pas  moin^  la  puissanct»  de  vir 
ri  de  beauté  qu'elle  esl.  S  unir  à  celte 
puissance  eu  mouranl  à  ses  noms,  cl  plus 
généralement  à  tout  ce  (pie  rcnlendeniviu! 
prononce  à  propos  d'elle,  telle  est  la  fonc- 
lion  de  l'art.  ^>  Voilà,  cerles,  nue  aclivite 
elrangementémou vaille,  el  <praucune  société 
n'avait  encore  songé  a  demander  j\  rartisle. 
Les  contemporains  de  Musset  et  de  Lamar- 


1^  .M.  TanrnHlc  de  Visan,  l'Attilude  du  lyritme  voHtem 


nKr  PUKi.OFî  o 

tiiie  voulaient  assun-ment,  (  t  avant  tout,  «U- 
IVinolion  rians  l'art:  mais  ils  ne  l'ont  jamais 
rxi;;ée,  surtout  cxprcssénienl,  juscju'à extinc- 
tion (le  l'enlendement.  Il  v  a  là  un  dm*! 
progrès. 

.Nous  ur  discnttrons  jniinl  cette  con<  ip- 
lion  d'un  art  ()iii  prétend  «  se  passer  dt* 
5ymlx)lrs  »  ;  nous  ne  dinins  pas  non  plus 
combien  d'»'*crivains  lurent  artistes  (IV- 
Irarque,  MalhorlH»),  (pii  no  «  sunirent  |)oint 
à  l'Ame  des  choses  .  m  que,  si  certain^  le 
fun*nt  qui  |»i*ali<|nrr«iil  c«'tle  union  (par 
exemple  M.  Ikirrès,  en  certaines  pages  de  la 
(immle  PUir  des  K(fli>ies  de  France)^  ils  ne  le 
furent  |M)int  |)ar  cet  <^lat  du  ca^ur,  mais  jiar 
la  forme  qu'ils  lui  donnèrent,  c'esl-à-din* 
|)ar  \  idrr  cpiils  on  prirent.  .Notre  sujet  n'i>t 
|>as  de  diMutor  les  doctrines  de  nos  conleni- 
I>orains,  mais  de  marrpier  les  volontés  qm 
s'v  exprinunt. 

iMscernons     bii'U     lo^    diverses    volonlis 


<)  BELPHEGOU 

d'émoi  ({u'enveloppe  une  telle  doctrine  : 
1°  L'art  doit  saisir  les  choses  dans  leur  prin- 
rijjt'  de  vie.  C'est  là,  au  surplus,  un  émoi  (jue 
nos  contemporains  demandent  à  toutes  les 
activités  de  l'esprit  :  la  philosophie,  la 
science  (du  moins  biologique),  doivent,  elles 
aussi,  comme  nous  le  verrons,  leur  faire 
loucher  l'objet  «  dans  son  essence  »,  dans 
sou  ^  |)rincipe  évoluant  ».  Remarquons  que, 
pour  surcroit  de  pouvoir  émouvant,  ce  prin- 
cipe n'est  jamais  du  j^eurc  modéré,  mais 
«  palpitation  »,  «  ignition  »,«  dynamisme  »; 
l'absolu  d'aujourd'hui,  romme  nous  l'avons 
noté  ailleurs  (1),  n'est  plus  quiétude,  mais 
agitation;  l'Eternel  est  devenu  |>assion;  plus 
que  jamais  ou  pont  diro  du  repos,  avec  le 
poiite, 

Qiion  en  lai^ail  jadis  le  parl.i-c  (le>  «lieux. 

!2^  L'art  doit  s  unir  à  ce  principe;  il  ne  doit 

(1)  Sur  le  Succès  du  Hcruscmisme,  p.  IT.'i  et  suiv. 


BKl.rUKGuU  * 

pas  le  reganler,  le  Jécnrc^  ce  qui  mipliqu»* 
l'u  rester  disfiwt,  il  doit  s'y  unir,  plus  pré- 
•  isénienl  s'y  fondre^  s'y  confondre.  C'e*it  là 
un  article  formel  :  «  Vous  avez  enfin  com- 
pris, dit  un  penseur  nuKJerne  en  définissant 
l'étal  d'âme  qui  lioit,  selon  nos  esthète^ 
servir  de  ly|)e  à  l'arlivilé  artistique,  vous 
avez  enfin  compris  que  si  votre  connaissance 
de  la  trajectoire  (dessinée  par  un  mobile  par- 
courant l'espace)  ne  constituait  pas  une  don- 
née sufiisante,  c'est  parce  que  vous  la  repar- 
di«*z  du  dehors  au  lieu  de  vous  confondre  arec 
le  point  (yui  la  décrit  et  d  adopter  son  nwuvp- 
ment  »  (I).  Aussi  bien,  quand  nos  docteurs 
prononcent  que  Tart  «  doit  cesser  de  tourner 
autour  des  chose^s,  mais  s'insUller  en  leur 
intérieur  ».  rela  ne  sijjnifie  pas  du  tout, 
selon  eux,  (pie  l'art  doit  porter  son  regard  sur 
l'intérieur  tics  choses,  mais  bien  au  contraire 


•  1)  H.  Bnusoil,  KMtai  kur  If*  ilonn^tt  immédiala  dé  ta 
'tmtcimtet,  p.  |46w 


8  HELP  II  KG  OU 

qu'il  doit  mourir  à  toute  espèce  de  j-egard  (en 
tant  que  refrarder  une  chose,  ccï^t  toujours 
lui  demeui-er  extérieur)  oA  se  confondre  à  \n 
vie  des  choses. 

Constamment  on  entend  nos  prophètes 
déclarer  que  Tartiste  doit  «  épouser  le  rythme 
inlerne  des  choses  >,  «<  derenir  la  vie  de< 
choses  )',  «  vicre  les  choses  ^.  Hemarquon> 
bien  cette  curieuse  volonté.  —  tout  à  fait 
j^énérale  (ils  l'ont  aussi  à  j>roi)OS  du  critiijue, 
de  rin'storien,  «lu  philosophe)  et  si  pro|)re  a 
ce  temps,  du  moins  comme  volonté  cons- 
ciente et  formulée,  —  d'une  abolition  de  </k- 
tinction  entre  l'artiste  et  le'S  choses,  d'une 
diasolution  de  sn  pcrsonn(ditê  dans  leur  âme. 
a  l'évanouissement  de  tout  jugement,  «If- 
toute  transcendance  de  lui  par  rap[>orl  a 
elles.  I\iut-il  dire  quelle  émotion  d'une  sa- 
veur toute  spéciale,  fpielle  exquise  défaillanee 
se  lie  à  un  tel  speclarh?  Ajoutons  qu'eu 
dehors  de  celte  fusion  de  l'artiste  avec  sou 


UKi.niKr.oiv  11 

>ujet,  r  «  aiJoplion  d»*  la  vio  dt*s  choses  »  est, 
par  elle-rn»'nu\  un  s[M'clarle  étrangement 
troublant. 

A  côté  de  a*lte  émotion  de  douce  défail- 
lance due  a  l'image  de  l'artiste  s*évanouis- 
sant  dans  l'âme  des  choses,  notons  aussi  une 
émotion  forte,  causée  [uir  la  vue  de  la  combi- 
naison ignre  entre  rame  <ie  Tarlisle  et  celh* 
de  l'objet,  ronïme  par  la  vue  d'un  profond 
«•mbrassornonl.  Sachous  reronnailn*  aussi, 
dans  leur  volonté  d'une  ••  installation  »  à 
l'intérienr  des  choses,  la  soif  d*une  sort*- 
d'envahissement  sexuel  des  choses,  de  vio- 
lation df  leur  intimité,  d'immixtion  au  plus 
sccn^t  (h*  l«'ur  être,  soif  dont  tout  le  monde 
conviendra  qu'elle  n'a  ri«'n  à  \nir  avec  la 
recherche  d'une  émotion  esthétique.  Bien 
«ntendu,  les  émotions  (pie  notre  analyse  rend 
ici  distinctes  no  le  sont  |)oint  dans  l'Ame 
de  nos  e>lliéli'>,  et  rharnn»'  <\  n-nforce  de  la 
pn'-Ni'nce  drs  ;»n!ro<. 

I. 


10  BKLIMIKGOR 

3"  L'art,  pour  s'unir  à  ràiiie  des  clioses, 
doit  accéder  à  un  clal  tic  par  amouiy  où  s  éva- 
nouit toute  e.'ipècc  (ractivité  intellcctueUe;  en 
d'autres  termes,  l'art  doit  consister  dans  un 
élal  a/ fectif  par.  ^oiis  verrons  d'autres  formes 
encore  de  cette  volonté  qu'ont  nos  conten»- 
porains  de  contempler,  à  roccasion  des 
produits  de  l'esprit,  cette  chose  infiuimfînt 
troublante  qu'est  un  état  alVectif  pur.  Admi- 
rons ici  leur  puissance,  vraiment  curieuse 
ciiez  des  personnes  du  monde,  à  bien  former 
ce  concept  —  fort  abstrait  —  d'état  atVectil 
pur,  leur  habileté  à  dénoncer  l'activité  intel- 
lectuelle sous  ses  aspects  les  plus  subtils  : 
svniboles,  images,  représt'ntations,  mœurs 
du  langage.  \a\  haine  donne  du  génie  (I). 


lia  Qu'est-ce  qu'un  symbole?  In  sUjne  misa  la  plaa» 
dune  réalité.  Or,  les  poètes  roulemporains  s'en  K-fcrvul  à 
la  rralité,  au  vivant  inlrriour.  «t  non  aux  ap/Kircnres,  au\ 
signes  exlériciirs  des  choses.  »   T.  de  Wsanjoc.cit.) 

Pour  ce  (jui  csl  de  I;»  relation  du  lanK.«gc  a>ec  l'activilé 
inleliecioclle,  déjà,  dans  l'antiquilc.  tie  purs  mondains 
semlilont  lavoir  aperçue;  loutofois.  c'était  pour  la  respecter. 
N'esl-c»'  p;is  troublant  de  liiesous  la  plume  dune  femme  du 


RELl'IlKGOit  li 

Observons  bien  que  c<*.  pur  sentiment  des 
choses,  exempt  de  tout   Inivail  inlrllecluel, 
n'est  point,  selon   nas  eslhèles,  un  prenner 
temps  de  l'activité  artistique,  un  état  nères- 
siure^    mais    sinipicnienl    préfxiratoirey    sur 
lequel  l'intelligence  viendra  ensuite  s'exercer 
.1   la   manière    d'un    démiui*j?e;  non,  —    el 
loute  l'orii^inalilé  de  la  doilrine  est  là,  — 
il  ft,<t  l'aclivité  artisti(|ue  tout  entière;  l'artiste 
ne  doit  pas  devenir   lùnie  des  choses  pour 
ensuite  la  mi^ux  dur,  il  doit  la  devenir  et  s'en 
tenir  ià;  cela  lui  sullit  à  mériter  son  nom. 
Voici,  sur  ce  |K>int,  une  déclaration  nette  el 
S43uvent  applaudie  :  «  Il  existe  au  moins  une 
classe  de  ces  privilégiés  (qui  se  meuvent  dan< 
la    •    perceplinn    pure   »,    c'6st-à-di<re   dans 
II-    pur    sentiment    des   choses,    non    mêlé 
d'intellect),  ce  s^nit  lr<  artistes.,.  Ceux-là  ue 


nn.n<l.',  aapr«ini«'r«ncrlc  de  noire» n*  Snljun.i    !  •  Ï.U  quoi? 

1.-  i^  r.-  ,l.'n  dii'ut  veat-il  eakter  lut  hoiurom  \r*  nrttdonl 

aB«M«*.  leur  Mer,  anri»  Imufftgt,  In  rmunn 


\J,  BE  II' Il  KG  or, 

s'occupent  i\uix  élargii*  loiir  perception,  !<nns 
chercher  à  s'ilevei'  au-dessus  (relie  (1).  >»  Toulc- 
fois,  comme  il  faut  cependant  rendre  com|)te 
de  ce  fait  que  l'artiste  t'.r;)nmr  son  senlimonl. 
on  a  invonlô  un  état  où  1(?  pur  sentimciil 
des  choses  en  devient,  pm-  sa  propre  natun\ 
l'exj)ression  artistique,  un  état  qui  •  permet 
au  poète  de  penser  tout  d'un  coup  son  poème, 
de  s'intérioriser  dans  l'objet  de  son  chant, 
jusqu'à  ce  (|ue  Vcvpression  de  ce  dianl  soi( 
^oti  dtne  inctne  vécue  dans  le  temps  de  ny/  ro;jx- 
cletice.  »  r-)  Mais  remarquons  bien  qui'ii 
tout  cela  on  continue  de  ne  rien  demander 
i\  rintelligence;  c'est  le  sentiment  (jiii  cnre 
l'expression  d'art,  et  lail  donc  tous  les  frais 
de  Tarlivilé  artisti(jue. 

Cette    volonté     que    le     seul    sentiment 


!;  H.  l5i;iu.so.N,  la  l*eiccjttion  du  f  haïujcment,  p.  7  ot  8iii\ ., 
I  ité  avec  enthousiasme  par  A.  du  Frcsnoit.  \GH  Jtlaa  du 
10  juin  11)11.. 

'î)  T.  il.;  Vis»nn.  op.  cil.,  p.  413.  C\.  aussi  J.  Flort-nw.  I<i 
l'hnlangp,  sept.  191*J  il  jMi^sim.  A  pi-opos  de  celte  doclriur. 
>oir  la  nol*^  B  à  la  lin  du  voluin»\ 


h  KM' Il  KG  un  i:t 

suflise  à  Tari,  notons  (juc.  elle  encore,  les 
premiers  romantiques  eux-mêmes  ne  l'ont 
p;is  connue.  Certains  l'ont  même  formelle- 
ment répudiée  :  «  J'ai  eu  de  l'Ame,  dit  Tiiii 
d'«nix,    r'tst     MMi  voilà     tout.     J'ai    jet»; 

cpielques  cris  du  cœur.  Mais,  îji  l'ûme  sulFil 
pour  sentir,  elle  ne  suffit  pas  pour  exprimer.  - 
d^imnrtini'.)  (1) 

.Noiuns  aussi  oombirn  «'ettiî  communion 
mystique  avec  les  clio>es  rst,  selon  nos  do<- 
lours,  t'\sniUelle  à  l'activité  artistique.  Klle 
n'est  |>oint  une  source  d'art  (xarmi  d'auln* 
sources  possibles;  elle  est  la  source  un  if]  ue. 
tjuun  (lauliercfui  j>ei};nit  Venise  et  Tolède  fA* 
rexlérinir^  sans  «  S4'  mêler  a  leur  p,dpitation 


1    11  •joiiif,  ijan»  un  rr*pc«'l  —  (teu  romantique  —  {>our 
le  Invail  :      L'  te mp^  m'a  inan«|u»*  pour  une  frutr»-  r^»- 
f.iile,  pane  qu<-  j'.ii  «iilapnlé  !••  t»-inp«,  <-,•  capit.il  «Ju   . 
l'rvxligue  du  t«mpt,  il  rs(  ju^t^*  ^lUf  I  j^'ntr  me  wati'^ur 
l-iti.    .  jiioiur  »,  on  li;  Mit.  ne  -«*  fil  {»oinC. 

R'inan{uoiis     «  J'ai  eu  de  1  Amf,  «  '«.••»t  vrai  :  fxniu  lomt. 
Nnl  ariifte   aujourd'hui   ne   parlerait  de    l'âme  tar  r" 


i4  HLLPHÉGOR 

ni  les  u  presser  contre  son  cœur  ",  soit  pour- 
lanl  un  artiste,  ils  l'admettent  ditlicilement. 
C'est  ee  (jui  se  voit  dans  leurs  trait's 
d'esthétique,  dans  leurs  «  arts  poétiques  •>, 
dont  tous  les  préceptes  —  ^  fusion  à  l'àme 
des  choses  »,  «  pénétration  en  leur  mys- 
tère »,  etc.  —  s'appli(|uent  exclusivement  a 
l'art  mysti(juc.  sans  qu'ils  songent  môme  à 
prévenir  de  cette  restriction,  tant  ils  ont 
dans  les  moelles  qu'il  n'y  a  pas  d'autre  art. 
Marquons  entin  cet  entêtement  qu'ils 
mettent  à  appeler  (wt  une  union  aphasique 
avec  l'essence  des  choses.  Pourquoi,  à  tout 
prix,  oe  nom  impropre  ?  rourtjuoi  pas  simple- 
ment <■  état  du  cœur  »,  ««  amour  »,  «  union 
mystique  »?  C'est  que.  la  valeur  de  nos  mots 
venant  encore  du  m*  époque  qui  plaçait  an 
sommet  les  qualités  de  l'esprit,  c'est  ton- 
jours  le  mot  nrf,  avec  son  parfum  (finlel- 
Icclualilé,  qui  reste  le  mot  llatleur.  Ce  cpi'il 
\    a   de  tragiqut*  dans   le  cas  des   barbares 


BKLI'MKGOIt  1 

liiixlernes,  c'est  qu'ils  vivent  sous  le  ré}<ime 
vt>rba)  des  civilisés. 

«Ictle  conception  touli-  affective  do  lar! 
"'exprime  encore,  chez  nos  contemporains. 
hous  plusieurs  autres  formes  qu'il  est  lion 
«le  itHronnaltre,  et  dtjnl  cerLiin«'r4  moltenl 
fwirticiiliôromont  bien  ni  relief  leur  fringale 
•  le  l'émoi,  leur  horreur  de  l'idée  : 

I  '  L*art  tloit  êlro  une  j}ercfption  immétlUitr 
des  choses,  supprimer  tout  intermôdiainî. 
tout  «  voile  interj)osf  »  entre  le  monde  et  nou^ 
(ce  •  voile  »,  c'est  les  formes  de  la  représenta- 
tioDK  Sous  cet  as[»et*t.  Ton  touche  bien  cette 
soif  gloutonne  de  l'immédiat  qui  caractérise 
nos  inod«*rnes,  cette  volonté  qu'ils  ont  de 
lK)ire  à  même  les  rhoses,  soif  qu'ils  prélfu- 
dent  étancher,  non  pas  seulement  |ijir  l'art, 
mais  [tar  la  sciena*,  |»ar  la  philosophie:  celle 
dernien»,  nous  lessivons,  doit  leurdnnnerune 
•  l«rception  directe  >  du  monde,  une  «  donnée 


16  }?i:li'1ii;«;oii 

iiiimi'diiitc  >'.  Le  plus  rmuirquable,  ccsl  la 
supériorité  qu'ils  confèrent  à  qui  se  monti't' 
capable  d'une  telle  perception,  comme  si  la 
marque  principale  do  la  hauteur  d'un  rire 
dans  l'échelle  des  vivants  n'étail  p;is  préci- 
sément la  l'acuité  qu'il  a  de  remplacer  la 
perception  directe  [uir  Tindirccle,  depuis 
l'animal  qui  sait  la  température  d'une  eau 
en  la  louchant  de  sa  pallc  jusqu'à  l'homme 
qui  la  sait  par  la  lecture  il'un  chillr»'  sur 
une  colonne  de  verre.  .N'oublions  j>as,  an 
reste,  que  *•  perception  din^le  »  d'une  chose  ne 
veut  ])as  dire,  pour  eux,  vue  directe  sur  cette 
chose,  mais  s?/y)/);T.ss/'i//  ilr  hmtr  rur^  coïnci- 
dence a\ec  cette  chose. 

2"  l/art  doit  donner  les  choses  dans  Irur 
iralil'\  non  dans  les  (lè/'nnunfiojis  (jn'oi  fuH 
rinlcUiiirmc  (on  sait  qu'ils  viennent  de  décou- 
vi'irque  rintellipjence  •  défornje  tout  cequ'elle 
louciie.  '  )  Rappelons  cpie  cette  déformalitm 
que  l'intelligenco  fait  des  choses,  —  laquelle 


r.Fi.i'UKGOH  t: 

est  simplement  la  fuculté  qu'a  l'iiomme  (!•• 
œnvcrlir  1«*  inondt^  son^^ihle  en  chose  inh'l- 
lif^ihle,  —  fut  rejjardn.'  |>ar  les  mondains  <hi 
xmT  siècle,  (juand  l)rs<artes  la  leur  révéla, 
comme  Thonnour  mt^niede  notre esjxce.  Ola 
encore  mesun»  assez  bien  le  progrès  de  la 
société  français*».  Au  surplus,  il  serait  du 
dernier  comirjue  de  voir  dans  celle  hoir» m 
de  nos  contem()oniins  |)our  la  déforntalion 
des  choses,  un  amour  [nniv  la  vérité  :  Sainl- 
Simon,  lui  au^si,  «  déforme  tout  ce  rju'il 
touche  »;  ils  le  savent,  el  ils  l'en  vén»'*- 
renl.  C*esl  qu'il  déforme  arer  sa  passion,  (le 
qu'ils  repoussent,  ce  n'est  |>as  l'altération  du 
vrai,  c'est  TaUération  faite  par  ImteUiijeuce. 
C'est  ici  le  lieu  di*  marquer  un  des  traits 
les  plus  curieux  de  cette  société  :  sa  haine  de 
l'intelligence.  Nous  avons  dit  ailleurs  les 
nombreuses  formes  par  quoi  elle  manifeste 
celle  haine  :  sa  volt)nlé  de  confondre  l'iiittl- 
ligencc  avec   le    raisonnement  sec  et  inin- 


18  HKLIMIKGOU 

venlif,  pour  la  bien  mépriser;  de  croire 
que  les  grandes  découvertes  se  font  par  une 
fonction  (!'«  intuition  »)  qui  *  transcende  » 
l'intelligence,  dans  le  désordre  de  Tespril, 
hors  de  toute  logique,  p;ir  une  sorte  de  soul- 
ilet  à  rintellectualisnie;  sa  joie  de  constater 
ce  qu'elle  croit  être  les  échecs,  les  «  faillites  » 
de  la  science  (au  lii*u  de  s'en  attrister); 
d'entendre  ([uc  rintelli^eiice  n'e^t  liée  qu'à 
nos  besoins  «  pratiques  >»,  «  utilitaires  ».  au 
«  corporel  »,  à  l'a  inférieur  "*,  (ju'elle  est 
adaptée,  que  dis-jeî  (pi'elle  est  idenliquc  au 
monde  inerte,  à  la  «  matière  »,  aux  déchets 
de  l'univers,  etc.  (kîtte  déte^tation  violente, 
consciente  et  organisée,  de  l'intelligence,  — 
tt  intellectuel  »  est  presque  devenu  un  terme 
de  mépris  dans  nos  salons,  —  constitue  une 
chose  tout  à  fait  nouvelle  dans  une  société 
franeaise.  Les  hommes  de  1830  ne  l'ont  nul- 
lement connue;  les  «  romantiques  *  d'alors 
prélfiidai.Mit  écrire  [»onr  une  élite  «  intelli- 


nKLI-llÉi.OR  1'> 

^ente,  litgi({ue,  conséquente.  >»  {\)  Llle  sera 
la  manjup  de  nolnî  tenip^*  dans  l'histoire  de 
Il  civilisation  française. 

Notons  toutefois  ra)>plication  de  ces 
i-unemis  de  tout  intt  llertualisme  à  déclarer 
que  c*esl  seulement  à  rintellectualisme  tnal 
rowprtë  qu'ils  s'en  prennent,  à  l'intellettua- 
lisme  scolaire  ei  poie^aeujc  (2);  surtout  à  pi*o- 
riamer  qu'ils  repK'sentent.eux,  €  le  véritahl»' 
intellectualisme.  >  (''^)\\  t^t  évident  que, pour 
ses  détracteurs  eux-mêmes,  et  quoi  qu'ils  en 
disent,  rintellectualisme,  —  du  moins,  le 
mol,  —  conservt;  une  Mirte  de  presti^'C  réma- 
nent. Ainsi  les  rois  barl>arts,  qui  vi'naient 
détruire  la  civilisation  romaine,  ne  vivaient 
rien  de  plus  glorieux  que  d*étre  appelés 
ronsuls  (  \). 

\\  Voir  la  Prétece  à^tttrmami. 

\%  Bitgion,  P^guj:  voir  ootre  Succts  du  Btrgtonimm, 
p.  91. 

II>  Le  Ro>  ;  \«iir  ut.,  p.  WZ 

V  Mainl  anti  intellicluali»!**  a^éré,  «ne  IbU  allaqo«- 
•-oame  ici,  t'applique  à  drnionliTr  qn'il  De  Vt»l  pfiint  :  Pé^my 


•JO  lîKLPHKcJOi; 

'^^  L'art  doit  saisir  Tobjel  dans  sa  particti- 
larilr.  Il  convient  de;  distinguer  deux  sens 
dans  ce  commandement,  et  comme  deux  de- 
grés successifs  du  désii*  d'éprouver.  D'abord, 
on  veut  dire  que  l'art  floit  crccr  une  funuf 
pour  chaque  objet  (conmic  la  science  une  caté- 
p;orie  f)0ur  chaque  l'ail),  n'évo^iuer  que  !'//<- 
J/r<V/</c/ (objet  de  sensation),  proscrire  le  (jeuir 
(objet  de  pensée).  L'idéal  de  nos  délicals,  en 
ce  sens,  c'est  la  langue  des  Hurons.  où  h* 
verbe  qui  signilie  manger  varie  autant  de 
Ibis  (ju'il  y  a  de  choses  comestibles;  ou  m- 
core  celle  des  lro(]uois,  dans  laquelle  un  mol 
spécial  désigne  la  (jueu('  d'un  chien,  m» 
autre  celle  d'un  monloii.  nn  autre  celle  crnn 
bœuf,  maison  il  n'y  en  a  pas  [>our  désignai' 


\ote  sur  }f.  Deriison';  Ucrgson    Réponso  a  M.  Em.  Borol. 

lieviie  do  fnr(ii])hysùiur  et  do  iiii*rnU\\nï\\.  l'.^)S:  ;  l'.d.  I.o  Il<> 
Heruf  (lu  j/joj.s,  juin  l'.tlJ'.  M.  Motnain    Holl.inil  (Ait  dessin 
de  1(1  tiiôU-e,  p.OHi  traite  aujourdlini  h»  passa^cMl»»  ses  livres 
nù  il  rahaisx'  l'intelliKenre  d'  <    un  peu  paradoxaux  ».  Rar 
hinr-i  IioMioux  d(^  leur  barbarie" 


i;i:i.i'iiÉ(;on  îfl 

la  queue  imi  p-néral  (1  ).  Toutefois  il  n'y  a  là 
<]u*une  abolition  inconiplète  île  l'activil»'  intel- 
lectuelle :  une  idi'îc  faite  |)Our  un  seul  olijcl. 
(•/est  tout  «l»'  même  une  idée;  un  nom  [)ro|>ri*, 
«•'«isl  tout  (le  même  un  nom.  Aussi  rexigenee 
•  lu  |Kirtieuli«T  en  art  vent-elle  dire  l»-  ]A\\< 
souvenl,  <  Imz  nos  gens,  (jii.  Tari  doit  saisir 
Tobjel  hoisilc  toute  articulation  de  (esprit^  liors 
di^  tout  nom,  dans  ee  (ju'il  a  «  «funiqur  et 
ft'ine,rpnniabU  ».  (Voir  li^Mj^sou,  Lr  Hoy,  etc.) 
\"  L'art  doit  donner  l'nhjet  dans  sa  totalitr 
iii(lécoiiiposablf.  \À  rnc*»r«',  distinj^uons  d(Mi\ 
volontés  :  «Tune  |Kirt,  la  simple  soif  glou- 
tonne du  Tout;  d'autre  |».irt  la  volonté, 
une  fois  di'  plu<,  de  saisi i-  l'ohjet  dans  .s;i 
■  vie  »,  «lans  le  seidimeiit  (ju'il  a  de  ^on 
èlre,  — chos*'  en  ofTet  in<iivisiblt>,  —  ri  non 


•  1^  L'aost^ire  ivii*  tiède  temblc  avoir  furt  bien  tu  nentir, 
j  lixiaNion.  la  valniir  du  pnrticulicr.  «  La  blancheur  d^ 
ilnii  .  <lil  Saint  K^nmond  n  ••^vi^ml  au  porlmit  de  mn 
ami»',  I»'  viTinnl  dr*  lc\r\'s,  -«int  «1.  ■     .  -ns  irup  (jt'nr- 

ml»*  p«uir  un  rhartm»  *«'«nl  »•!  |>  i  ,••  ji-  ne  \tu\% 

dfy^'Mulr^     »  Mai-  d'auln-s  \alrnr^  [m-^j;.  ru  i\anl. 


■22  ItKLPMKC.OR 

(iciiis  les  aspects,  —  divers  et  analysables.  — 
qu'il  prend  aux  yeux  de  qui  l'ol^serve  du 
dehors.  Toutefois,  sous  cette  dernière  forme, 
nos  esthètes  énoncent  expressément  leur 
haine  pour  tout  ce  qui  relève  de  la  catégorie 
ihi  iuwthrr,  haine  qui  ;i  toujours  été  au  fond 
de  tous  les  séides  de  Témotion,  mais  dont  la 
la  claire  conscience  est  chose  assez  nouvelle 
chez  des  j)ersonnes  du  monde. 

Pour  ce  (]ui  est  de  IfMir  soif  gloutonne  du 
Tout,  elle  semble  avoir  été  sentie  avec  une 
ardeur  toute  spéciale  par  M.  Claudel,  t  Clau- 
del, dit  un  de  ses  exèpèles  (1)  et  ivm  sans 
quelque  resj>ect  pour  ce  trait,  veut  tout 
eonnaître  et  tout  posséder.  Elle  (la  nature) 
«•nI  une  profondeur  et  une  totalité,  et  cette 
tolalilé  qn*il  n»»  piMil  (Mubrasser  fait  la  han- 
tise et  le  lounnenl  de  son  esj>ril.  «  Suivent 
des  citations  impressionnantes.  Hélnsl  vuilà 

(1)  l).  IIai.kvv,  Otielr/ui'f  fiourcnux  maîtres,  p. 1\. 


BKLI'IIKCOIl  i.T 

()ui  va  «lésefi(>éror  Clainli*!  ot  ses  liilèlt*-  :  tl 
y  a  un  ancien  qui  a  él<^  enoorc  plus  loin 
que  lui  dans  la  soif  qu'il  manife'^li»;  dans 
une  lr;i|>édie  d*Eschyl»\  dont  il  no  nous 
reste  que  quelques  vers  (1),  on  parle  d'ein 
l 'passer  Ztus  -  (jui  est  le  Tout  et  ce  qui  existe 
eu  plus  du  Tout  •  î 


IMOSCJUPTIO.N     I>K     I  \     NKTFCTÉ    KN    AKI. 

<:ULTK   DK   l'indistinct. 

Lu  antre  trait,  voi>in  du  précé<ient,  «{ui 
marque  encore  l'assiduité  de  nos  gens  à 
éprouver  de  la  sensation  par  l'art,  à  repous- 
ser tout  «  lat  iiitelkn-tuel,  c'est  l»ur  volonté 
que  l'art  i^non'  les  distinctions  dea  choses 
entre  ell»*s,  les  séparations  nettes,  les  con- 
toui^  définis,  mais  ((u'il  présente  les  choses 
dans  hur  •  indistinction  »,  dans  leur  «  p«*- 
nétration  réciprotjue   •,  dans  leur  «   mou- 

t   LmFUIm  du  Soleil. 


2i  HELPHtGOi; 

vancc  *  s  dans  leur  «•  lluiclilc  ».  On  n'ignore 
pas  en  eflet  que,  d'une  pari,  la  perception  des 
choses  comme  distincles  est  Tessence  même 
(ie  racliviti^  inlellectuelle;  que,  par  surcroît, 
ils  le  savent  à  présent  di:  et  (]ue,  d'autn* 
part,  l'indistinction,  outre  (ju  elle  supprime 
cette  activité  délestée,  crée  une  sensation  de 
trouble  particulièrement  savoureuse.  Obser- 
vons bien,  au  reste,  (juc  rindistinct,  dans 
l'estliétique  moderne,  n'est  point  prisé  seu- 
lement comme  nép:alion  du  distinct,  mais 
pour  lui-même,  comme  valeur  {>ositive. 
(Voir,  par  exem[)le.  ri'Jmtution  créatrice  : 
«  l'idée  de  désordre  «.) 

Ici  encore,  la  volonté  qui-  nous  signalons 
n'est  j>oint  nouvelle  l'n  nv/  imhnr.  De  tout 
temps,  les  Ames  sensibles  eurent  de  l'ait  mit 
pour    rinij)ré('is,   pour   le    mal    défini:    bien 


^l    Depuis  VKssdi  sur  1rs  lionnrfs  imw^diatfs  <ie  la  rons- 
rinvc,  dont  cVst  toute  la  tli('<»r. 


I 


nKLPiiKGon  25 

avant  aujourd'hui,  on  ainiail  que  l*art  pei- 
gnit ces  in<^lants  où, 

SoDà  èlre  nuit,  il  n'<st  po»  encore  jour, 
l  Hugo  goûtait  (lellini  d'avoir  .«u  faire 
I  11  h    nui  •i.'\ient  Icmin»^  m  ivslani  l\>  «'ncon-. 

'  .   -jiji  .  -.  iionvean,  c*esl  cju'on  ne  veut  plus 
:  autre  art,  iV.>l  iju*on  nifpris4'  l'art  précis, 
est   qu'on    a   de    l'indistinct,   non    pas    le 
^otit.    Tiiai-^    la    reli<;ion,    d    au    iioiu    d'un 
-yslème. 
dominent    avec   dei?    mots,    des    images, 
esl-à-dire  des  ê  vocal  ions  de  clio.ses  di-- 
imctes,  va-l-on  dire  l'indistinct?  T.n  accumu- 
lant les  expressions,  au  lieu  de  se  borner  a 
.  illc   qui    convient,    de    manicTC   (|ue    leur 
iioinlire  neutralisa»  en  (|uel(|ue  sorte  la  pn- 
•  ision  de  cliacunt*  d'elles;  en  proi-iVlant  par 
approximations  successives  »,  par  «  trans- 
iositions  d'art  -,  jKir  *  suggestions  perp*'»- 
«lelles  •  :  en  «>  choisissant  les  images  aus>i 

t 


26  in:i.i>iiK(;on 

disparaUs  que  possible  »  de  manière  à  t  em- 
pêcher Tu  ne  (juelconque  d'entre  elles  d'usur- 
per la  j»lace  de  l'inluition  qu'elle  est  charj;:Ly 
d'appelei'.  >  (h  On  peut  dire  (jue  >i  les 
anciens  niellaient  leur  eft'orl  à  corriger  le 
va^'ue  des  mots,  les  modernes  le  méfient  à 
en  corriger  la  neltelé. 

(]elle  proscription  du  contour  des  objets, 
eelle  eslhéti(|ue  de  l'indistinct,  s'étend  à  un 
domaine  où  elle  surprend  tout  parliculièie- 
menl  :  celui  des  arts  plastiques.  C'est  (pour 
nous  en  tenir  à  l'ordre  pictural)  la  pros- 
eriplion  du  dessin  des  choses,  ra|)j)lication  à 
les  peindredans  leur  «  imbricatinn  innlueil»»  . 
dans  leur  «  éternel  fondu  »,  dans  leur  (f  perp<*- 
tuelle  instabilité.  »  (2)  Au  surplus,  la  volonté 
de  la  peinture  moderne  de  repousser  louf 


il)  T.  do  Vistin.  <»/>.  cit.,  \k  hjS. 

[i)  a  l,e  ge!<te  qii»*  non»i  voulons  n'produire  sur  la  tuil<' 
m?  s«'n»  plus  lin  iiislanl  lî\é  du  tlvnamismr  univor.Hl  ;  f. 
sora  ^imfdelnent    In  sensation  dyu.imiquc  elle-m^me,   l'n 
«ITel,  tout   bouge,  tout  court,  tout  so  transforme,  ctr.  . 
'.Manifrste  futuriste.) 


BELPUK(;Oa  il 

élément  intellectuel  se  traduit  encore  dan< 
une  autre  sérieded<ictrines,  dont  rintention, 
travers  les  mille  gioses  qu  on  en  donne, 
ut  se  résumer  d'un  mol  :  susciter  l'irapres- 
»n  4|ue  nous  recevons  des  choses  hors  de 
sigmficalion  que  notre  etprU  lettr  dotrne^  par 
\emple  l'impression  que  nous  en  rw'e^'ons, 
matin,  quand  nous  nous  éveillons  et  alors 
que  notre  intelligence*  ne  les  a  pas  encore 
repéra,  ou  encore  (|uand  nous  les  regar- 
l'^ns  la  tôte  entn^  no  jambes  (en   jarjrun 
hilosophique,   substituer  la  sensiUion  à   la 
nepUun  .   On  sait  qu'il  existe,  en  même 
inps,    une   autre   école,  exactement   con- 
traire :  celle  de  la  peinture  «  synthétique  • 
ubisme)  ou  de  l'abstraction  à  outrance,  qui 
ut  réduire  la  représentation  i\es  choses  ù 
lelques  formes  élémentiires,  pun*s  créa- 
>ns  de  l'esprit.  C'e^t  la  un  ca>  particulier 
un  autre  romantisme,  qu«»  nous  verrons 
"-  i'»'n     '  •  romantisme  de  la  nii«^n. 


28  IIKLPHKGOK 

Chose  plu.^  curieuse  encore  :  celle  injpré- 
cision,  ou  la  demande  à  Tidéologie.  I^  cri- 
lique,  la  science,  voire  la  philosophie,  sont 
invitées  à  Cuir  les  idées  à  frontière  arrêtée, 
les  définitions,  à  procéder  par  couleuis  indé- 
cises, j)ar  «  al(*;:ories  «  mouvantes  »,  par 
«  concepts  lîuides  ».  Des  écrivains  qui  se 
donnent  formellement  pour  des  penseur^ 
(H.  Uoliand,  (i.  Sorel,  ^Villialll  .lame.**)  sont 
prisés  pour  la  ♦*  mobilité  t>  de  leurs  dires, 
pour  la  «  fluidité  »  de  leur  doclrinc  T^l  cri- 
tique est  loué  pour  son  appliaition  à  éviter 
(jue  sa  pensée  <  ne  se  fige  en  idée  nette  »,  à 
«  poser  toutes  les  atfirmations  à  la  fois.  »  (I  ) 
"  Maudit  le  jour,  s'écrie  un  de  nos  esthètes 
à  propos  truno  de  ses  idoles,  maudit  le  jour 
où  cet  esprit  se  fixerait!  »  (2).  Li  philo- 
sophie   d(^il    consister    eu    une    alTirmatitiu 


(h  Mercure  dr  Franre,  !•'  aoAl  1911  :  «  André  Gido. 
li(iue  liUérainv  » 

2>  Hemu  (1hi(in,  Vers  et  prose,  lomo  xm,  p.  6:'.. 


nEl.i'MKi;»)»;  jy 

«  insaisissable  »  ([kiicl*  «ju  «lie  doit  iinitiM" 
la  vie);  le  j)liiloso[)lR'  ii»*  peut  prooi'der 
qu'  «  en  artiste  »  i\  )  (entendez  :  sans 
ri;^'uenr);  la  rij^ii»Mif,  •  ()tii  est  p«'iit-rtri 
de  mise  dans  un  raisonnement  inathénia- 
ti(]ue,  est  tout  à  fait  hors  de  pro|>os  dans 
une  discussion  philosoplii(pie  »  (i),  etc..  Un 
[K'nseur  du  -^rand  siècle  (Spinoza)  a  étonné 
>on  temps  en  lui  disant  que  les  idées  confuseî* 
Nrivent  de  Dieu  <*onim»-  les  idé«'s  distinctes; 
>»ii  étonnerait  le  nôtre  en  lui  disant  (pie 
les  idées  distinctes  dérivent  de?  Dieu  comme 
les  idées  confuses.  Cela  encon?  mesure  assez 
bien  !••  progrès  (3). 


1   (f.  Ragiot,  Revue  phiUMophique,  juillet  1907. 

J  J.  Fu>ni.M:r,  ta  Phahin'/e,  Juill'-l  1912.  —  L'in<Ji, 
\  .lion  «ernble  rtrc  une  x.il-  ur  j>our  not  conlcmporHini 
III.' 'ii«  oii  maiii'Tv  morale.  »  WU'i  «lon<*  faire  cnU.*ndn*  à  ces 
t'  ni'  .ii>,  ilil  l'un  (l'ra\  à  p^op^»  «l'un  rrimo  paMionnol,  que 
'  iïu<   hufn.iint'  «o  n-fenur  coram»   iin«5  nfornenMbl*?  quind 

11  \«ul  IfclainT  at.-.-  la  lantiT»»- «l»-  Dm^tii*"'  Allcx  tl.»ni 

I    11  'liri'(|ue  l'amour  i-l  li  hain<-  %*'.  Ctiropovnl  comme  1^ 

»  ...      <l  lr  bleu  dans  la   lumen'    ••  \}\  Jili*.  F.xtfluor, 

'^  aux.  1913.» 

3  On  Mil  que  di^Jà  Frneliiu.     •  rirn  ne  montre  niieui 

«iihien  il  oft  de  notre  tnmp«  i-t  rn  rupture  avec  le«  pnnd 

t. 


80  IJEl.l'IIKGOll 

Au  fond  de  ce  goût  de  nos  contemporains 
pour  Técrivain  exempt  d'idées  claires  et  dis- 
tinctes, sachons  reconnailre  quelque  chose 
de  plus  profond  et  de  commun,  apparem- 
ment, à  toutes  les  com|>airnies  mondaines  : 
l'attirance  pour  l'inlelligence  faible,  Taver- 
sion  pour  l'esprit  puissant.  Que  le  lecteur 
veuille  l)ien  évoquer,  et  en  remontant  un 
peu  «laiis  rhisloire,  la  galerie  des  talents  — 
poètes,  penseurs,  journalistes,  simples  mii- 


goût  »,  —  s*«''Iève.  1*1  [ji-opos  dr  Boiirtlaloiio,  coiilro  Irg  «  «livi- 
sions  fi.  dont  a  lesbai*ruges  g>'>oni(.'-tri((ucs  emprc-bciit  la  |>en8te 
et  réniolioii.  »  Aussi  bien  si-mble-t-il  déjà  appeler  nos  svm 
bolistes  :  il  voudrait,  en  pot'sie  /W/re  sur  un  }MH'te  tic  sou 
temps  ,  "  un  je  ne  sais  t/uoi  qui  est  une  farililè  ii  laqutlli' 
il  est  dinicilc  d'atteindre  »,  ■  un  assemblapo  de  tant  dr 
choses  qui  semblent  oppos/'cs  «quicsla  pres<juc  impossible 
dans  une  ^ersilicalion  aussi  ^«'nante  que  la  noln-  »  ;  plu^ 
trace  liiez  lui  de  la  doctrine  de  .Mavnard,  qui  a\ait  Irôrn- 
jusqu'alors,  selon  laquelle  •  liaque  ver<  doit  se  détacher 
avec  un  sens  pb>iu  et  luniplct.  Rappelons  que  ^ou  sl^le. 
du  moins  dint  le^  Maximn  des  Smut^.  est  Irait»*  par  Saint- 
Simon  de  '  l)arbare,  d'obscur,  d'«imbra>;é  >.  —  lUilTou.  au 
contraire  de  Kcnelon.  s't'lôve  />i.v(ï)»/rs  sur  le  s/'/ie  ,  non 
pas  contre  le>  divisions,  mais  conlr»'  rej;cés  des  divisions. 
et  n«»n  pas  jiarce  (jue  cet  excès  emp'che  l'émotion,  mai" 
parce  qu'il  einptVhe  l'impression  d'unilc  qui  doit  ressortir 
d'un  ouvrage.   —  esthétique  émineuinienl  inlelleclualisl< 


liKLPHl  «.ni:  :».  1 

>»'Ur>  —  cIktin  de  la  injun»*  <(RMet»'.  <JUf 
ir«»spriU  «  (in-  •,  •  délicat^  »,  «  «limables  », 
«  pleins  de  grâce  ••;  combien  jmîh  «resprils 
-  vigoureux  »!  Une  de  M»''léa<rre,  de  Pline  le 
Jrune,(le  La  Fare,  d'abbc'*  de  Choisy,  de  Jules 
Janin,  de  Caro,  de  FV»rp>on;  combien  peu 
d«'  La  Hochefoncauld  ou  de  Montasquieii  î 
Hue  de  natures  féminines:  combien  peu 
d'hommes!  Au  reste,  cpi'ont-elles  à  faire 
d*  «  (»prits  vigoureux  »,  ces  personnes  dont 
toute  la  raison  d'être  est  de  rechercher  ee 
*|iii  |M^ut  les  rharuier?  Kt  qui  niern  Ir 
•  harm*' d'une  certaine  faiblesse?  (ii 

llnfin.  fi  cAt»'»  de  cf^  mt^pri^  «le  nos  nM»n- 


I     1:  Il  •  iMiu,  Ui>n>   ne    rdiir:eont  |>uint    paroii    re> 

iii  '  f  '^.s  ♦'^i.rit»  <iii.n<Mii:nriif   \iril*  .iti\  iiii'ln  il 


U<  <v  ^  luUci,;;*  *  .  JluuUi.itii. 


32 


Bi:  M»  M  ET.  on 


(lains  pour  la  distinction  des  idées,  mar- 
quons ce  (rail,  —  qui  n'y  éUiit  pas  nécessai- 
rement inclus  (car  on  peut  mépriser  unr 
rhose  tout  en  la  possédant;  cela  est  niénu^ 
élégant),  —  nous  voulons  dire  leur  parfait» 
impuissance  à  pratiquer  cette  distinction  1 1  ». 
Il  suffit  d'inviter  le  lecteur  à  observer,  «le 
ce  point  de  vue,  la  moindre  conversation  d»- 
salon,  sni-  la  [jolitique,  sur  l'iiil,  sur  la 
religion,  sur  l'amour,  pour  iju'il  conviciiiir 
do  l'incroyable  confusion  d'esprit  (pii  y  éclair 
chez  ceux  (]ni  y  prennent  part,  de  leur  radi- 
cale impuissance'  à  concevoir  les  distinction^ 
d'idées  les  moins  subtiles  et  les  plus  rebat- 
tues; c'est  un  pataugeage  général  où  Ton 
s'aperçoit  biciitùt  qu'ils  n'ont  pas  la  moindre 


(1  On  n'obsorvc  peut  t^tre  |>as  tonjotirs  assez  qur  l< 
•  Icclain  pour  une  faoullr  de  l'rspril  loexiste  parfois  a\oo  1. 
liiil  (junn  ne  l'a  point,  \oioi,  par  rtiMiipK',  à  propos  duii 
^'land  homme,  une  remarcjui'  qui  a  son  prix  :  «  Quant  à  la 
logi(iuc,  il  ne  fait  pas  expri-s  do  s'<>n  affraurliir.  Y  manqurr 
sans  (t'ssc  ol  rclTet  d'un  don  dr  nature,  auipul  il  doit  la 
spontancito  et  le  savotireux  iniiiri''vu  do  s.t  inini. n 
iUenou>ier  sur  Hrnan.; 


lIKI.PtlÉGOK  33 

idt-e  de  la  dilVéïi'nco  (juil  v  ;i,  j>ar  exemple, 
eiilre  la  liberté  politique  et  le  droit  de  faire 
tout  ce  qin'  Ion  veut,  entre  le  |)Ouvoir  émou- 
vant d'u iw  uni  vre  d'art  «ît  sa  valeur  esthétique, 
entre  le  .M'iitiment  reli*:ien\  et  une  croyanoi' 
formelle,  entn*  l'amour  et  la  tendrtîsse.  Aussi 
bien,  tout  le  monde  a  pu  œnstater  maintes 
fois,  dans  les  lettres  de  nos  mondaines,  leur 
imapacilé  d'^xpriiinr  ,\\*hi  précision  la 
moindre  idée,  que  dis-jeî  le  moindre  fait, 
de  donner  avec  exactiludf  le  moin<lre  nn- 
sei^ement,  de  dire,  dans  Tordre  des  chose* 
les  plus  simphîs,  ee  quelles  veulent  dire  e( 
cela  seulement.  iU\  ne  |»eut  se  défendre  de 
songer  que  ces  j:ens  sont  les  enfants  i l'une 
nation  où  \v<  m«>ndain^  s»»  sont  ap|>elés  lielz, 
Siiint-Kvremond,  La  lU^hefoucnuld,  M'"'  de 
\a  Fayette,  où  les  jeunes  femm«*s  fai-^aient 
ronramment  des  distinctions  comme  celles- 
ci  :  «  L*oraison  [tassivc  eonsisli^  dans  l«>  pur 
amour,  mais  ce  pur  amour  |)eut  être  sans 


.Vi  in;LPUKGO!i 

elle.  »  (M'"  (le  (irignani.  ki  disparition  de 
toute  espèce  de  puissance  dialectique  dans 
une  société  française  sera  une  des  stupéfac- 
tions de  l'histoire  (  1  ). 

On  peut  faire  la  même  constatation  au 
sujet  de  nos  littérateurs.  Li  totale  ignorance 
des  principes  de  l'esprit  chez  la  î)lupart 
d'entre  eux,  rt  des  plus  grands,  est  vrai- 
ment chose  inouïe.  VX  nous  ne  parlons  pas 
de  l'elVroyable  iràe-lus  où  ils  se  débattent  dès 
qu'ils  se  mettent  à  manier  des  idées  (voir, 
par  exemple,  les  polémiques  de  certains 
coryphées,  au  début  de  la  guerre,  avec 
M.  Paul  Souday  à  propos  de  la  cpiestion 
Nielzs<'lie,    de    la    (pu'stion     Heiiaii,    de    la 


[\\  Hussy-Habutin  «'cril  (dt*c.  lG78i  à  un  correspondant  qui 
l'invifr  A  t\c»  délinitions  do  termes  :  «  Nous  disions  que  le 
bon  air  altiio  \v  rci>\n'c{.  M"»  dr  Coli^ny  uVst  sn  fille  a 
irouvé  qu'il  fallait  mcll  re  l'eslinie,  clnou^y  avons  souscrit.  ■ 
î't  i'ncon-  :  -  l'onr  moi.  j  avais  ju^'i'  li*  bon  sens  et  le  jii^f- 
menl  la  mt'-me  ehose.  M"»  de  Coli^nv  v«)ulait  que  le  bon 
sens  roganhll  Ils  |)ensr»'s  et  1p<  e\|in>'«-«i(>n>,  v\  le  jupemrnl 
In  conduite.  -  Il  semble  que  cette  aiwuiee  d'une  jeune 
mondaine  dans  la  dissociation  des  idées  ait  paru  toute  natu- 
relle à  son  entoninpr. 


HKLPIIÉGOR  as 

<  mystique  de  la  giiern»  •),  ruais  de  choses 
liien  plus  modeslcs.  Je  sais  un  de  nos 
«  inailros  •,  (|ui  adrtssr  iim*  lellre  au 
ministre  en  vue  d^oMenir  un  rjiangement 
dans  sa  situation  niditain*;  il  s  y  prend  do 
Iclle  sorte  qu«*,  |>our  comprendre  ce  qu'il 
veut  dire,  ou  est  ohli^'é  de  le  prier  de 
recommencer  trois  fois.  In  autre  demande 
aux  lecteurs  d'un  grand  journal  de  Tardent 
f»our  uno  œuvn^de  hienfai^ance;  il  s'exprime 
si  rjairement,  an  sujtl  du  ino<Je  de  piii»- 
mint,  que  pendant  huit  jours  les  colonnes 

•  lu  journal  S4»nt  n^mplies  de  demandes 
d'explicîiliou  d.'  ses  correspondants,  iju'on 
mette,  en  n>(anl,  la  précision  d'un  Hacim* 

lans  le  moiudn»  conseil  d'iiygiine  à  son 
lils,  ou  d'un  Vutor  Hul'o  dans  ses  lettres  à 
•ies  «««litiMirs    .Nidle  part   Taliaissement  île  h 

•  ulture  classique  n'apj^aralt  si  nettement. 
(Sur  la  TMiTusiou  des  ^<wres,  voir  la  note 
('  à  la  fin  du  volume.) 


3C  i;i:i.PllÉ(;oi; 


Hcliijtoi)  de  1(1  iiiusiiiur. 

Miiy,icnlis(iii(m  de  luns  les  arts. 

ScnsibilUc  plmllcicnni'  cl  scnsibilitr  intisiculc 

Vn  iiitcressaiit  a>|>ecl  de  (^elte  répulsion  de 
nos  conlemporains  puiir  la  netteté  dans 
Tart,  c'est  la  val»;ur  (juasi  suprême  qu'ils 
confèrent  entre  tons  les  arts  à  la  musique, 
en  tant  précisément  qu'ils  y  saluent  1'  o  art 
sans  formes  •,  !.i  pure  *  fluidité  »,  l'ail 
«  enfin  libéré  des  <:alégories  de  l'espace  » 
(rappelons,  à  c<'  propos,  leur  adoration  toute 
spéciale  [)our  inir  «^erlaine  mnsicjue  mo- 
derne  «  invertéhrée  t>,  leur  mépris  pour  hi 
musique  à  idfcs  claire^  et  distinctes,  à 
«  ponctuation  »);  c'est  leur  doir  cpie  hi 
musiijue  serve  <le  modèle  aux  autres  arts, 
que  la  poésie,  qin'  la  peinture,  que  la  sculp- 
ture, que  ridéolo^^ie  elle- même,  soient  «•  nui- 
sicxiles   »,   imilent   la   «    pure  mouvance    », 


HKLi'HK(;0K  37 

r  «  indrlcriiiiiic  -  ti.-  <  cl  art  élu  (h.  Hien. 
iiiii*ux(juc  celle  volont»*  de  niusiailiser  luiis  les 
arls,  ne  montre  l'appliralion  de  nos  conlem- 
{Kjrains  à  ne  lirvr  du  l'art  aucun  élal  mlrl- 
h'cluel.  mais  un»-  pure  sensation,  comme 
d  un  brcuvaj^e  ou  romme  d'une  fleur.  — 
An  surplus,  la  musicpie  n*est  pas  uniquement 
vénérée  d'eux  |)Our  son  absence  de  formes, 
mais  encx)rc  |K)ur  l'iMat  ■  aiïedil  pur  » 
(prell*'  a  le  don  de  créer,  jkduf  son  rap[)ort 
étroit  avec  une  «  conscience  à  l'état  pur  ». 
«  d'où  la  représentation  s'est  retirée  », 
«  dont  la  condition  est  végétative  et  irré- 
ductible à  rintellectualité  >  (2);  [)our  le 
[Kjuvoir  qu'elle  a  de  «  suggérer  au  lieu  d  ex- 
primer   »    (i"J),    procé'dé    qu'on    va    jus<ju'à 

't  La  printarf  moderne  icn  «  un  art  cn(i*Vcmcn(  nriif. 
(|Ui  "tr»  »  la  |)^iiilun»  !»'|lc  qu'on  l'avait  en\  ita^'ii:  ju<»(|u'ict 
ce  ifuc  la  mustqnr  rs/  a  lu  Uttérnturr.  «  «i.  Apullinairr, 
nt^  par  M.  A.  S«chr,  Ir  Unarroi  de  l>i  conMnenrr  jmnçaise, 
191.1,  p. 08.  Voir  loat  le  (l(^«flopp^ui<  ul.i 

î;  BAXAItXAt,  la  Mmxquf  et  l'inrorjcient,  (>0.«9ilD. 

^'^  T   10  V|^A.^,  Payiage»  vitrt>$i>cct:ftyp.  XLu. 


38  Bni.i'iiKcion 

demander  inainlenaiit  m  l'idéologie  ;  et  aussi 
(encore  que  celte  raison  s'i'rige  moins  en 
système)  pour  cette  chose  particulièrement 
troublante  «juc  constitue  le  son.  Nous  dirons 
plus  loin  une;  autre  religion  encore  que  Ton 
en  fait  parce  qu'elle  peut  exprimer  l'àme 
humaine  en  sa  région  «<  j^rofonde  »,  entendez 
inintellectuellc. 

rcnl-étre  est-il  inléi'i>ssant,  pour  riii>- 
toirc  du  respect  dont  ont  joui  les  diverses 
sensibilités  à  travers  les  Ages  (qui  fera  celle 
histoire?),  de  remarquer  combien  le  respect 
pour  la  sensibilité  à  la  nnisique  est  cliose 
récente.  Salluste  déclarait  d'une  dame 
romaine  qu'elle  chantait  «  avec  plus  de  goût 
qu'il  ne  convient  à  une  honnête  femme  »  (I  ). 
L'époque  impériale  semble  avoir  montré  à 
la  lt)is  une  grande  sensibilile  à  la  musicpie 
et  usse/  peu  d'e-lime  pnur  cette  sensibilité: 


1 1  KUyantim  ijunm  necessc  e.sl  probœ.  (CutUina,  XXV 


I 


BRLIMIKGÛR  39 

A  m  FI  lien  Marcel  lin  —  il  e>l  vrai  rjiie  c'est  un 
Iriaf  —  s'élève  ooDtrc  ce  goùl  de  ses  con- 
leiiiporains  (2).  Plus  près  de  nous,  le  ^rand 
Nrn.'iud  déplorait  que  •  h*  poison  des  chan- 
-»iis  de  Lulli  se  npandlt  (i.ms  toute  la 
Krance  »;  on  nous  dira  (fue  c'était  un  liomnic 
dK^Iise,  mais  les  ecclésiastiques  d'aujour- 
d'hui 4*n  diraient-ils  autant?  M"'"  de  Mot- 
loville  dénonvail  le  jroût  du  roi  Ix»uis  XIII 
pour  la  niusi(pio  comme  un  sijçne  de  sa 
nature  maladive.  Saint-Simon  in>cri(,  parmi 
les  lares  natives  du  du»-  de  Bourgogne,  son 
|M'hcliant  [Htuv  la  musique.  M"'  de  Lespi- 
ii.is'^e  avoue  son  goAt  pour  cet  art,  mais 
le  ne  l'a,  dit-elle,  que  lorsqu'elle  souffre, 


n  Maneilin  (XIV.  6. 8»  Voir  Friedlander.  Cin- 


iO  liKLPHKC.Ull 

ce  qui  L'sl  loin,  [)uur  ollr,  de  signifier  (ju'il 
soit  supérieur.  Aujourd'hui,  la  sensiliililc  a 
la  musique  confère  le  palriciat  de  rame: 
seuls,  quelques  cyniques,  indifférents  au  mé- 
pris de  leurs  contemporains,  avouent  qu'il> 
en  sont  dénués. 

On  peut  définir  plus  au  fond  la  tendanc»' 
que  manifeste  ici  la  sociélé  moderne.  Distin- 
guons deux  grandes  sortes  de  sensibilité  : 
Tune  —  dont  la  vue  et  le  toucher  sont  les 
principaux  modes  —  (|ui,  s'agrégeant  autour 
de  l'idée  de  forme,  tire  de  cette  origine  un 
caractère  spécial  de  ucttctruide  fermeté;  ap[»c- 
lons-la  la  sensibilité  plasticienne;  l'autre 
—  l'on  10.  l'odorat,  le  goût  —  qui,  exemple 
d'une  telle  armature,  consiste  au  contraire 
dans  une  sensation  snns  contour,  incompara- 
blement plus  troublante;  appelons-la  la  sen- 
sibilité musicale.  Li  première,  siins  doute 
parce  qu'elle  ébranle  des  nerfs  plus  évolués 
c'est-à-diiv  plus  5j)écialisés,  semble  une  srn- 


RF.LPIiéGOn  U 

iliililé  plus  localisé'^  fraiïeclaiil  «[ii  un  coin 

li-lormiué  de  la  conscience;  la  si'condc 
-l'Nible  un  envahissement  <lr  W'ivr  total. 
l-i   première  est   unr  sensibilité  cenfrnlist-e, 

i^^emblêe;  elle  est  source  de /<»ri«f;  la  seconde 
»nsistc  précisément  en  une  sorte  de  décen- 
alisfttinn  de  la  conscience^  en    une  sensation 

'i/fitse  et  éf)andue  (I),  sourc4;  éminente 
iTivresse  et  «le  vertige.  Celaeutourlu,  tout  le 
monde  conviendra  que  la  sensibilité  où  trud 
la  société  contem|K>riine,  celle  qu'elle  e.xalte 
j»ar  ses  verdict»  et  ses  doctrines,  relie 
c]u*elle  veut  «juc    l'irt    vienne    satisfaire  m 

Ile  ,c'esléminenimenl  la  sensibilité  musicale. 
Pour  faire  compnMidre  «e  que  nous  enten- 

lons  par  sensibilité  musicale,  nous  pour- 
I  ions  citer  aussi  la  sensition  cTamour  (ab<- 
iniclion     faite,     bien     entendu,     de     Vidée 

!••    l'objet   qui    la  rniise:    fuir   exemple.   In 

I     Vaiir  |4  nn|^  n   •  l-i  lin  «lii  tiilum** 


42  BELPin-GOR 

sensation  hroduili'  par  (juolquo  aphrodi- 
siaque.) J*eul-ètrc  ne  faudrait-il  |H)int 
prendre  C4*tlo  sensalion  chez  rhonimo,  ou 
elle  seml)le  une  sensation  localisée,  mai- 
pi  utôt  chez  la  feniiiK»  où  elle  est,  parait-il. 
dill'use  et  épandue.  (Sur  d*autres  raisons 
pourquoi  les  sensations  de  la  vue  sont  inli- 
niment  moins  troublantes  que  celles  de 
l'ouïe,  de  l'odorat,  clc.  voir  la  note  K  i\  la 
fin  du  volume.) 

Pour  ce  qui  est  d«»  la  musique  m«'uu\ 
faut-il  rappeler  qu'à  côté  de  la  musique 
source  d'êpandeinenf,  il  en  existe  une  autre, 
source  i]{i  tenue  :  uuo  musique  plafiticienne? 
Cesl  la  distinction  que  taisait  Platon  quand 
il  bannissait  de  l'Ktat  le  mode  lydien  ri 
recommandait  le  dorien.  C'est  aussi  celle  que 
lk)ssuet  semble  avoir  aperçue  <lans  ces  cu- 
lieuses  li^'nos  :  *  La  musique  que  Diodore  lait 
mépriser  aux  l'^jvptiens,  comme  capable  de 
ramollir  les  couraLr»^<.  était  sans  doute  celte 


BKI.PHC^OR  48 

fiuisiqae  nii)lle  et  elïéminée  qui  n'inspire 
<jue  le?  plaiiiirs  el  une  fausse  tendresse,  (^ar, 
{Kjur  celle  musique  gi*néreu>e  «lont  les 
nobles  accords  élèvent  I  eaprit  el  le  oeur, 
l<s  [*]p}'plien3  n*avai<'nt  garde  do  la  m«[»ri- 
>cr  "  (I). 

On  |)Ourrait  presque  prétendr»*  que  toute 
musique,  in  lanl  qu'elle  est  iruvre  d*aii, 
e>»l,  en  un  certain  sens,  plasticienne  et  non 
musicale;  que  la  musique,  p<'ir  cela  même  que 
^un  essence  est  iibsence  de  forme ^  no  saurait 
It'voïiir  (euvre  d'art  qu'en  abjurant  en  qurl- 
|ue  sorte  sa  propn>  nature  v{  adoptant 
elle  de  Tari  plahti(|ue;  comme  ce  noyé,  <lonl 
f>arle  Bergson,  qui  n«*  |»;irvienl  à  s'assurer  la 
vie  (|u'en  s'accrocha  ut  à  C6  que  l'eau  lui  ofl're 


'1  f>i$cvmn  iur  i'Ilintrirt  rnifmeii€  (III,  V  Clt^n?  t-nror** 
Li  mati'tn*-  '  'i*»uenln''  ' 


a  1/4:4    uicjLiCi.       ijjauauliruud.  Vie  ie 


Il  IJI.LI'HKGOR 

encore  de  solidité.  On  jKnirrail  soutenir  que 
les  i^n-ands  créateurs  en  nnisique.  —  ceux 
siirloul  (|iii  se  complurent  à  !a  matière  la  plus 
fluide,  comme  un  Wap;ner  ou  un  Debussy, 
—  n'ont  été  créateurs  que  parce  qu'ils  surent, 
en  une  certaine  mesure,  dompter  leur  j un- 
amour  de  la  musique  et  s'imposer  les  mœurs 
de  la  plastique.  Il  y  a  là  l'évocation  d'un 
drame  intellectuel  où  pourra  s'amuser  l'ima- 
gination de  nos  lecteurs. 

Même  réflexion  pour  les  écrivains  qui,  se 
plaisant  de  pnr  l»Mir  nature  à  une  matière 
fluide,  ont  >ii  être  de  grands  artistes  : 
l'auteur  des  lii-.rej'ies  d'un  promeneur  solitaire, 
Chateaubriand,  souvent  Loti,  lîcnaii  nous 
semble  inférieur  à  ces  maîtres  |>our  n'avoir 
pas  toujours  >u  imposer  une  forme  plastiqtie 
à  la  matière  fluide  où  il  se  complaisait. 

Cette  distinction  du  plasticien  et  du  musi- 
cal, on  {)ourrait  également,  croyons- nous, 
l'introduire  dans  le  jugement  de  celle  litté- 


BEI.  PII  KG  OR  45 

rahire  (|ui  vise  à  ne  louclnr  (jiir  noire  son- 
>ibilitt%  et  qu'on  nomme  en  hU)c  romnntisinr. 
On  reconnailniit  que  le  romantisme  de 
\s:U)  (sauf  peut-être  celui  de  I^martine  (h 
••^l  plasticien,  tan(li>  que  c«*Iui  qui  date  d»? 
la  seconde  moitié  du  xix'  siècle  (Verlaine, 
lîarrrs)  est  éminemment  mitsical.  Rappelons 
que  I{au«lelaire  y  a  fait  entrer  Texploilalion 
des  sensations  de  fjoût  et  (rcxloral,  à  (|uoi 
•'crtes  IIu^o  et  son  Imips  ne  sonp^aient 
-^uére.  On  conviendrait  aussi  île  la  pmlilec- 
lion  marquée,  et  systématique,  de  nos  con- 
t<'mf)orains  pour  le  romantisme  musical  (:2). 


t    Dont,  ainsi  tien,  la  rivciir  a  consMcnt.I.  m-  nt  jramli 

^  '        '  r«  trmp«.  en   rai-ion  -i 

il.  'Voir  li.  Lançon.  //  - 

<r  |ti<ins  UiOlffoit  qui*.  f»<^ur  It.i'il'  '  1  :>' 

•  rallnrher  .1  la  musique  en  Un.  ■•% 

e:  -  Lt  phn-    [•  ..  ti-ju*'  p« ut  1.- 

l'irt  x\\y,s  t'  \cnr,'  it. 

liai'-.   Il   '  aM-eii«l.iii  ^  ic 

intr;   i  11.  .Ut  à  pu-  %cni  le  ciel 

rït.f.oHM  •'     IVnreraTecU  vélociU* 

rr«.jt;U  «I.'  Pr^'Cscf  aa\  Heurt  du 


if.  l;EM»lll-:GOn 

Voici  un  l)on  exemple,  croyons-nous,  il»- 
romantisme  j»Insli^ien  : 

...  Nos  Bélhlniiiilfs  (  t.tieiil  a:>sis  autour  .n-  leur 
l)ùclier.  leurs  fu<ils  cou(;h«''.s  à  ten*e  cl,  à  leurs  ri^trs, 
les  Lhe\nu\  a( tachés  à  «les  piquets,  formant  un 
>oconil  eejclc  on  «leliois.  .\près  avoir  bu  le  café  el 
parlé  beaucoup  ensciiiblo,  ces  Arabes  tombèrent  <lan> 
le  silence,  a  l'exception  du  ncheik.  Je  voyais  i\  la  lueur 
«lu  feu  ses  ^^sles  oxpir.^sifs,  sa  barbe  noire,  ses  «lenl- 
blanches,  les  divei-ses  lurnies  qu'il  donnait  à  >oii 
\ètement  en  continuant  son  i-écil.  Ses  compagnon- 
I  écoutaient  dans  une  attention  profonde,  tous  penche- 
en  avant,  le  visa^^'c  sur  la  flamme.  tant»M  poussant  un 
cri  d'admii-ation.  tantôt  réjuîtanl  avec  eniphas»»  le- 
j<estes  du  conteur:  (juelquos  téle^  de  chevaux  qui 
s'avançaient  au-dessus  de  la  tn)upe,  et  qui  se  de^<si- 
naient  dans  lombre,  achevaient  de  donner  à  ee 
lableau  le  caiaelère  le  i)lus  pittoresque,  surloul 
lorsqu'on  y  joignait  un  coin  de  paysiige  de  la  m«r 
Morle  et  des  nionb-^nes  «!e  fudée.  (Chateaubiu  \nd. 
Itiiicniirr,  ,'V"  parlie.i 

Inutile  de  înannier  l'extraordinain*  |>l.i">- 
liqin'  (le  cettr'  paire,  sa  volontc  de  nous 
«•mouvoir,  scdon  le  mot  d'un  classi()ue  (Bul- 
ibn),  }>ar  l'image  «  vive  el  bien  terminée  «». 
Inulile    aussi    d'afllrmer    combien  elle  s4M'a 


inoin8  goùlee  de  no6  lecteurs  que  telles 
«  nuidités  •  —  d'ailleur'î  «l'un  art  parfoi^^ 
aussi   heureux   —  «le  /"  Mort  ih   Vfui^e  on 

de   P»'-  I'>  >ir^   (l  l<hnnb\ 


TAN  l'ARTICI  I.IKR  «Ml  I,  ART  TRMTi; 
l.r     I  'VMK   m  MMNK 

\  oiontf  ijue  i  tii  f  ii>-  trmtf  pas  <i  antrr  >ujrt 

Mais  où  leur  volonté  de  jouir  jmr  l'art  e«t 
le  plus  violente,  c'eî>t  (|uan«l  l'art  f)rend  pour 
objet  l'ànie  hufiiaiiie. 

Kt  dalwrd  il  semble  qu»\  sejnii  tui\, 
l'art  De  doive  plus  prendre  d'autre  objet. 
Orles,  à  aucune  é()0<|ue,  la  l>onne  société 
n'a  fait  la  première  place  aux  ouvrages  (|ui 
ne  trait4*nt{>oiut4le  cette  émouvante  matière: 
le  poème  de  Lu«rèee  a  provoqué  chez  ses 
C(»ntemporaio2}  une  attention  a  peu  près 
nulle,  et  les»  EnireUenu  xur  la  plnialUe  des 
luvtxilea  ou  les  Pnncipeu  de  la  pln/st4fiie  df  SfW- 


AS  i-.KLruF.r.on 

ton  n'ont  ct'i'k'S  point  vécu  le  uiènie  accueil 
que  la  XourcUc  Iléloise.  Toutefois  ces  écrits 
de  Fontenelle  et  de  Voltaire  ont  été  vive- 
ment goûtés  de  leur  époque,  et,  non  pas 
seulement  connue  révélateurs  de  laits  et 
comme  l'est  encore  de  nos  jours  tel  ouvrnge 
r  vulgarisateur  i>  (par  exemple,  celui  de 
Fabre  sur  les  insectes),  mais  comme  mani- 
festations liltn'airofi.  Quant  aux  fijjoques  de 
la  nature^  elles  ont  suscité  un  véritable 
enthousiasme.  Oii  est  aujourd'hui  hi  bonne 
compagnie  qui  s'engouerait  de  telles  produc- 
tions? qui  estimerait  «  littéraires  »  des 
œuvres  qui  ne  traitent  pas  de  TAme  humaine 
(quitte  à  ce  (ju'elles  en  traitent  sous  la 
forme  de  <^  vie  des  abeilles  »  ou  d'  u  intel- 
ligence des  tleurs  »)?  Cela  est  si  vrai  que 
tous  les  préceptes  de  Testhétique  moderne 
s  appliquent  exclusirement  à  I  art  qui  traite  de 
rdme  himmiiii:  («  il  faut  (jue  l'artiste  se  mette 
à  l'intérieur  de  l'objet  qu'il  ti'.iit»'   -.  qu'il 


liKLl'H  IJ.OU  49 

en  i''fX)us«  h»  «  principe  de  vie  »,  etc.)  el  cela 
^(His  qu'on  l  articule^  tant  il  vient  peu  à  la 
l»en.s<'*€  (le  nos  conteni|>orains  que  l'art  puisse 
traiter  d'un  antre  ot)jet 

•  I^'l5^;ule  matière  dont  nous  nous  sentions 
cajxibles  «le  l'aire  quelque  chose,  c'est  cette 
matière  toujours  neuve  et  palpitante 
l'homme,  l'hoNim»',  et  encore  l'homme.  En 
ce  temps  où  l'on  risfjue  de  n'être  point 
reooimu,  à  moins  de  [)0rter  signe  à  son 
«'hapeau,  choisirons-nous  un  mot  de  rallie- 
ment? Ce  sera  Vw  d  abord,  vie  longue  el 
|>iitiente,  active,  chargée,  ditlicile,  vie  enivrée 
d'Hre  humaine.  »  {Les  Jeunes  Gens  d'aujour- 
Ohut  :  la  jeunesse  littéraire,  lettn»  de 
M    Jacques  C>)|>€au.> 

Toutefois,  le  déilain  (|ui  accueillerait  .lu- 
jouni'hui  les  Entretiens  de  Fonlenelle  lient 
nj'»ins  à  ce  que  cette  nnvre  traite  de  Tina- 
nimé  qu'à  ce  qu'elle  en  traite  de  l'eariêrieur. 
('royon?  bien  que  l  K^prit  dea  lois  ou  la  Cité 


5(>  HKM»HÉGOR 

antique  qui  Iraiteiil  do  l'hoinine,  mais  dn 
dehors,  mais  par  voie  d^analyso,  ne  seraient 
guère  plus  sym|>atliique3.  11  est  probable 
qu'en  revanche,  une  communion  avec  Sirius 
<  en  sa  palpitation  interne  •  serait  fort 
applaudie. 

Et  ce  n'est  pas  seulement  dans  Tart  qu'ils 
entendent  ne  trouver  (|ue  l'Ame  humaine, 
c'est  dans  hi  philosophie,  dans  la  scienci^. 
On  sait  leur  ♦•nthousiasme  pour  cell«' 
philosophie,  la  •  vraie  »  philosophie,  la 
«  seule  »  philosophie,  qui  consiste  exclusi- 
vement dans  la  description  et  l'exaltation 
d'un  certain  état  de  IMnie  (la  ■  durée  •): 
leur  vénération  [>our  celte  «  biolo{:;ie  •>  dont 
toute  l'allirmation  est  d'idenlilier  l'évolution 
de  la  vie  au  cours  dois  siècles  avec  celle  de 
notre  conscience  indivi<luelle  (1).  Heniai- 
quons,   en    passant,    leur    volonté  expresse 

1)  On  snil  (jur  r>5l  louio  Uihôi»ederA'it»/ii/»V»«rrf'a/'i« /-. 


UKLrn 


d appeler  ces  aclivités  •  philosophie  », 
•  bioio^^ie  •,  et  non  toulsiioplement,comin<' 
il  sérail  juste,  «  psyciiolo^ie  *  pour  la  pre- 
mière et  *  poésie  »  j»oiir  la  seconde.  Tou- 
jours celte  cJouhlf  volont*'^  de  vivre  dans  le 
pur  sentir  et  de  uiainUoir,  \Hiv  une  sorle  dr 
iMîsoin  wolaire,  les  dehors  de  l'intellectua- 
lité 

l!lst-il  néces>aire  de  dire  que  cette  attitude 
de  nos  conteni{X)niii)s  n'a  rien  à  voir  avec 
a'Ilo  du  XVII*  siècle  adoplant,  lui  au^Ni. 
romme  printipl  sujet  d'attention,  l'être 
humain,  et  déclarant,  avec  Ik)ssuet,  que 
€  jMJur  devenir  j>arf'ait  (»hilosophe,  Thomme 
n'a  besoin  d'rlndiir  autre  chos**  (|ue  lui- 
même  «/Ces  honunes d'autrefois  songeaient, 
comim^  Socrate  dont  ils  étaient  ici  les  Jiéri- 
tiers,  à  une  préliension  tonte  objective  «*l 
scieotilique  d^  nuliv  nature;  ils  n'ont 
jamais  sun^é  à  se  refiaitri*  d\me  matière 
particulièrement  •  |w)lpilanl«'  •  et  «  enivrée 


o2  HLLIMIKClOll 

d'être  humaine  ».  Aussi  bien,  le  xvir  sièchî 
semble  bien  n'avoir,  lui  aussi,  admis  d'aulrc 
matière  littéraire  que  l'homme;  il  est  certain 
que  les  lecteurs  des  Maximes  ou  des  Caractères 
n'auraient  point,  comme  leurs  devanciers, 
mis  au  ran^r  des  «  littérateurs  »  un  Mont- 
chrestien  traitant  d'économie  politique,  ou, 
comme  devaient  l'aire  leurs  descendants,  un 
(laliani  écrivant  du  eommiM'ce  des  blés: 
mais  c'était  là,  chez  eux,  croyance  en  l'émi- 
nentc  dignité  de  notre  espèce,  non  soif  de 
s'en  pâmer. 

Au  sur|)lus,  celte  soif  de  la  j^résente 
société  pour  l'Ame  humaine,  edle  volonté  de 
ne  savoir  qu'elle,  éclate  en  toutes  ses  mani- 
festations. On  peut  dire  que  tous  les  entre- 
tiens qu'on  \  entend,  qu'ils  soient  de> 
révélations  sur  les  amours  de  M""X...  ou  les 
intrigues  de  sa  rivale,  ou  sur  les  machinations 
de  Z...  pour  atteindre  le  pouvoir  ou  l'Aca- 
démie,  consistent    exclusivement  à  hoirr  de 


BKLPHKf.oR  :;3 

/  dmr  huwdinr.  Et  sans  doiitr,  au  degré  prt*s, 
il  v.n  fui  Nuijoiir-N  aillai  dnii--  les  salons, 
l'ourlant  jju  vit  autrefois  den  mondaines  se 
leinander  entre  elles  de  quoi  se  composait 
le  rou^'e  qu'elles  moltaienl  sur  leurs  joues 
et  comment  on  faisait  les  bas  dont  elles 
laient  cliaussécs  (I);  on  les  a  même  vue^ 
se  jeter  sur  les  livres  qui  le  leur  apprenaient, 
harceler  le  ministre  qui  les  interdisait.  |. 
loreer  à  en  autoriser  la  publication.  Lr> 
ministres  de  nos  âges  démo<:raliques  sont 
autrement  à  l'aise  :  ils  |>cuvent  bien  inter- 
•  lire  toutes  les  k'nrifclopédies  et  tout  ce  qui 
i<:laire  l'esprit;  dès  l'instant  cpi'ils  ne 
lourlient  jHjint  à  ce  (jiii  excite  le  cnur,  ce 
iiN'sl  pas  les  classes  dirigeanti's  (|ui  ncla- 
meront.  Se  (igun-l-on  aujourd'hui  la  mai- 


1 

'    lit» 

T.-iu  l.-  '1  •'>••.•  .-   " 

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M   '  jr  ■ 

■< 

o4  IJKLHUÉliOR 

tresse  du  cliof  de  Tl-^lat  exigeant  du  gouvei- 
nemciil  la  |)uhlication  du  Larousse?  (I) 

Digressioif.  —  Êmolion  de  sympathie 
et  émotion  fsthéliqtic 

Cotte  voloidr.  —  commune,  en  somme,  à 
tous  les  tem[>s.  —  (jue  Tari  traite  unicjuement 
de  l'Ame  humaine,  met  en  lumière  cette 
vérité  :  Ce  (|uo  la  plupart  des  hommes 
cherchent  dans  le  spectacle  des  ( ouvres  d'art, 
c'est  une  occasion  dt*  communier  avec  des 
mouvements  humains,  (Téprouver  Véwi>ti(ni 
(le  xjpnpatlne;  ce  qu'ils  veulent,  c'est  aimer 


(1)  Rico  n'oppose  mieux  la  soo.iéUSdu  xviii*siiV1eà  la  nô(i>- 
(lue  ret  inl«^n''t  que,  .m  milieu  de  son  sentimentalisme,  elle 
purtail  à  l'inanimé.  n«p|K"lon«;  que  reg  leetriees  du  l*a,stoifiihK 
«)ulrequ'«'lles  aoentillaient  roinme  on  sait  l'expost^  des  doc 
trines  neutonienne««  el  lesouvniges  de  Hu (Ton,  suivaient  It  ^ 
«ours  du  botaniste  Moriii,  visitaient  le  lalutratoire  du  ehi 
misie  I.emérv.  he  purs  liit»  raiiurs,  tomme  Iloudart  de  la 
Motte,  se  piquaient  dallier  la  eonnaissanee  delà  physique  an 
bel  esprit;  lauteiirtles  Lettres  /)er5(;;i*»>' avait  fait  un  mémoire 
sur  la  nature  de  l'oilio,  et  projetait  une<  Histoire  plivsiqn.- 
de  la  terre  ».Sur  riudifféivnc^  de  notre  ti>n))«ù  lioauim/. 
voir  notre  ouvrage  Sur  le  Sticcvs  liu  H^rr/sonumc^  p.  ISi. 


RELPHEi;OR  55 

avec  des  Grieux,  liair  av«*c  lago,  Irernbler 
avec  Dfsdéinone,  soupin-r  avec  IMitxJre, 
mourir  av»*c  Werther.  Vnssi  bien  ne  se 
plaiseDt-ils  qu'à  la  peinture  des  sentiments 
qu'ils  sont  caj>ables  d'éprouver  :  fï'allez  pas 
montrer  aux  faul»ourgs  les  drames  de  «  ons- 
cience  du  jus(«%  ni  aux  fnnmos  les  tortures 
du  chercheur  d'irl/os.  Pour  la  mùnic  raison, 
ils  se  jitlenl  particulicrciiirnl,  entre  le^» 
formes  d'art,  sur  celle  du  théâtre,  qui  leur 
|)ermet  d'épouser  l'émotion  humaine  jus- 
qu'en s«i  |»artie  physique,  de  communier 
avec  le  geste,  déprouvrr  ce  que  l\)n  a 
nommé  la  si/mpaihir  itrffnniffup.  Kst-ce  besoin 
d'ajouter  rpie  r«*motion  de  sympatliie  n'a 
rien  à  \oir  avec  l'émotion  esthétique?  (I  ) 


il     Ijfié  lii<>ra1î«lf«   itii    Mil*    %û  <I*4   .tiil    viipmi-nl    ii:ii   iu<> 

i|il>      l't'iii  J 

.1 


or.  lîKLPUKCuH 

Oii\'sl-ce  donc,  pour  nous,  que  !'«  émolion 
esthétique  »?  Il  est  peut-être  temps  de  le 
(lire.  C/esl  l'éniotion  causée  par  l'idée  que 
Ton  prend  des  qualités  proprement  urlisliques 
(i'une  ci'uvi-e  d'art  :  par  exemple,  de  la  vie 
de  cette  œuvre  (la  vie  d'une  œuvre  d'art 
est  toute  autre  chose  que  la  vie  des  person- 
nages qu'elle  présente),  de  son  unité  de 
signification,  de  l'ajustement  de  la  forme 
au  fond,  du  lx)nheur  des  proportions,  d<'  la 
gradation  des  cfl'ets,  etc.  lii  bon  exemple, 
si  Ton  veut,  et  pour  l'emprunter  à  des  mon- 


Nicole  «lit  fortoment  (De  la  conçu }tiscence,  XXXIi  :  «  Un 
spectateur  du  dehors  est  an  dedans  un  aeteur  secret.  >> 
Spinoza  semble  avoir  dénoneé  d'un  mol  le  earaol^rc  de 
Tàme  humaine  qui  fonde  le  goût  du  tluAfre  ol  des  romans: 

Si  nous  nous  représentons  un  être  seuiMalde  a  nous  ayant 
un  s(>ntiment,  nous  avons  involontairement  nou>-n)«^mes  ce 
sentiment.  »  \Kthujue,  lil,  '27. 

On  sait  que  selon  une  certaine  thèse  allemande,  dite  de 
VKinfuhlwui,  la  sympathie  serait  liée  k  ^)f/s  nos  sentiments 
<'Sthéti(jues,  y  compris  ceux  que  nous  eaus»>  le  monde  ina- 
nime :  on  veut,  parait-il,  se  ilresser  avrc  la  verlicale, 
s'étendre  avec  l'horizontale,  se  rouler  sur  ^ni-mt^me  avec 
la  circonférence,  s'épandre  avec  le  ruisseat»,  péniir  aviv  le 
vent,  etc.  (Voir  \n  PhUo^aphie  nUemandr  nu  v/r»  siècU', 
Alcan.  1912.) 


BKKPHKGOn  57 

(Jains,  en  est  doniu*  par  M  '  «Ir  Sévigné 
(]ui  goûtait  dans  Ksther  la  •  |)erfection  des 
ra|)|)orls.  »  (I)  r^-lle  émotion  est  évidemment 
des  plus  élevées  et  des  |)Iiis  rares  :  elle 
suppose,  en  eiïel  :  1  (pi'on  soit  ea[Kible  de 
former  des  idées  abstraites  (quoi  de  plus 
abstrait,  |i;ir  exemple,  cjue  cette  idée  de 
per/ectinn  ilv  rapports'!):  ^"  (]ne  ces  idées  ne 
restent  jK)int,  cliez  celui  (jui  les  forme,  de 
pures    idées,    niais    qu'elles   \    délerrninenl 


*!'  Voici  un»-  |«a(îc  ^iir  IVi|»oMiiu)ri  de  lUijniel  qui  nous 

^••mblf  encon-  un  lH»n  rumplc  tl  rmolion  «•»thrli(|ui' .  •  (Ju'oii 

t. \  sAii*'  rommrnt  !••  \K>tU'  in<«truil  el  «loxrlopfx*  touU*^  ce* 

•  s     Mij't.    rténcmenU,   etc.  ,    inv-nHiblfinent  et  sans 

.  qu'on  ciamme   atimlnrun-nl    le    prognS   de 

.  rommcnt  le  plan  df  la  pn-re  se  trare,  s'ordonne 

•iinlh'ment,  cl  «ans  qu'il  >   parai*»«'  que  le 

,  cumment  toutes   les   dinicullés    n'.iplani^- 

'        1  •in  1  tilt  m»'»  ,  comment  le-»  ili-m.iniies  ri  \v%  repirnse-» 

<1  A     in.it  cl  d'tKmin,   ou,   |>our  iiiieuv   dire,   Iih  lumi<'rr?i 

ri..,..iîr-^  à  l'inielligence  de  la  puSe,  n.uiiM'nl  du  f«ind  4f 

Il     II—     •  omnient  rr%  deu\  ai  i.'ur«  narn*nt  sann  narrtrr, 

e(   lu-ii  i4iM-nt  %in^  qu'ils  S4-rohlcnt  «uuluir  instruire  :  ou 

tumbrra  daccunl  d»*  la  \i'rité  d»*  et  que  j»*  dis,  et  plus  on 

.Mir«  .1.    iiipemenl,  p'^.    .i.  -  ri  charme  île  l'art  qui  entre 

•x-cnr     .  rpr.  ciir  par  F.  Dcllour,  Its 

I  ■  I:  jri'i.-  /f.    p    4lM'i 


r>8  Bi  i.piiKGnii 

des  senlim«înls.  L\*motion  eslhélirjiio  est  le 
type  de  rémotion  à  base  intellectuelle. 

Convenons  toutefois  que  l'émotion  esthé- 
tique à  Vétat  pur  n'existe  pas,  et  que  le 
plus  fort  sentiment  de  la  valeur  purement 
artistique  de  Tristan,  par  exemple,  ne  sau- 
rait laisser  d'être  altéré  par  1«^  trouble  qui 
vient  du  spectacle  des  malheurs  (rVseult  ou 
de  l'audition  «te  la  chromatique.  Les  émotions 
basses  sont  seules  capables  de  pureté. 

IVous  venons  de  voir,  avec  IVmotion  de 
sympathie,  une  émotion  produite  par  la  n  u«* 
de  Tauvre  d'art  et  qui  n'a  rien  de  commun 
avec  l'émotion  esthétique.  On  peut  en  citer 
•  l'aulres  :  celle,  par  exemple,  qu'on  prend 
par  la  vue  d'un  pei'sonnage  aimable  et 
malheureux;  celle  qu'on  prend  en  voyant  la 
tendresse  de  l'auteur  pour  son  héros  (de 
r.hateaubriand,  par  exemple.  |X)ur  Chactas 
ensevelissant  Atala);  celle  qu'on  prend  en 
évoquant  l'existence  d'un  cerveau  <pii   cré.- 


HKi.PîiKr.oh  50 

.  <-llc  u  HM.-  «i  .;ii,  u  uim    voloiltr  qui  SC   licnf 

licrrièiv  celte  loi  le  cl  «  m  ii  mande  Unis  ces  (ils 

M  *esl  par  l)esoin  de  celle  ('mol  ion -là  qu'on 

ut  qu'Homère  ail  cxisK';   pour  Témolion 

Ihéliqu»'.    les    poènu's    lnjmériqucs    sans 

auteur  sunirii(»nl);  «relie  qui  !>^sulle  <lu  lii*n 

qu'on  rlablit  «»ntre    r^'uvre  qiu*  l'on  con- 

rnple  el  ce  qu'elle  n  présente  dans  In  vie* 

'  son   .nitcur:  j'avou»*  n'avoir  jamais  pu, 

l»ar   exemple,    voir    lomher    le   rideau    sur 

''.icte  do  l'aleliçr  d«*s  Mnttres  Chauteun  sans 

npT  fpril  tombait  <ur  vin;;l  annt^es  de  la 

'  el  de  la  pensive  du  maître  el  sans  en  être 

iiu;  elc...  Tout  cela,  encore  une  fois,  n'a 

en  à  voir  avec  rûmolioii  esthétique. 

ï.\i)l(li)it  f)rr.<cnt^r  lilme  particulière. 

Mais  moiilmns  ItMir  application  à  ce  que 
irl.  tiaitant  de  l'Ame  humaine,  leur  pro- 
ire  de  l'émoi  el  point  d'état  inlelloctuel. 


60  H  ELI' H  EGO  a 

Et  d'abord,  Tart  doit  ne  présenter  (ju»' 
des  Ames  parlictdicreSy  non  des  types  géné- 
raux, qui  font  penser.  Foin  de  nos  classique^, 
qui  elTaccnt  les  désinences  individuelles  de 
leurs  personnages,  ne  nous  montrent  que 
des  espècesl  Quand  on  pense  que  Molière 
ne  nous  dit  FniMne  pas  si  Har{)agon  est  gen- 
tilhomme ou  bourgeois!  si  Arnolphe  csi 
provincial  ou  parisien!  (iloire,  en  revanche, 
aux  maîtres  d'outre-Manche  qui  nous  appren- 
nent le  poids  de  leur  héros,  ce  qu'il  mange 
à  midi,  dans  quels  draps  ils  se  couche, 
nous  montrent  enfin  des  êtres  u  vivants  »  î  (1  > 


(1)  ICst-ce  iHJur  celte  raison  que  la  marquise  du  r>etr;in(l 
(•crivait  à  un  Anglais:  #  I)e|)uis  no<  romans,  il  m\>sl  impo> 
sihle  d'en  lirf  aucun  des  nôtres  -  ?  Nous  crovons  que  c'est 
plutôt  pour  les  satisfactions  dr  sentimentalisme  qu'elle  y  p\ii- 
sait.  —  On  s;iit  (ju'un  ardent  rtquisitoire  contre  l'esprit  g»  n<- 
ralisatcur  de  nos  clas>i(jues  >c  liouve  dans  Taine  {l'Ancien 
Iic<jiine\  voir  aussi  son  «'loge  de  Tarile,  dans  son  Tile-Lnr, 
rè^uisilitire  grandement  eontp-dit,  d'ailleurs,  dans  sa  Philo- 
sophie ilr  I  (lit.  11  nous  semble  que  le  hulde  1  .Ineir»  l{(*<ini}c, 
c'est  simplement  de  montrer  «]ue  ces  mélliodesd'abslniclion, 
transpoiltVs  par  le  xviir  siècle  dans  le  domaine  politicpu  , 
n'y  sauraient  produire  que  des  m«  faits.  Au  reste,  Taine  parle 
uilleur<  de  "  nos  classiques,  purs  esprits,  q\i\  ont  port«^  l'cxac 


i;ELi'iiKGon  Gl 

N'allons  pas  confondre  ce  mouvement  de 
nos  mo<^e^^e^  aver  celui  d'mi  Sninl-Evre- 
rnond,  «leniandant  .1  l'aiitt  iir  d»'  MUhridfile 
'l  de  /iajazet  -  |>lus  de  parlicularilé  dans 
Hcs  p<*inlnre8  »,  ou  d*nn  Sej;rais  pxall.iiil 
G)rn«Mlle  («rce  (jup.  cliez  lui,  •«  le  Homaiii 
(>arle  comme  un  Romain,  le  Grec  comme  un 
Grec,  rindien  comme  un  Indien  ».  (Vt-lail  là, 
chez  ces  critiques,  simple  souci  de  vérité, 
nullem«'nt  dt'sir  de  jouir  «lu  concret  |>ar 
haine  de  l'idée  {générale.  Aussi  bien,  toute 
la  •  iKirtictdarité  •  dans  laquelle  ils  voulaient 
fju'on  [)ei^'nil  un  héros,  c'était  «!»•  !»•  montrer 
•  de  son  éjKXjue  vA  de  sa  contrée  ».  Voilà 
qui  laisse  encore  \<i<  mal  «lt»  jeu  aux  géné- 
-dités  (i). 


titudc  «les  science»  dann  la  peinture  du  monde  moral,  r*! 
gr^  '       irfuiion  m  Mit  bon  gn'- dVln*  horonu-.  » 

K'  !  il,  inW'hV  dan*»  la  pn-mi'Vp  •■ditiun  des 

*  ■  I  m  ^-r-  et  d'hitUurt.) 

-tr  les  po^tM  du  ivii*  siècle  et  la  couleur  locale, 
»  '1  volume.  —  L^  mondaine*  du  grand 

•»•  ^'11. -re  plu^  r\nr  les  ntitrca  (ait  fi^li* 

4 


02  BKLPHKGOR 

Il  faut  convenir  que  nos  contemporains,  en 
leur  exigence  du  particulier  en  ait,  sont  en 
somme  assez  mal  servis  :  l'art  français  de 
notre  temps,  notamment  le  théiitre,  malgré 
ses  prétentions,  continue  de  peindre  mal 
l'individuel  ;  des  personnages  comme  ceux 
de  la  Marche  nupiiak  ou  de  Mamun  Colibri, 
pour  prendre  un  de  nos  auteurs  le  plus  sou- 
vent salué  comme  créateur  d'êtres  «<  vivants  », 
nous  semblent  aussi  peu  particularisés,  aussi 
exclusivement  traité6  en  lanl  que  symboles, 
que  ceux  de  Molière  ou  même  île  Dumas  Gis. 
N'est  pas  barbare  qui  vtnil. 


aux  ouvrages  de  l'esprit  en  raison  de  runivcreel  qu'il>  > 
pouvaient  Irouver  :  les  sermons  de  Bossucl,  a\ci'  leur  moral«' 
générale,  se  sont  vu  prolVrer,  non  seuleniml  leuxde  [iour- 
«iaioue,  pleins  d'allusions  «  nù  ne  manquait  que  le  nom  » 
(Sévif:né).  mais  eeux  de  primauds  comme  KronuMilières, 
Lo  1U)U\.  le  {'.Séraphin,  et  pour  les  mêmes  motifs;  dire»*- 
leurdeeonscienro.attaehéH  di'^lin^U'T  surtout  des  -  esp^ees 
psyehologiques  •>,  lk»ssu.t  a  élê  inlinimenl  moins  goCité  que 
Fénclon.  «-minemm(Mtl  habile  k  découvrir  ee  qu'il  y  a  d'indi- 
\idu<|  dans  une  àine.  N'ouMions  pns  qu«'  la  Marianue  de 
Tristan  rUern)ile,ori  h  puhlio  Mldes  allusions  aux  amours 
de  DuckiuyhametdAnned'Autriehc, obtint, ol  apparemment 
pour  celte  principale  raison,  un  succès  étral  à  (  clui  <lu  Citi 


BEI.  1*11  KG  on  03 

On  ne.  inaiiqiif^ra  p;is  i\e  nous  objecter  ici 
!♦•  goùl  (]♦•  iio*<  conltMiiponiins  |K)ur  le  théâtre 
«  symlK)liqii<*  •  (\o  M.  Maelorlinck.  Est-ce 
la  peine  de  répondre  (juc  ce  (|ifils  rocher- 

•  hon!  m  cette  (Piivre,  c'est  la  sensation  de 
trouble,  c'est  Télat  de  rôve  que  donne  la 
\  ue  de  rinconditionn^  absolu? On  soutiendra 
difficilenient  que  le  goût  d<*  spectacles  comme 

Oûiêdu  bleu  ou  Pelléns  ei  Mfli.<nnde  soit  fait 
lu  désir  de  former  des  idfes  à  propos  de* 
l'Ame  htmiaine.  Voici,  au  surplus,  l'état 
d'Ame  «pii  préside  au  goût  de  ce  théAtre  : 

«  Il  y  a  une  Ile  (juelque  part  «lans  les 
brouillards,  et  dans  I  Ile  il  y  a  un  cbAteau, 

•  t  dans  le  château  il  y  a  une  grande  salle 
'  lairéo    d'uno    |K,*lite    lampe,   et    dans    la 

la  grande  salle  il  \  a  dos  gens  qui  attendent. 
Ils  attendent  qu(M?  Ils  ne  savent  fias.  Ils 
attendent  cpie  Ton  fnippc  à  la  j>orle,  ils 
attendent  que  la  lamptf  s'éteigne,  ils  atten- 
dent   la    IVur,    ils   attendent    la    .Mtirl.    Ils 


G  4  nKLlMIKGOIi 

parlonl;  oui,  ils  disent  des  mois  (jiii  trou- 
blent un  inslant  le  silence,  puis  ils  écoutent 
encore,  laissant  leurs  |)hrases  inachevées  et 
leurs  gestes  interrompus.  Ils  écoulent.  iU 
attendent.  Elle  ne  viendra  peut-être  pas? 
Oli!  elle  viendra.  Elle  vient  toujours.  Il  t'<l 
lard,  elle  ne  viendra  j»eul-élre  (\uv  demain. 
l'H  les  gens  assemblés  dans  la  grande  salle 
sous  la  petite  lampe  se  mettent  à  sourire  et 
ils  vont  espérer.  <^n  frappe.  El  e'<'st  tout  : 
c'est  toute  une  vie,  c'est  toute  la  vie.  »> 
(R.  de  Ciourmoul,  le  Livre  (1rs  masques  : 
Maurice  Maeterlinck.) 

Ou  voit  que  la  soil'  des  idées  générales 
entre  j>our  assez  peu  dans  le  goùl  de  cet 
art  «  .symbolique  >^. 


BKI.PIIKGOa  l'>5 


/.art  doit  présenter  l'dine  hors  de  toute  loi. 

Haine  de  tout  dèlerminùitne. 

Hecherche  de  l  émotion  de  surprùie. 

Soif  de  la  nouveauté. 

[  i\    autre    a^pc»  l    «If    leur    application    a 

prouver  clo  rémoi  par  la  peinlun*  de  TAme 

linmaino,  c'est  leur  volonté  que  Tartistc  pré- 

'•nte    les    nîanifë>talion>    de    l'âme  de    son 

héros  hors  de  toute  loi.  que  chacune  d'elles 

ipparais^  comme  imprévisible  juir  rap|>ort 

lUX  prrc«-dentei.  «  I^s  jjrands  ohs^'naleurs 

1»^  l'âme,  j)rononcc  un  de  nos  esthètes,  que 

••  soit  Stendhal,  Tolaloi  ou  Mérédith,  n'ont 

jamais    prétendu    faire    l'histoire    naturelle 

l'un  terniH-rainent  ou   le  traiter  «onime  une 

i'fi-paration  anatoniique.    Pour    [^oindre   un 

|H'rsonnagc,    ils   se   liornent  à    le    rejfarder 

\ivre  et  à   le  dr*oonvrir  à  chaque   instant. 

». 


ë6  BLKPHÉGOR 

Quand  Fabrice  pénètre  dans  une  église  «l 
prie  Dieu  de  le  seconder  dans  ses  projets 
de  simonie,  nous  saisissons  là  un  Irait  nou- 
veau qui  complète  ce  que  nous  savions  do 
lui,  mais  qui  ne  se  rattache  pas  mécanicjuc- 
ment  à  ses  actes  antérieurs.  Si  familier  qur 
nous  soyons  avec  les  impulsions  généreuses 
de  Pierre  Besoukliof,  nous  éprouvons  une 
sorte  d'étonnementen  le  voyant  se  préparer 
avec  une  si  charmante  ingénuité  à  assassiner 
Napoléon.  »  <ju'il  y  ait  là  un  pur  besoin 
de  surprise,  étranger,  d'ailleurs,  à  lout  besoin 
esthétique,  c'est  de  quoi  notre  esthète  liiit 
i'andidement  l'aveu  :  «  Cet  élément  de  >nr- 
l'rise,  ajoute-t-il,  (juf  la  manie  scii'ntitlquo 
(hi  dernier  siècle  avait  chassé  du  roman  y 
reparait  aujourd'hui.  On  le  relmuve  ave<- 
joie  dans  désœuvrés  f elles  que  le  Jrnn-Chris- 
lophe  de  M.  Romain  llolland.  Peut-être  le 
roman  cessera -t-  il  désormais  d'être  un  thi^K)- 
rèmc  pédantesque  poni-  redevenir  le  miroir 


BBLPIlKliOR  67 

fi(l«'lc  de  lu  vie.  »  (1)  Celle  «  manie  scicnli- 
tique  »,ce«  goût  du  lliôorème  pt^dautesque  », 

t*st  tout  simplemonl  le  souci  de  faire  de 
Tari,  non  pas  «  le  miroir  fidèle  de  la  vie  », 
mais  lin  r>sai  <l»i  rorfiprêhcnsion  de  la  vie. 
Mais  c'est  [irécisément  de  quoi  nos  j^ens  w^ 
veulent  à  aucun  i>rix. 

Il  ne  serai!  pas  honn»''t«'  d'opposer  ît  un 
mondain   de   notre    temps    le  ju^»»menl   du 

\\\'  siècle  dans  la  j^rsonne  d'un  huma- 
uistc   comme    lk)i^^•^I,   «'l   df   rappeler    ces 

Ts  r^lèbres  : 

un  iioiixaii  pci-sonitagc  iinenlez-vous  l'idée? 
Mioii  loul  a\oc  soi-même  il  »c  munlrc  d'acconl, 
t  qu'il  <o\{  jusqu'au  lx>ul  U-l  qu'on  l'a  vu  d'alwnl. 

'iq)Osons     plulnt     à     noln*     mondain     un 


1    I^    h-uii..  ri.i  ^    loi'it  1911  :  €  Le  lartaMent  philo^o- 
I  I  -».  pnr  M.  Philipi»*-  MiiNl    l.'arliili- 

e»t  l  fi'Xir  r,'!;i-  IÎh'»*'       «mi    \    *.*:>it  >iir 

le«)f  I 
norrpr.  ..  ... 

I  «-«iinà  TC-icultlii|Uv,  <iu  iiiiiiiiA  4«titiliqit«<  au\  tJiuM»!i 


GS  in:i,PHEGOR 

homme  de  sa  condition,  lequel  loue  Horace 
<■  d'avoir  enseigné  que  si  un  auteur  entre- 
prend de  faire  une  tragédie  dont  le  sujet  et 
les  acteurs  soient  entièrement  inconnus,  il 
doit  une  attention  particulière  au  c-iractère 
({u'il  aura  donné  à  chacun  d'eux.  Il  faut 
(ju'il  le  soutienne  depuis  le  commencement 
jusqu'à  la  tin,  sans  se  démentir  en  la 
moindre  chose.  >>  (Ch.de  Sévigné,  Dissertation 
rriti(juc  sur  l'Art  poétique  d'Horace  on  l'on 
donne  une  idée  générale  des  pièces  de  (hédlre  et 
où  l'on  e.vmninr  si  loi  poète  doit  préférer  les 
caractires  connus  aux  caractères  inventés, 
tome  XI  des  œuvres  de  .M"'"  d»*  Sévigné,  éd. 
Hachette.) 

Marquons,  d'ailleurs,  leur  haine  contre 
le  déterminisnir  psychologicpie  et,  plus 
généralement,  contre  tout  déterminisme.  On 
sait  leur  adoration  pour  cette  philosophie 
qui  veut  que  \o  phénomène  psychologique  ne 
soit  déterminé,  ni  ]k\v  l'Inréditc  ni   par  le 


riiilieii,    m    jwir  aïK  tiii   L'iémenl  exlériciir  a 

lui,    mais   niiiqiieincnt   par   liii-m<^mo:   (jiii 

\«'ul.  en   {wirticulier,  que  r»i'iivro  «l'art,  on 

inèriH'    de    penstMî    spé<'ulalive,    pour     pfii 

in'elle   soit    péninio    «mais    I.»    romanlisnie 

l'en   considère   pas  d'autres),  ne   drpendo 

iiirunement  des  conditions  sociales  ot  poli- 

'Mjuts  f>arini  K*s(jneile>  elle  naît,  mais  -  uni- 

jin*menl  drs  |X'r>(>nnaIit/'s  qui  surf^issonl  à 

nu  mouïent  donii»-  ».  cju'elle  soil  donc  •  ah- 

olument  impr^^'v!  ihh'.  »  (I)  Tout  le  monde 

discerne   ce  f|u'il    y    a    «le    sensationnel    et 

«l'émouvant    dans    celte    évocation    du    fait 

p«vcliologique   •   commencement   absolu    », 

il  riiùme  temps  que  dans  la  croyance  en  la 


I)  U.  BKncfto:^,  Répon»/*  à  uno  onquêU'  mir  «  laliuérattirp 
«\ant  «'t  •pr^'»  ia  purrrr  »,  Citrn'%fMJtuinnl  du  15  décem- 
bre 191.**.  Voir  tian*  r.irlu'lc  du   Temjt*  preniû  .  «  l\<  nous 
•       î"      r     .  I         -    d.litré*du  o-  !  ter- 

'  .  d'un  .lUlre  h<'i'  lido  : 

■     '        ulhul'  r   I'-     l'-tcrmi- 
p.  £12  M  ^ui\     Pour 
'■•  du   drteninni^me 

■  •■ .  ,.  ...  . .  -..  .      ,.  -•-..  .1  -»uiv. 


T(»  BELFIIEGOR 

totale  autonomie  de  noire  jtersonnalilr  par 
rapi)Ort  à  l'ensemble  du  monde  tant  présent 
que  passé.  Rappelons  toutefois  que  il  y  a 
trente  ans,  la  do<  trine  du  déterminisme 
total  (dt'  Taine)  avait  aussi  été  Toccasion, 
pour  les  âmes  romantiques,  d'éprouver  de 
;^'rands  émois;  .  J'arceple  mon  détermi- 
nisme »  était  un  thème  ehéri  (voir  les  ])rv- 
miers  livres  de  M.  lîarrès):  on  se  pAmait  alors 
dans  ridée  de  la  fatalité  du  moi.  Il  n  y  a 
puère  que  les  vues  modérées  dont  le  roman- 
tisme ne  s'accommode  point. 

1!  est  à  i^marquer  que,  dans  la  répudia- 
lion  du  déterminisme  de  Taine,  on  a  repoussf 
la  détermination  du  iiioi  par  le  milù^t,  mais 
on  a  conservé  la  détermination  par  le  paiisr 
(«  les  morts  nous  gouvernent  ï»),et  aussi  celle* 
de  la  race.  C'est  que  C(»lles-lj\  son!  des  thèmes 
lyriques,  des  occasions  d'émoi,  ce  que  I.» 
|)remière  n'est  j)oint. 

Plnlin,  c'est   \c  cosmos   tout   enti»  r  i\u\\> 


DELPHK(.OU  Tl 

veulent  voir  exempt  de  lui.  (le  i^est  pas  un 
«les  articles  les  moins  goûtés,  rn  cette  phi- 
losophie dont  nos  mondains  font  leur  bré- 
\iairp»  que  celui  d'apns  lequel  r»*ss4'nce 
intime  du  monde  est  de  mùmo  natun*  que 
notre  conscience,  en  sorte  (|ue  chacun  de 
^  M  '  nts  est  ■  imprévisible  »  par  rao- 
jMjii  .1  «lUX  qui  le  [•n'HM'denl.  L'id«'*e  d'un 
monde  orj»aniquemciil  désordonné  est  une 
^)urce  d'émoi  à  laquelle  il  semble  bien 
m'aiictine   société   française   n'avait  encore 

Constatons  d'aillenf'*.  dans  tous  les  do- 
mai  ne:?,  leur  répugnance  à  admettre  Fexis* 

nce  d'une  loi,  leur  Unibeur  à  signaler 
\  ejpcepiioh.  Parlez-vous  de  l'esprit  chevale- 
rej^piodes  roi?»  de  Framxî?  ils  vous  opfiosent 
î  lUis  \i;  du  caniclérc  ortionné  <le  la  litlé- 
I  atnro  du  xvi  •  siècle?  ils  vous  citrnt  Li  Fon- 
t.'une;  de  l.i  tendance*  rationaliste  de  la  phi- 

>*ophie  fratiraiso?  ils  vnu>  assènent  Mnine 


72  nKLPHi:(;ou 

(Je  Dii'an.  Il  c.>t  évident  (jiie  Ficlée  d'iinr 
règle,  «l'une  conlinuilt'',  les  irrite;  la  tran- 
quillité des  idées  générales,  le  calme  qu»* 
vous  y  goûtez  les  exaspère;  ils  éprouvent 
là -devant 

Le  caprice  inquiet  el  le  déhir  moqueur 

De  renverser  soudain  la  paix  de  votre  cœur 

Connue  un  enfant  renverse  un  verre. 

Kt    puis    l'idée  d'exception   est   productiicc 
de   sursaut,   d'émotion.   Spinoza  était    ivi» 
d'éternité;  les  sécuIiiTS  sont  dans  leur  rùl'* 
en  étant  ivres  de  contingence. 

I.a  recherche  par  nos  contemporains  do 
la  surprise  dans  l'art  revêt  une  autre  tbrmo 
que  nous  ne  relèverons  pas,  parce  qu'elle 
leur  est  si  naturelle  qu'ils  n'en  prennent 
même  plus  conscience  :  c'est  la  volonté  qu» 
le  sujet  de  l'dMivre  d'art  soit  nouveau. 
Disons  seulement  que  cette  volonté,  quoi 
qu'on  prétende  sonnent,  n'a  pas  été  inconnue 
des  Oges  dits  les  plus  sages.  Sans  doute,  an 


BELPiiKr.on  73 

^\ir  siècle,  (les  mon^lains  comme  Hussy, 
comme  Ch.  de  S4'*vigné (voir  (oc. cit.)  plaçaient 
f'ranchemt'nt  rinvenlioii  au-dessous  do  la 
composition;  un  aimable  ecrl»'siasli(|ue  (le 
!'.  Hapin)  Privait  en  hnO  :  «  Il  faut  moins 
ir  LTinie  dans  l'iMcKpionce  |X)ur  inventer  les 
choses  cjue  \nmr  les  arranger  »;  les  drdains 
de  Boileau  [>oiir  Tinvention  semblent  avoir 
roi'ueilli  les  sutTrages  olliciels  de  son  temps: 
ra*»«al,  Ixi  Hrayt-n*,  tiennent  évidemment 
pour  peu  de  chose  Toriginalité  de  la  matière 
(juand  ils  disent,  le  premier  :  "  L?  choix  des 
l^ensées  est  invention  »,  et  le  second  :  <  I.i 
matière  n'est  pas  nouvelle,  mais  la  dis|K)si- 
lion  Test  ».  Toutefois,  Corneille  constate 
dans  une  de  ses  dédicaces  :  «  Vous  connais- 
M*z  Ihumeur  de  nos  Français,  ils  aiment  la 
nouveaulé,  et  je  hasinle  non  tam  meliora 
ffftani  nova  sur  Tespérance  de  les  mieux 
\rrlir  .  ;  lui-mèm«'  d«Vlarait,  dans  Vlixa- 
meu  du  Menteur,  c|u'il   •   donnerait  les  deux 


74  15  KL  p  m':  GO  R 

plus  belles  de  ses  pièces  pour  en  avoir  in- 
venté le  sujet  »;  La  Fontaine  dans  la  Préface 
de  ses  Fabicx  (rv\l  (non  sans  cjuelque  amer- 
tume) :  «  Ce  qu'on  veut  aujourd'imi?  on 
veut  (le  la  nouveauté.  »  A  la  lin  du  siècle, 
il  n'y  a  i^uère  que  Fénelon  qui  persiste  à 
estimer  peu  la  nouveauté.  Pour  Perrault, 
une  des  preuves  de  la  supériorité  des 
modernes  sur  les  anciens,  c'est  qn  «  il  y  a 
dix  fois  plus  d'invention  dans  Cijrus  que  dans 
r Iliade  >.  Bientôt  La  Motte  se  targuera  d'avoir 
dans  ses  fables  le  mérite  de  l'invention,  (|ue 
La  Fontaine  n'a  pas.  Enfin,  selon  La  Har[>e, 
la  tragédie  grecque  comporte  une  véritable 
tare  esthétique  en  raison  de  son  |)rologue,  qui 
supprime  la  surprise.  Le  fait  de  ne  point 
demander  aux  oMivros  d'art  le  choc  du 
nouveau  semble  bien  avoir  él(''  de  tout  tem|)s 
le  propre  d'une  inlimc  minorité,  ;ni  tempé- 
rament peu  violent. 
Ce  n'est  pas  seulement  le  sujet  dont  on 


BELIMIKI^OK  15 

veut  aujourd'hui  (|iril  soit  nouveau,  c'est 
le  st^'le  (le  l*auleur,  cVvst  son  nioile  de  coni- 
))Osition,  sa  conception  du  i^enre  (]u'il  traite, 
sa  manit'îre.  L'engouement  |>our  l*«guy  est 
videnunent  l'ait  en  grande  partie  de  ce 
ju'il  tMTÏl  «  comme  personne  n'avait 
jamais  l'ait  »,  et  je  sais  une  jeune  revue  qui 
repi*ocliait  na^^uère  à  M.  Anatole  France 
d'avoir  «  chaussé  les  souliers  des  siècles  », 
entendt'Z  :  de  ne  s'être  pas  fait  une  manière 
c  à  lui  *.  (À3tte  esthéti(|ue,  elle  aussi,  date 
déjà  de  loin  <mi  Frant-e  :  Vnjtaire  louait 
les  auteurs  du  xvii'  si«*cle  de  ce  que  presque 
toutes  h'urs  productions  auraient  été  «  dans 
un  genre  inconnu  à  Tantiquilé  »;  Marivaux 
déclaniit,  avant  même  d'avoir  trouvé  aucun 
sujet,  (pril  était  résolu  à  présenter  une 
forme  nouvelle  de  la  comé<lie,  aimant  mieux, 
dis'iil-il,  «  être  humhlement  assis  sur  le 
dernier  liane  dans  la  jx'tite  tn)U|)e  des 
auteurs  originaux  qu'orgueilleusement  placé 


76  nELIMIKG(»K 

à  la  première  ligne  dans  le  populeux  bétail 
des  singes  lilléraires.  »  (Ces  «  singes  » 
s'appellent  parfois  Molière  ou  Piacine.)  Voilà 
posée,  en  pleine  conscience  d'elle-même,  la 
romantique  religion  de  l'originalité  en  art.  — 
Rappelons  que  nous  eûmes  naguère,  avec 
certains  disciples  de  Moréas,  la  religion,  non 
moins  vibrante,  de  la  mm-orif/inalité  (le  poète 
ne  doit  traiter  (pie  des  lieux  communs,  etc..) 

\'(>lohti''  que  rarlisfc  vive  /V;/ioh"o/j  (ju'il  Iraitc, 

.<a)is  s\'lcrcr 

(ni-dessna  (Telle  par  renlendcment. 

Mais  le  plus  significaliC,  daii^  leur  dtsir 
d'éprouverdo  l'énioi  et  iiiii(pienient  de  l'émoi 
par  la  peinture  de  l'Aiîie  humaine,  c'est  leur 
volonté  (pic  l'artiste  «  s'installe  dans  l'inté- 
rieur »  du  sentiment  (pi'il  traite,  qu'il  en 
«  ('pouse  le  ]»rincipe  d  activité  interne  -, 
qu'il  <«  devienne  »  ce  sentiment,  qu'il  le 
"  viv»'  r^:  ci  non  na»^  (lu'il  le  vive  afin  d'en- 


BKLPilKGOR  77 

Miilo  l«'  mieux  comprendre,  mais  ({u'il  le 
\ive  et  s'm  licnue  là,  en  dehors  précisément 
de  toute  intervention  «le  cette  maudite  intel- 
ligence (jui  «  arrête  le  mouvement  de  la  vie  ». 
On  sait  Irnr  mépris  —  formulr-  —  pour  le 
ron»an  <ranalyse,oii  l'auteurdemeure  «  e\té- 
rii'ur  »  au  mouvem«'nt  dVime  iju'il  [winl; 
leur  supivme  estime,  au  eontniire,  |K)ur  ces 
ouvrafjes  où  Tarliste  iKirail  se  «  fondre  à  la 
passion  de  sou  personnage  »,  hors  de  toute 
\«  Il»'»it6  de  jupemcnl.  «  l>?  romancier,  dit  un 
criticpie  au  <uj»t  d'un  illustre  contempo- 
rain cl  p<Mir  l'en  exalter,  le  romancier  a  été 
conf|uis  |>ar  son  héroïne:  il  a  é(K)usé  sa 
folie.  (Ju'il  s'agisse  d'Alissa,  de  Michel  ou  de 
(landaule,  rjue  d'ahonl  il  condannic  ou 
approuve  ses  créatures,  dès  (|u'il  a  com- 
iiH^nrr  de  peindre,  il  a  perdu  le  |K)uvoir  de 
-1        (I)  Tel  |X)ète  de  Jeanne  d'Arc  ou 

1»  Henri  (•h<^>n,  htr  r,i 


78  HELPHKCiOU 

de  la  Vierj^e  Marie  est  porté  aux  nues  parce 
que,  paraît-il.  il  «  épouse  »  le  sentiment  de 
son   luîruïne   vn   tant  (pie  *<   pure  action   », 
«  pure  poussée  du  dedans  »,  à  Texclusion 
de    tout   apport   crarrangenient   ou  d'ordre 
dans    la   pj^nture    de  ce  sentiment.  (x)nve- 
nons  que  jamais   la   volonté  d'émoi  ne  fut 
plus  inventive.  Quoi,  en  elTet,  de  plus  émou- 
vant que  de  contempler  l'crercicr  même  de  la 
passion  humaine?  VA  quelle  hardiesse,  quelle 
nouveauté,  de  demander  un  tel  spectacle  à 
Vnrtl  Voilà  de  quoi  ni  Alexandrie,  ni  Home 
byzantine,  ni   Tvr.    ni  ('.arthaj:;e,    ni  aucune 
société  «  romantique  »  ne  s'était  encore  avisée. 
Il  y  atout  de  même  du  nouveau  sous  le  soleil. 
'«  J'entends,  prononce  un  poète  qu'Aris- 
lophane  veut  ridiculiser,  j'entends  épouser 
l'ùme  de  mes  personnages.  Si  je  peins  des 
fenimes.    j'en    dois    contracter   les    mœurs. 
l"]h  oui!  si  je  compose  Phèdre,  je  dois  me 
mettre  à  faire  l'amour.   »  Voila   un   auteur 


riKLI'HKGOR  79 

(]iii  anrail  la  ilévolion  de  nos  esthèlcs.  A 
Mhènes,  il  y  a  trois  iiiillo  ans,  il  faisait 
|x)iiiïer  de  rire  un  public  de  matelots  et  de 
IMirlefaix.  On  sent  le  pro^Tès. 

(^tl«*  volonté  que  l'artiste  é|K>use  Ui  priii- 
ipe  d'activité  de  réinotion  (|u'il  traite  n'a 
nen  à  voir,  bien  entendu,  avec  celle  d'un 
>.uul-fivreniond  exalUml  CorneilU*  d'  «  être 
allé  an  fond  do  rame  de  ses  persouna^^i^s 
'lercfier  U  principe  dr  leurs  actions  »,  d*ètre 
«  descendu  dans  Ifiir  o<i"ur  jour  y  voir 
former  les  pusstutui  et  y  découvrir  ce  «juil  y 
a  de  plus  aiclié  dans  leurs  mouvements  ». 
Il  s'a^'it,  pour  le  criti<|ue  du  xvir  siècle, 
de  ro^r  le  princifxî  des  actions,  de  découvrir 
la  formation  d»is  {tassions,  non  d'épouser  ces 
jXLSsions,  non  de  les  virre.  bors  tout  juge- 
ment sur  elles. 

I^  di^ir  de  nos  ^jens  cpi»-  l'art  soit  IVmo- 
lon  elle-mèmt'  et  non  une  vue  sur  elle, 
•vêt  encore  cette  forme  :  l'art,  disent-ilii, 


80  bi:limié<.»>r 

doit  donner  Témolion  dans  le  «  llol  indivi- 
sible »  où  elle  s'apparaît  à  elle-même,  non 
dans  le  «  morcellement  »,  dans  le  «  décou- 
page »  où  rcntendement  la  voit  de  Texlé- 
rieur.  Encore  une  réalité  inliniment  émou- 
vante, —  dont  le  concept,  au  surplus,  élail 
assez  diftlcile  à  former  pour  des  personnes 
du  monde,  —  et  (|u'aucune  société,  même 
romantique,  n'avait  son;::é  à  demander  à 
Tari.  Tout  au  plus,  ra\ait-on  demandée  à 
l'aclivilé  mystique.  Uoniarquous  hien  (pie, 
dans  ce  «  Ilot  indivisil)le  »  (ju'est  pour  eux 
l'émotion  humaine,  l'idée  de  /lot  est  une 
source  d'émoi  et  celle  iVindivùiibiliti'  en  «si 
une  autre;  nos  esthètes  savent  se  bai-ntM* 
dans  chacune  d'elles  séparément,  conini»' 
aussi  dans  leur  confluence. 

Cette  volonté  que  l'art  soit  la  vie  elle-mênu*. 
rt  non  unt;  vue  (pic  rinlcIli^^ciuN'  prend  sur 
la  vie,  se  manifeste  i>ar  |>lusieurs  sympl(^mes 
qu'il  est  bon  de  nnonnallre  : 


HKr.lMIKGOK  81 

(Vpsld'al>onl  Tincrovalile  |)roj)Orlion,  dans 
la    lilltTalure   conli'm|M»niiD(*,    des    romans 

rits  Jam  le  style  direct,  où  le  héros  dit  :  Je, 
raconta  lui-nirme  ses  émotions  et  par  là  les 

vit  sous  les  yeux  du  lecteur.  Ce  j^enre,  par 
lequel  i*auteur  (à  moins  (pie  d*artilice)  s'in- 
terdit ces  rèpe.rions  sur  la  passion^  (|ui  avaient 
fait  riionnour  d'une  I^  Fayette  on  d'un 
Stendhal,  send)le  être,  selon  notn*  tom[)s,  le 
-••nn»  du  roman  par  excellence. 

C'est  aussi  leur  religion  du  thêdtre.  en  tant 
(jue  cette  forme  d'art  nous  pix*sente  l'émo- 
tion liumaine  sous  le  modo  direct^  semble 
nous  montrer  la  vie  elle-même,  nous  permet, 
mieux  »pie  tout  autre,  d'ouhlier  l'entende- 
uient  au  travers  du(piel  nous  la  voyons. 
♦M)ser\onN  bien,  ii  ce  pro|>os,  cpie  ce  cpii  est 
iionveau,  dans  l'actuelle  so<iet«'  française, 
<c  n'est  |>oint  sa  furie  du  théâtre.  Olte  furie, 
lie  l'eut  toujours,  et  |x»ut-ctre  autrefois  plus 
<|u'aujourd'hui  :  [wis  la  moindre  «  collation  », 

S. 


81  BELIMIKGOR 

an  Win-  sircle,  sans  comédie;  la  duchesse 
(le  lk)iiri:op:ne  ne  se  déplaçait  pas  sans  une 
troupe  de  comédiens;  la  maréchale  de  lk;lle- 
Isle  s'était  fait  bàtii*  un  lintel  avec  une  salle 
de  spectacle.  Ce  qni  est  particulier  à  notre 
temps,  c'est  la  relujion  rsthclifiue  pour  le 
théâtre,  c'est  la  volonté  dy  voir  une  forme 
d'art  supérieure.  Que  la  forme  d'art  de 
Tabarin  ou  de  (rijiiuM'v  —  du  seul  fait 
qu'elle  rsl  du  thcàlrc  —  soit  su|>érieure  au 
récit  ou  au  roman,  voilà  ce  (pi'on  n'eût 
point  l'ail  articuler  à  nos  ancêtres,  même  à 
leurs  femmes. 

On  ne  diia  jamais  assez  combien  l'abou- 
tissant logique  de  l'esthétique  cx)nlempo- 
raine,  c'est  l'apolo^ni»  du  théâtre.  N'est-ce 
pas  lui  qui,  par  excellence,  paraît  être  «  la  vie 
elle-même  et  non  une  idée  sur  la  vie  >>?  <-  la 
réalité,  et  non  une  déformation  (ju'en  fait 
rinlelligenc€  »?  Au  reste,  c'est  de  quoi  cer- 
tains ont  pris  conscience  :  un  de  nos  esthètes 


BELPHKGOR  83 

salue  ce  inouvomenl,  qu'il  croit  constiter,  par 
lequel  «  le  roman  seniit  en  train  d'adopter 
les  mœurs  du  théâtre.  »  (I)  Toutefois,  l'abou- 
tissant plus  nécessiiire  encore  de  cette  esthé- 
tique de  «  la  vie  elle-même  »,  c'est  ra[K)lo^ie 
«hi  comttlien;  a()olofi:ii*  que,  d'ailleurs,  l»'s 
<  ommandements  de  celte  esthétique  enve- 
lo[)|)ent  jxirfois  dans  leur  expriissioii  mémo  : 
Il  faut,  dit  un  d»*s  ins[>irat<'ur>  des  doc- 
trines d'art  contem|)oraines,  il  faut  revivre 
l'existence  du  |)ersonnage  qui  vous  occupe..., 
roincider  avec  elle;  en  être  twn  plus  un 
^pedairur,  tiini^  uu  acteur.  •  (i)  Ailleurs  on 
ixalteuneconnaissancedela  vie(«  intuition  ») 
qui  doit  être  «  vécu*'  plutAl  que  n-présentéc  », 


!    il.  lt«rn«U'iQ  A  propotd'un  ruman  ili  M  lUml  \  aimer 

.  du  15  mars  19iU     11  c«l  vrai  que  •  a 

-    i\n    lh«''.'ilr«'.    On    lr<»u»c    un    »€iii  >    ic 

hnmnM!   dt     thi'-éins.    (Waguar,   Ut^ria  ê 

(I)  Ktani*  iur  Im  domméti  tntmeiitait*  de  la  rvntciêncë. 


84  bi:li'11i;(.oi; 

«  joure  plutôt  (\ur  penst'C.  »  (1)  ïoutelbis, 
soit  manque  (Fuiie  conscience  nette  de  Irur 
propre  vouloir,  soit  toute  autre  raison,  la 
suprématie  de  Fart  du  comédien  sur  tous 
les  autres  arts  n'est  ix)int  formellement  pro- 
noncée par  nos  contemporains.  L'esthéticpie 
de  la  vie  a  là  un  progrès  à  faire  (2). 

Knlln  une  autre  forme  de  leur  vénération 
j>our  l'art  cjui  donne  la  rie  vHc-nténic,  c'est 
leur  enthousiasme  pour  certains  produits  de 
l'esprit  (pii  ne  sont,  en  elVet,  qu'une  pur»' 
«  poussée  vitale  -,  I.kjucIIc  suit  ne  se  point 
déranger  de  son  étal  de  «  |nne  pous- 
sée »  pour  se  ju;^vr  c>u  se  bien  dire 
chroniques,     mémoires,     souvenirs,     lettns 


\\)  Hiolxtion  cn'ahict'.   p.  15S,  p.  llW. 

(2)  Kvidiinnu'nt  Ir  roiiu'dien  scr.ul,  pour  eii\.  rarli>te 
siiprt^iin'  dans  la  mcsuiT  où  il  épouse  lu  passion  qu'il  repn- 
srnlr,  sans  s\''le>er  au-dessus  d'elle  |>our  la  coni|trendrr; 
exaiiciTunl  le  contraire  du  fameux  l'aratUue  de  Diderot. 
Hien  ne  uidntre  n)i»u\  que  ee  l'araJo.re  combien  lesth»- 
lique  du  xviir  sircle  «si  «neorc,  quoi  qu'en  disent  quclqui  v 
un>,  luofondtiuiMil  inttllcctualisle. 


inlimes  il).  C'est,  en  particulier,  hiw 
leligioii  jKjur  Tœuvre  d'un  Sainl-Simon, 
modt'le  «le  pure  artitm  passinnuelle,  parfail»*- 
nieiit  exemple  de  tout  souci  de  se  relonrner 
Mir  elle-m»  rne  pour  se  conlrùler  ou  s'ordon- 
nancer, qu'on  adrnirc  .71  tout  que  telle;  dont 

ri  ne  î>e  contente  pas  de  s'émouvoir,  mais 
a  (juoi  on  confère  une  réelle  valeur  d'art, 
que  certains  ni/me  paraissent  prendre  pour 
nimlt'le.  i\e  semblo-l-il  [«.s,  quand  on  lit 
la  délinition  que  l'auleur  donne  de  >«a 
manière  :  -  lté|)èlition  troj)  prochaine  des 
mêmes   mots,   synonvmes    trop    ninllipliès, 

bsrurité  (pii  naît  souvent  de  la  lonj^ueur  des 
phrases,  ptMil-èlrc  de  «pielques  n*pélilions  •, 
qu'un  de  nos  •  nouveaux  maîtres   »,  tomb»- 

Il  chanq»  d'honneur  en  101 1,  se  soit  épuisé 


1)  •  Pour  telle  de  c*>s  lellrvs  (île  combalUiiiU  de  l'Jlli.jf 

'• ».  r  •  -  1-4  plus  l»^«u\  »en  «lu  plus  beau  de*  pommes.  • 

I'  {u-ttr%sui  tir  hi  iit'Irt    II  es!  vrti  que  l'auteur 

f  I  '  ''«-Mf.  '.SI. in  de  uicprit^T  l'jrt. 


86  BLLPHKGUR 

à  niéritor  de  signcM'  ce  prograQime?  Aussi 
bien,  l'estime  —  littéraire  —  pour  ces 
Mémoires^  en  raison  de  la  |>ure  passion  en 
laquelle  ils  consistent,  ne  date  point  de  notre 
âge  échevelé  :  il  y  a  soixante  ans,  un  critique 
bien  rassis,  —  encore  qu'il  cherche,  en  géné- 
ral, aux  ouvrages  de  res[)rit  l'humanité  plus 
(|ue  l'ail,  —  comparant  l'œuvre  de  Saint- 
Simon  à  celle  de  Lu  Bruyère,  cachait  ma! 
sa  plus  haute  considération  pour  l'écrivain 
«  vivant  >»,  qui  «  rentrech.*z  lui  tout échau lié, 
r*l  là,  plume  en  main,  à  bride  abattue,  sans 
se  reposer,  sans  se  relire,  couche  tout  vils 
sur  le  papiiu-,  etc..  ».  (Sainte-Beuve,  Can- 
séries  cht  lundi,  II,  p.  (»i.  Ailleurs  le  même 
critique  {Portraits  de  fcnnnes^  p.  20),  ose 
mettre  en  mémo  ligne  le  style  de  ces 
Mémoires  et  celui  d'un  Bossuet  ou  d'une 
Sévigné.  Ici  encore,  il  faut  remonter  aux 
âges  non  démocralicpios  |>our  trouver  des 
personnes  capables  de  discerner  (|ue  le  pou- 


nKi.i'MKr.OR  87 

vciir  émouvant  (ruii  ouvi-aj:»'  n'a  rien  à  voir 
av(H:  sa  valeur  d*arl;  capables  d'énoncer  à 
la  fois  que  ces  MniH^ires  leur  causent  «  des 
plaisirs  in«licibles  •  et  qu'ils  sont  «  mal 
t'crits  »,  qu'ils  les  •  mettent  hors  dVlles- 
mêmes  »  et  que  «  le  style  en  est  abominable  ». 
(M""'  (lu  Deflanil.i  l'onr  une  mondaine 
d'aujounrimi,  une  œuvre  qui  la  met  •  hors 
(relle-même  »  est  par  cela  seul  de  la  plus 
haute  valeur  (Pari:  c'en  est  même  le  vi*ai 
erilérium  (I). 

Hemarfjuons  ce  jugement  d'une  femme  du 
XVIII'  siècle  sur  un  style  que  nos  contem- 
|K)i*ains,  on  le  sait,  tiennent  jx)ur  un  des 
plus  l)eau\  qui  soient.  Kien,  an  <ur))lus,  ne 
rarartérise  mieux  leur  esthétique  que  cette 
supn'iiie  estime  |>our  un  style  fourmillant  de 
traits  saisissants,  émouvants  comme  autant 
de  coups  d'é|»é<»,  mais  dont  la  syntaxe  pnxive 

I       Sur   <*•'    rr  I  It-r  I  iifn      ^.kir    1.^     iki^l<>   l«     ■     1^     l>  il    ilii     %Allim^ 


88  ij  KL  Pin:';  or. 

une  l(.'li»'  iiiipuissaiici'  do  l*.iut»Hir  à  i)rendre 
quelque  conscience  du  lien  de  ses  idées 
enlre  elles  (lu'il  iiachèvo  pas  toujours  ses 
phrases.  Saint-Simon,  d'ailleurs,  ne  partage 
point  du  tout  celte  estliétique  du  style  : 
«  Je  ne  me  pique  pas,  dit-il,  de  savoir 
bien  écrire.  » 

Signalons  aussi  le  goût  de  nos  contem- 
porains pour  rexhumation  des  brouillons, 
des  premières  ébauches  des  œuvres,  leur 
vénération  pour  les  ouvrages  désordonnés, 
non  composés,  où  lautenr  n'est  point  venu, 
avec  sa  raison,  <  altérer  le  '\o[  de  son  émo- 
tion •  :  jiar  cxrinple,  |M)ur  les  Sermons  de 
Bossucl  paivi'  i\u\\<  ne  sont  que  des 
csquiss^'s;  surtout  pour  les  Pcn<rfs  «le 
Pascal,  •'  parce  (pi'elles  sont  inachevées  ». 
Ici,  ils  exaltt'ut  un  écrivain  (Téguy)  parce 
(pTau  lieu  de  nous  donner  sa  j>ensée  loutr 
laite,  il  nous  fait  assister  à  sestAlonnemenls: 
au  lieu  de  nous  montrer  la  maison   toute 


BEI  l' Il  KG  ou 

conslriiile,  il  nous  conduit  «  sur  le  chantier  • 
(h.  I^t  ils  tanct'iit  un  («litciir  (2)  qui,  pii- 
hliant  ra'uvred'un  niaitre,  noussu|»prime  les 
variantes  (ju'il  avoue  poîjséiler.  Leur  dogme, 
t-n  tout  ceci,  c'est  cju'  •  en  ordonnant  son 
♦  motion,  on  la  perd  ».  (.lomme  si  tout  If 
problème  artislicpie  n'élait  jkis  précisément 
lie  l'ordonner  sans  la  perdre.  <x>mme  si  Tauteur 
des  Confessions  ou  celui  des  souvenirs  de 
(lomboui-fi  n'avaient  \ms  réussi  à  garder  leur 
•moi  tout  iMi  V  imitant  de  l'ordre.  Comme 
^i  Fart  ne  consistait  jkis  à  savoir  reconnaître, 
lans  le  tulmulle  des  passions  qui  se  pressent 
n  nous  sous  une  action  donni'e,  celle  qui  est 
i  leur  centre,  à  discerner  le  lien  qui  lui  unit  les 
mires,  à  les  or^ainiser  par  rap|)orl  à  elle,  bref 
.1  n*ali>er  le  mot  du  puis>ant  maître  :  «  La 
r-.i.'.'    vient    de    l'ordre.    •    iT.«l!i«».)    Mais, 


I    \oér  Suuttilê  m-ue  framcaue^  nov.  \W}. 

1 


90  BELPHÉGoK 

apparemment,  nos  esthètes  ne  se  doutent 
même  pas  qu'il  y  a  là  un  problème  (l). 

Comme  toujours,  à  ces  œuvres  non  com- 
posées, mais  pleines  de  choses,  on  a  bien 
soin  d'opposer  des  ouvrages  composés,  mais 
parfaitement  vides.  Au  livre  de  Montaigne, 
si  peu  arrangé  que  souvent  le  titre  d'un 
chapitre  n'a  rien  à  voir  avec  son  contenu, 
à  ces  ((  champs  désordonnées  »  mais  si  ^  fer- 
tiles »,  on  oppose  «  les  beaux  jardins  symé- 
triques où  il  n  v  (i  rien.  »  (2)  Kl  les  beaux 
jardins  symétriques  où  i7  //  a  quelque  chose^? 
Ceux  de  Buffon?  de  Spinoza?  de  Taine?  On 
a  bien  soin  de  n'en  point  parler. 

Cette  esthétique  d<'  la  vie  a  nécessairement 
créé,  chez  certains  de  nos  auteurs,  la  pré^ 
tention  d'ignorer  tout  ce  (pii  |>eut  former 
Técrivain  proprement  dit  et  d'être  tout  ua- 


[\)  Sur  la  religion  desPenst'^s  en  raison  de  leurdésoitire, 
voir  la  note  il  à  la  fin  du  volume. 
fi)  A.  DE  BKRSAKoinr,  Hludfi  et  fechêrrhes,  p.  403. 


UELrflKGOR  91 

lure.  Semblable  au  luros  wagnérien  (\ni 
prt' tondait  savoir  la  musique  du  seul  t'ait 
d'avoir  écoulé  les  oiseaux,  une  de  nos  plus 
brillantes  femmes  de  lellras  répond,  de  son 
manoir,  à  un  journaliste  :  <  J'ignore  si  le 
latin  aide,  comme  vous  le  dites,  à  la  «  for- 
»  mation  d'un  écrivain  français  ».  Je  ne  sais 
j)a5,  moi.  Je  n'ai  jamais  son^é  à  cela.  Il  fait 
chaud  ici,  je  suis  bien,  etc.  »  (1)  Autrefois, 
les  écrivains  dénués  de  métier  voulaient 
f>a.sser  |»our  en  avoir:  aujourd'hui,  ceux  qui 
en  sont  farcis  veulent  nous  faire  croire  qu'ils 
ne  savent  même  pas  ce  cpie  c'est.  Tel  est  le 
progrès. 

Qtie  le  0  pur  ejrercicê  »  de  Cémotion 
eu  est  aufi!<i  l'intellection. 

(lhos4'  curieus*'  :  co  pur  exercice  —  expres- 
S4'ment    ininteUrduel    —    de     l'émittion    hn- 

I  CoLtrrt  WiLLT,  Merrttrt  de  Fnmer,  I"  décembre  IWI. 


92  lîELI'UKt.OR 

inaine,  c^'^l  lui  qui  en  est  rinlelleolion!  On 
sait  que,  selon  nos  esthètes,  la  «  pure  poussée 
vitale  »,  inconsciente  par  essenœ  et  exein|il(' 
d'entendement,  devient —  en  se  «  dilatant  », 
on  se  «  distendant  »  —  «  consciente  d'elle- 
même  et  capable  de  rélléchir  sur  son  oli- 
jet.  »  (1)  En  d'autres  termes,  la  passion  de 
Flirdre  devient,  en  se  distendant,  raotivit»' 
qui  l'ait  la  tragédie  de  Hacine,  et  la  poussée 
des  arbres  relie  qui  compose  les  traités  de 
l)Oti»nique.  Ici  encore,  la  volonté  de  nos  gens 
n'est   nouvelle  (pie    par    le  degré;  de    tout 


1,1)  Kvoliitùyn  rnalrice,  p.  1''.).  Voir  une  paraphrase  <l«- 
rcllrtltKtrirjo  par  J.  Florence  dan<  la  /'/»a/«m/e,  juillet  lOli. 
Pour  -M.  Claudel,  sentir  impliiiUf'  connaître,  san<  ijuc  le 
sentir  ait  nicnio  à  se  "  dilater  • .  ('/est  oe  qtril  exprime  sous 
la  foiine  d'un  calembour  :  «  Totite  sensation  csl  une  nais- 
sance; toute  naissance  est  co-naissance.  ••  ([Je  ht  co-nois 
Sdiire  tlii  monde  ri  de  )uu-tnrmr,  art  poétique,  p.  1IS.^ 

Citons  encore  cette  déclaration  «le  M.  Suarès,  qu'un  <Ir 
nos  esUièles  iM.  l'r.  Lefévn')  prenait  récemment  pour  épi- 
^ir.'iphc  d'une  élude  sur  la  Jninr  Av'siV  Fcr/nrr/i.v'  Mouart. 
191S  :  >  Le  |irofond  amour  a  la  vériUibie  connaissance 
L'n  autre  ficvne  [n'nnuniiiuc,  janv.  1914)  se  proslt  rne  sou^ 
cite  parole  de  Niotisclic:  «  Kcris  avec  ton  sang  et  tu  verras 
que  le  sang  esl  esprit.  « 


nr.i-piiKGOR  03 

lt'in|»>,   IfS  siMilimenlaux   voulurent   «|ue   le 

•  ni i nient  fût  en  même  temps  la  science  du 

•  nlimenl,    qu'il    en    fût    même    la    seule 
cience;  Bl"""  de  Staël  allirmait  qu*  «  aimer 

en  aftprend  pins  sur  les  mystères  de  lihne 
[lie  la  métaphysique  la  plu^  subtile  »,  et 
Michelel  pro-lamait  que  c'est  dans  sa  •  sym- 
pathie |)Our  la  vie  humaine  •  que  (ieoiïroy- 
^aint-llilaire avait  puisé  les  bonnes  met hcnles 
l'iologicpies  (I).  Au  surplus,  on  conçoit  qu'il 
-oit  doux  de  >e  dire  (jue,  du  fait  (assez  la- 
'  ile)  (|ue  Ton  vit  une  jiassion,  on  en  est  par 

•  la  S4*ul  un  profond  scrutateur;  il  est  évi- 
demment agréable  à  Mimi  Pinson  de  songer 
c|ue,  \)i\r  les  seuls  battements  de  son  petit 

•  eur,  elle  contient,  en   puissance,  plus  de 


il    I.*-  patMg»'  vaut  qu'on  le  cite.  Avant  conté  le  dé%ou*>- 
m-  lit  <lii  .'rantl  «avant,  l<»r«  tle«  mas^arrri  <!<•  scplrmbr»-. 
pif.  •.«.!>.  r  de  «auvrr  «I»'   rmlheur»u\   pnftr\«.,  .Mu  h''lt*( 
«  A  relui  qui  avait  t  >ur.igi*u<i< 

;^>Mrh  ^  r»- htjniaii.r.  I  um»' nroni; 

•  ;  de  U  vir,<i  (  1)  (onipremlf 

r  vil  ne  le  fit  jamais,  Oi  h 

•lin   •<>  lui  rcv;.U  la  nalurr;  il  y  péucira  par  le  vu  u; 


94  in:LPHÉ(iOU 

pensée  sur  Tamour  (jue  Sloiullial  et  Spinoza. 
Leur  argument,  en  ce  désir  que  la  réelle 
intelliirence  d'un  sentiment  soit  prolono:e- 
ment  du  sentinicnl  lui-même,  c'est  que  — 
historiquement  —  ceux  rjui  montrèrent,  sur 
tel  sentiment  humain,  les  vues  les  plus  pro- 
fondes sont  des  êtres  qui  ont  éprouvé  ce 
sentiment,  (pii  l'ont  réru.  Admettons  le  fait. 
Mais  la  vraie  question,  ici,  est  celle-ci  :  Tac- 
tivilé  par  laquelle  ils  formèrent  ces  vues 
profondes  sur  un  étal  du  C(eur  est- elle  de 
même  nalme  que  celle  })ar  laquelle  ils  le 
vécurent?  Peut-on  passer  de  l'une  à  l'autre 
par  a  dilatation  y,  c'est-ii-dire  par  conti- 
nuité? Ou  bi(Mi  y  a-t-il  cuti»»  elles  deux,  et 
malgré  (pif  la  i)r«'mière  recjuerre  i>eut-ètrc 
la  seconde  comme  antécédent  nécessaire,  une 
dualité  (Torip^ine,  un  hiatus?  C'est  1j\  de  ces 
questions  qu'il  sutlU  qu'on  pose  pour  qu*on 
les  résolve,  .l'admets  qu'une  Lesjùnasse 
trouve  cette  vu»;   profonde  sur  un  inouve- 


BKLPIIÉGOH  95 

iiHMit  liuiiiaiii  :  •  La  ))lu{t;irl  des  feiurnes 
n'ont  pii^i  bfsoin  d'être  aimées;  elles  veulent 
seulement  être  préférées  »  parce  qu'elle  a 
vécu  le  tourment  d'aimer  sans  retour;  je  ne 
erois  |»ourlant  pas  rprelle  la  trouve  |Kir  un 
pur  prolongement  de  son  action  de  souflVir, 
mais  bien  en  faisant  ap|>el  à  une  tnut  autre 
fonction,  qui  est  une  faculté  singulièrement 
aiguë  de  former  des  concepts  et  de  les  lier 
entre  eux;  j'o«e  croire  (qu'on  me  pardonne 
cette  lése-démocratie)  que  la  petite  ouvrière 
sans  culture,  cpii  n'a  \\o\\v  elle  que  sa  douleur, 
pourra  la  «  dilater  ^jus^pi'à  la  lin  de  ses  jours 
sans  trouver  jamais  rien  de  jïareil.  J'accorde 
encore  qu'un  du  lUirtas  ait  fait  son  admi- 
rable dt^Tiption  du  cheval  |>arc<»  (ju'il  s'oc- 
cupait charpie  matin  à  se  mettre  à  ({uatre 
flattes,  à  ruer,  à  gîiml)ader»  à  hennir,  à  être 
chevQi{\)\  j*ai  id(*e  toutefois  que  l'élaboration 


Il  Voir  Saiotc-Deavc,  Tableau  tk  ia  poéêiê  frai^çatm 
•  êiecle.  p  100. 


96  BKLiMii:r.OR 

(le  son  tableau  est  d'un  tout  autre  ordre 
«l'activité  que  ses  hennissements.  Quant  à 
ce  que  vicre  un  sentiment  soit  une  bonne 
I»ré(>aration  pour  le  comprendre,  c'est  ce 
(|u«^  personne  n'a  jamais  nié,  encore  qu'on 
demeure  troublé  de  voir  (ju'un  Froissart, 
qui  n'a  jamais  quitta'  son  fauteuil  de  cha- 
noine, ail  fait  les  meilleures  des  descriptions 
de  bataille,  qu'un  Balzac  ait  donné  i\e< 
souffrances  d'une  mère  inquiète  une  pein- 
ture dont  je  ne  vois  l'équivalent  sous  la 
plume  d'aucune  femme  (l),  et  qu'une  des- 
cription du  cheval  au  moins  aussi  heureuse 
que  celle  de  du  Bartas  ait  été  faite  par 
Virgile  {|ui,  selon  tonte  vraisemblance,  m 
se  mettait  pas  à  quatre  pattes. 

D'autres  fois  on  nous  parle  d'une  jx)ussée 
vitale  qui,  au  lieu  de  *  se  dilater  »  pour 
devt^nir  inlellection,  «  se  retourne  sur  ello- 

(li  Mémoires  de  drux  jeunes  mariées. 


BF.I.I'HKùOR  97 

même  ».  Nous  demain  Ions  :  Où  «loue  la 
|)OU.ssc'o  vitale  prend -elle,  en  elle-même^  le 
sim|»lc  désir  «l'un  t«'l  inouvemonl?  (le  seul 
désir  n'est- il  jkis  déjà  une  niphirc  de  celle 
•  pure  |)0ussée  »  d'avec  s»  propre  nature? 
niH'  importaliofi  étranj^ère?  proprement 
une  infection  de  l'esprit  critique?  Au  n»sle, 
la  do<trine,  par  ailleurs,  Ir  proclame  for- 
mellement :  -  Ces  choses  (de  la  «  vie  pro- 
fonde «Il  rinstinct  seul  les  trouverait:  mais 
i7  ne  les  cherchera  pna.  •  Helenons,  en  tout 
ceci  cl  une  fois  de  plus,  relte  double  volonté 
de  nos  esthètes  :  se  Ixii^ner  au  pur  émotion- 
nel et  j^ardcr  en  même  temps  les  avantages 
r|u'ils  continuent  d'at(a<  lier  au  renom  de 
rinti'lligcncc. 

A  tins  volonlrs  itnpiiquèes  tlans  celle 
qu'au  vient  dr  dire. 

Au   fouii  (Itî  celte  volonté  t\w  larliste  5C 
fonde  û  son  héros,   il   y  a  encore  d*autres 

Cl 


98  i;kij'Iik<;oii 

désirs  (rénioi  que  celui  de  toucher  rémotion 
m  ario.  II  y  a,  d'abord,  le  désir  dont  nous 
parlions  plus  haut,  d'assister  au  spectacle 
d'une  abolition  de  (lislinclion,  d'une  ftisinn 
(Ir  (hii.r  ohjels  m  un  si^ul,  S{)ectacle  sinijulir- 
renient  troublant  quand  ces  objets  sont 
(U'u.v  (Unes.  (Le  f^oût  de  nos  contemporain^ 
pour  ces  sortes  de  spectacles  se  voit  encore 
à  leur  engouement  pour  ces  enseignements, 
soi-disant  catholiques  (Kd.  ]je  Roy),  où  le 
monde  dérive  de  Dieu  \):\v  des  «  élans  » 
de  ce  dernier,  (pii  ne  lais>ent  place  à  aueiine 
discontinuilé  enlic  l.i  souree  de  vie  et  son 
produit,  et  l'ont  de  ces  systèmes,  quoi  (pi  en 
disent  leurs  adeptes  li  leurs  heures  d'em- 
barras, une  brillante  modernisation  de  l'éma- 
natisme  alexandrin.)  —  Puis  il  y  a  le  d6>ir 
que  l'artiste,  ne  demeurant  point  c^Uérirur  à 
TAme  qu'il  traite,  ne  lui  demeure  point 
supérieur.  Nous  touchons  là  une  volonté 
très  générale  de    ce   temps,  qu'on   i^ouir.nt 


lihLrilK».»"»;  no 

n|»|M'|»T  la  hainO  \HM\r  la  trnns>ri,ii<!nrri\r  l  all- 

lenr  \ii\v  rap|)orl  ù  son  sujet:  haiiift  toujours 
vive,  <|u<'l(|ue  sujet  i|U(î  Irait»'  l'artiste,  [»an'e 
•  jur»  toute  transcendance  implique  jugement 
et  lit>erté  d'esprit,  mais  qui  s'exaspère  loul 
l»iirticulièrement  quand  ce  sujet  est  le  e«rur 
liiimain  (I).  C'est  ce  (|ui  apparaît  on  toute 
lumière  dans  leurs  sorties  contre  l'analyse, 
cprils  n'aimefit  déjà  pière  quand  elle  s'ap- 
plique au  mon<ie  inanimé,  mais  qu'ils 
poursuivent  de  leur  furie  quand  elle  s'atta- 
«pie  u  l'àme  humairn*.  OiTon  nous  [)ermelte 


1   I  A  i.iii.ii.  <i'.itii..iir.i  lui.  ».tf>Modir(>  i  Paulear  :  «  Vous 

,  \oir»'  n'ile  it.1  t*>rfDiaé; 

(  i-L  11    •  vifit'mniont, 

1  .  ou  rrfli* 

Ji-  il.  r.    (iif 


I  «nrore    hirn-Mnit  du  11  de 

'1  -nn.  r       U  v.  rt  •  .lirr-.  I.-,  h 
t.-.  \n 

Af.WT. 

p«Hir 

.     r  UDf 
Uftraiil.-  ,  '       luiiwii.    iUnUtm,  j».  I.'jU, 


iOO  lii:i.Flf  KGOR 

de  rapporlor  ici  un  passage  d'un  de  leurs 
leaders,  ailleurs  cité  par  nous,  qui  exhale  ;i 
merveille  leurs  raiicoiurs  :  «  Devant  ce> 
prétentions  de  l'intelligence  (à  assigner  des 
conditions  uiatérielles  à  nos  sentimenlsK 
nous  nous  sentons  heurtés,  diminués  dans 
notre  vie  intime,  l^t  je  ne  dis  rien  de  la 
légitime  impatience  que  provoque  en  nous 
la  disproportion  quelijuo  peu  ridicule  eidie 
le  pro.:^ramnie  de  ees  auteurs  (Spinoza  et 
Taine)  et  leur  exécution.  De  telles  conip:i- 
raisonsit  le  vice  et  la  vertu  sont  des  produit- 
comme  le  vitriol  et  le  sucre  »),  froidement 
instituées,  sont  à  nos  yeux  des  menaces 
j>our  ce  (jue  noire  Aine  a  de  plus  précieux. 
U  semble  qu'en  expli(|oanl  l'origine  de  no^ 
sentiment,  (»n  en  déliiiis»'  en  même  tenq»^ 
la  valeur...  »  (William  James,  rExpêrieiirr- 
rrligieusi\  )•.  8.)  Qui  ne  sent,  disions-nou**, 
que,  si  les  explications  de  «  ces  auteurs  » 
étaient  meilleures,  l'auteur  de  ce  passage  n'en 


HRLI>UK(;n|(  |0t 

serait  |>as  plus  content,  et  <|ue  ce  <|ui  l'exa^- 
|HTe  contre  Tanalyse,  ce  n'rst  pas  (|u'ell«* 
expli()uc  mal  le  sentiment,  c'est  (ju'elle 
l^rétendc  l'expliquer?  —  Enfin,  «lans  celte 
\olonlé  que  Tartiste  se  fonde  a  son  hérO''. 
plus  prici<<''ment  (|u'il  soit  «  concpiis  »  pur 
lui,  qu'il  «  iH.Tde  tout  |)OUVoir  <le  le  juger  », 
il  V  a  le  rlêsir  de  le  voir,  non  seul<»ment  n.; 
|>oint  «  transcender  »  son  sujrt,  mais  être 
dominé,  al»atlu,  terrassé  p;ii  lui:  s|»ectacl«5 
évidemment  fort  pallnlique.  Ici  encore,  1»^ 
plus  curieux,  c'est  qu'un  tel  désir  soi! 
devenu  conscient,  formel,  orj^nisé.  Ajoutons 
qu'il  est  un  des  éléments  ilu  sucC4*»s  dr  1  • 
littérature  des  femmes,  le^iquelltMi  sont 
d'ordinaire  .  dominées  par  leur  sujet  an 
lieu  de  le  dominer  >,  connue  je  l'ai  entendu 
dire  un  jour  A  nu  critique,  |M>nr  les  en 
exalter 


I(»2  BELlMIKi.OR 

Ik'Uyion  de  I  art  siibjccli/. 

Vouloir  (jue  Tartiste  se  l'onde  à  IVime  qu'il 
présente  conduit  naturellement  à  souhaiter 
(ju'il  présente  sa  propre  (nue.  A  qui  se  fon- 
drait-on mieux  {\uii  soi-même?  C/est  la 
relij^ion  de  l'art  subjedif,  articulée  déjà  par 
l'époque  romantiqu(\  mais  dont  on  |>cut  dire 
que  c'est  notre  tenip>  (pii  en  a  pris  la  vraie 
conscience.  Non  seulement  on  a  jjresque  posé 
en  précef)le  (|ue  l'artiste  ne  devait  dire  (pie 
lui-même  (1),  non  seulement  la  plupart  des 
auteurs  révérés  depuis  vingt  ans  n'ont  p:uèi'e 
conté  que  leur  âme  (2),  non  seulement  on  a 


(IW  Je  n-ois  surtout,  «Irrlarc  M-'  Aurel.  dans  l'avenir 
(lu  livre  qtii  trahira  l'Iioniuic  intérieur;  on  ne  prnlra  plus 
SCS  iiislaiits  à  ilt'p.i>ser  l'd'uxre,  rosl-à-dire  à  allrihuer  se» 
visions  à  tri  ou  tel  i»orsonnage  élran^rer.  »  {Mnnuc  (h' 
France^  1"  mai  191 1.« 

^"î]  Péguv,  Claudel,  Suarès,  Komain  Holland  (selon  qu'on 
envisage  .>  7i/j-r/j»  »«/<*/)/<••  eonuiirun  expost^de  l'Ame  de  l'au- 
teur ou  ronime  un  nouveau  voyage  d'Anaehai-sis  .  Aussi 
bien  i  herche-t on  vainement,  «lepuis  MM.  Franc  e  ou  Her- 
mant,  l'écrivain  un  peu  noloiio«iui  s'oecu|>e  n  prin.i..  îpv 
monirs? 


BBLFHftGOU  403 

v»'néré  plus  (|uo  jamais  ol  syslémaliqueinent 
ces  œuvres  «  consubstautieilrs  à  leurs  au Ituin» 

•I  h  leur  vie  •  (Pascal.  .Nietzsche),  mais  on 
-'«'st  mis  à  dt^finir,  dan?*  rinlérieurdu  moi, 
nu  moi  pliis  profomlhueul  tnoi,  plus  unique, 
pins  individuel,    plus   incommunicable   (c»Mui 

lo  notre  pure  srnsibilité,  pur^é  de  toute 
!'//•>,  surluut  do  loule  idée  gMérale),  et  à  vou- 
loir que  ce  fût  Harit  ce  mot-Ui  (jue  l'arlisle 
\lnt  s^.  dire  (c'est  la  violente  préférence 
ncordé*?  à  IJaudelairo  sur  les  romantiques 
■h  1830).  Enlin,  on  a  statué  que  Texpres.sion 

le  ce  moi  ne  se  pouvait  pa.«  faire  |.uir  un 
|Mrnchement  de  Tintelligence  de  l'artiste  au- 
<l«»ssus  de  son  proprr  oiur,  mais  par  une 
•  ommuninn  mystupie  de  lui  av<îc  lui-même. 
I>;ir  une  ^orte  de  self-étreinte  aphasique  et 
inintellectuelle,  dont  l'évucation  —  jointe  à 

«ille  du   moi    «    incommunicalile   >   —   fait 

videmment  (juel(|ui'  «hose  d'inllniment 
trouhiant.    On    v(»il    qn«-    la    volonté    de    la 


104  DKLIMIKGOH 

sociélO  française  de  jouir  du  subjcclif  a  fail 
quelfjucs  pro^q^ès  depuis  le  Lac  et  le  Souve}iir. 
L'estliéliciue  du  subjectif,  elle  encore,  ost 
lollement  intégive  à  ràmc  do  nos  conlem|>o- 
rains  qu'ils  ne  conroivent  même  pas  qu'il 
puisse  y  en  avoir  d'autre.  Qu'un  maître  ait 
pu  un  jour  écrire  les  vers  suivants,  cola 
provoquera  san>  doute  chez  nos  jeunes  ^cn- 
une  vraie  stupeur,  comme  lorsqu'on  nou< 
apprend  (jue  des  sociétés  ont  pu  vivre  >aiis 
vénérer  le  courai^e  ou  l'iionneur  : 

...CVsl  )à  fiunn  grand  pciiiliv,  avec  picino  l;Mp»<>o. 

D'unr  friondo  idée  étale  la  ricliessc, 

Kaisaiil  luillor  partoul  de  la  diversité, 

l'I  ne  tonil)aiil  jamais  dan>  un  air  répél»^  : 

Mais  un  jtfintre  comtnun  trourc  une  jx'ine  cslrémc 

-1  sortir  dans  ses  nirs  de  l'tiinour  de  soi-même: 

De  redites  sans  nontbrr  il  fatiijue  1rs  yexLi, 

Kt,  plein  de  son  inMgt%  il  sr  peint  en  tous  lieu.r{\). 

11  est  clair  (pie  les  reproches  d'ipséisnie. 


(I  Molière,  la  Gloire  du  Val-dc-dràrcOn  tiouxm  an»^ 
un»'  a|)oloj;io  do  In  «  divrrsilo  •  d'un  uiitcur  rlio/  Siiini 
llvn'inond,  à  |iropos  df  Prirono. 


ÏJELPMKGUK  l^♦^ 

«|iH*  c<;>  ver>  font  ;ï  un  fcriNaiii,  passeraieiil 
aiijouni'iini  |Njiir  autant  de  rianplinient^. 
On  remarquera  :  •  niai<  un  |)einlre  commun  ». 
F/allacliemenl  à  soi-même  considéré  comme 
^'uc  tie  vul^'arité  d*ûmcî  Sic  transit... 

Mar({uon<  encore,  ici,  U-  goiU  de  nos 
contemporains  (assurément  en  l)«iss»^  depui> 
la  guerrei  \>o\\v  le  culte  du  moi,  j'entende 
|>our  eos  auteurs  (]ni  >'altachenl  à  i*u\- 
memes,  non  |)lus  dans  un  emhrassenient 
riiysli(|u«'et  forrcné,  maisdan<  une  manifest»' 
prrtention  d»*  jouissance  rélléehie  et  d'êle- 
L'anl  «  dilettantisme  ».  11  >  a  là,  dans  le  tran- 
quille plaisir  (|u*une  Ame  prend  à  se  humer 
«îlle-mr-me,  un  s|)eclacle,  sinon  émouvant, 
du  moins  capiteux  à  la  faron  d'un  parfuni. 

d^nion  comprend  Taltrait  pour  «erlaines 

lisibilités  avancées;  l'auteur  du  Jardin  dt* 

Jif renier,    ;iss<'Z    peu    savounîux     |)0ur    son 

\  risme    itléoloj^ique    tant    vanté,    ne    lais;»** 

idemnnnl  |»as  «IVtre  agréaMi'  |»;ir  Tarouift 


106  iJKJ.i'UKC.ou 

(le  sa  vanité.  Nous  touchons  là,  d'ailleurs, 
un  Irait  remarquable  à  bien  d'autres  points 
de  vue  :   qu'une  société   française,  que  les 
héritiers  de  ceux  (jui  disaient,    non   seule- 
ment :  («  le  moi  est  haïssable  »,  mais  :  -    il 
est  ridicule  de  parler  toujours  de  soi,  lul-ci; 
à  soi-même  »  (Saint-Évremond),  goûtent  des 
auteurs  dont   les   phrases  comencent    pai*   : 
«    J'aime  que...    »,   «  Jl   me   plaît  (|ue...    •, 
'<  J'éprouve  (|ue...  >>,  c'est  là  une  chose  qui 
ne   mampiera  pas  de  surprendre  C43lui  (pii 
fera  l'histoire  de  l'éducation  dans  ce  pays. 
Au  surplus,  la  prétention  qu'altiche  un  écri- 
vain de  bafouer  l(*s  con\"enances  du  lecteur 
rst    visiblement    une   recommanilation   pour 
le  public  moderne  (c'est  évidenmient  un  des 
éléments  du  succtîs  de  Péguy  ou  de  M.  (^lau- 
i\o\)  :  outi'e  que  rarl)itr:nrc  est  toujours  un 
spectacle    émouvant.    <>n    sait    (pic    certains 
délicats    j^^oiUent    une    volupté    à   se    sentir 
méprisés.   (Voir  les  annales  de  rérotisrae.) 


UKf.l'MKilOR  10" 


Volonté  (jw  Inrl  pntpie  i'dme  élémentaire. 

Knfii.  m.n<ni<»ii^  «licuiv,  dans  leur  furie 
«.  «prouver  de  IVmoi  |Kir  la  peinture  do 
Tàme  humaine,  ce  raHinement  dont  aucun 
de  leurs  devanciers  ne  s'élait  avis<^.  : 
j'entends  leur  volonté  que  Tari  peigne  Pâme 
dans  celle  n'*gion  inrmimenl  troublante  où 
elle  e»l  «  pur  instinct  »,  «  [»nr  désir  », 
«  pur  ajfir  ».  On  connaît  leur  véritable  culte 
pour  cet  art  (Maeterlinck,  certains  Russes) 
qui  peint  exclusivement  les  sculimonls  les 
plus  élémentaires,  —  la  surprise,  la  colère, 
la  |)eur,  surtout  l'instinct  sexuel,  —  et  qui 
so  i»lalt  à  les  peindre  dans  leur  entière 
pureté  d'instinct,  cVst-à-<iire  sans  les  alté- 
rer, non  seulement  par  aucun  sentimeot 
moral,  moins  cncor<»  par  aucune  idée^  mais 

ir   aucune   nrganiMtion^   par   aucune    «MiVr 


lo8  nr.Li'iirr,  oi; 

«lans  le  .-.'nlir.  par  aucune  lixité  do  diivr- 
tion  (toutes  choses  ■■  intellectuelles  »  );  qui 
s'eiïorce  (]•'  1rs  montrer  clans  Jeui-  parfaili* 
«  inouvan'X'  -,  dans  leur  pure  qualité  (r.Olals 
naissants  • ,  d'  -'  inquiétude  d'àine  ».  Il  est 
riair  que,  pour  nos  esthètes,  la  capacité  de 
peindre  ces  énjou  vantes  régions  est  le  cri  lé - 
rium  même  de  l'ait.  J'ai  sous  les  veux  de> 
lignes  ou  un  rriti(pie  mondain  (I)  signait* 
la  science  d'nn  de  nos  auteurs  à  peindre 
r.iiur  féiuininc  <lan>  sa  plu>  pure  mobilité; 
tié>  évidemment  aux  veux  de  ce  ei'iti(|ue, 
la  réussite  d'une  telle  peinture  signifie  Ir 
sommet  de  l'art  bien  autrement  (jue  d'avoir 
su  peindre  .lulicn  ^nrel  ou  le  baron  llulot. 
lîien  mieux!  ^elon  l'esthétique  moderne,  le 
pur  instinctif  est,  au  fond,  et  sans  qu'il  soil 
même  besoin  de  le  dire,  la  matière  artis- 
tique pr/r  r.rrrlleiirc,  la  vraie  matière  :  t  J-^uire 


(I)  M.  Manrirc  Donnay.  à  propos  do  l'Fntmi'e^r'  M^'^'o 
leU*"  Willv    MoHn  (lu  ii  oolobn^  1013  . 


HKI.niKGOIl  109 

loules  les  héruincK  de  mon  Ih^llre.  dit  un 
de  nos  dramaturges  les  plus  «'couU'S,  il  en 
est  trois  |>our  leN(juelles  je  ne  puis  me 
défendre  d'une  certaine  prédilection  :  Jean- 
nine  de  l  Enchaitlement ,  maman  Colibri  et 
l'héroine  de  lu  Mairh'  wiptùde.  Jeannine 
peut  être  avant  loules  les  autres,  parce 
quelU  est  Cinstiu'  l  pur  et  sans  mélange.  • 
L'auteur  n'ajoul»*  pas  une  «xplicalion,  tant 
il  lui  [jai^it  inipossilile  qu'une  telle  raison 
ne  snflisc  pas  à  ses  contemporains  pour  jus- 
tifier sa  pn'férence  (I). 


tl>  Celli»  religion  |K>iir  la  |»<»inturi-  du  pur  instinct  quf 
n'encombre  aucuiu-  organisation  a  imnluit  chvt  nos  cun- 
l**iD|»oniin9  un  cuilc  »[»érial.  parmi  If  théâtre  rl■<«^iqal^ 
pour  Hoj'izft.  { 9  PerMinnagi";»  de  «'i>ur,  mais  de  cour 
d'assises  *,  dit  M.  Albert  (iuiooa,  ap{>arrmmenti'i:  maniiTc 
df  louangr.   (U^roim*  n  rbt'miat*  qui  ppin<>nrc  . 

Je  |>«rdr:tts  lua  \'Mi.*"-i:i<*c  rn  U  rcn-Unl  si  ptoini 

n«   1  preuvf  d'un»'  (ta^i^iDri  |irribb-m'>nt  «rj*' rvi' 

par  r  de  voir  clair  «ii  rll<  -mi'mr.  (Ihov:  cunouw  : 

dcj.i    II  1"-*',  il  y  avait  lu  u  dcdff»  ndrc  Ra«  •  «"Ui 

qui  aimaifut  i  voir  dans  Kotanc  un>-  pun-  Kl 

qui  pnn.iit  r.  II.*   d«'fcn«''   1^*    •    mmantiqu*-        Mu^-telî 
(iirli^tqr,  ,lr  I iWi uliirt  ft  dt  mlttfiii^^  Itrphar  de  DajaiH.} 

7 


110  l5ELPHKf.0R 

On  sait  qu'une  «les  raisons  du  culte 
spécial  que  nos  contemporains  vouent  à  la 
musique  entre  tous  les  arts,  cVst  précisément 
le  monopole  qu'elle  a  de  pouvoir  dire  ces  états 
d'ànie  élémentaires.  Aussi  bien  veulent-ils 
maintenant  ({u'elle  n'en  dise  point  d'autres  : 
l'Ame  d'Yseult  est  beaucoup  trop  ^  organi- 
sée »!  Kt  qu'est-ce  que  la  musique  a  à  faire 
d'un  Hans  Sachs,  «  herr  jjrofessor  >»!  d'un 
NVotan,  «  bavard  sociologue  >•  î  (^Ite  esthé- 
tique de  l'àme  élémentaire  conduit  naturel- 
lement à  peindre  |)resque  exclusivement  la 
femme  et  les  enfants:  c'est  ce  qui  se  voit 
en  elTel  dans  l'art  aufjiiel  nous  faisons 
allusion. 

Qu'on  nous  entende  en  tout  ceci.  11  ne 
s'ai;it  pas  de  eontester  que  le  «  pur  instinc- 
tif» ait  droit  de  cité  parmi  les  matières  d'art. 
Nous  pensons  môme  que  c'est  une  des  gloires 
de  ce  tem|>s  de  l'y  avoir  fait  entrer.  11 
s'agit    de   dénoncer   cette  volonté    moderne 


BEI.PIlKGOn  ili 

(prit  soit  snil  inatière  (l*art,  qu*il  le  soil  du 
moins  par  e.rreiienre.  Vurce  que,  diles-voQS, 
il  est  seul  réalité'!  (k)ininc  si  rinl(>lli;.'ence 
ne  Tétait  |»as  autant!  Comme  si  Tàme  d'un 
(Id'tlio  riait  moins  réelle  que  celle  de  Méli- 
sandeî  Parce  qu'il  est  la  «  racine  de  Tôtre  »? 
Mais  où  avez-vous  pris  (jue  Tari  doit  [HMndre 
exclusivement  celte  ré^rion  ?  Diles  donc  la 
vraie  raison  :  parce  <ju'il  est  le  plus  émouvant. 
Souvent  la  volonté  do  dire  exclusivement 
les  états  de  l'ùme  élémentaire  se  combine, 
chez  nos  auteurs,  avec  celle  de  se  dire 
soi -môme.  On  se  dit  alors  soi-même  et 
dans  ses  étals  d*ûme  élémentaires,  genre  où 
exrellent  les  femmes,  et  dont  voici  un 
assez  bon  exemple  :  «  J'étais  là,  mais  indo- 
cile, désaccordée  et  silencieuse,  à  cause  d*un 
lézard  appuiru  et  dis|taru  magiquement, 
à  cause  d'une  ai^'ntte  dv  lavande  balancée 
sous  un  frelon  fourré  de  brun  el  d'orangé, 
iï  cause  d'un    cri    dr    l»ercer    invisibl,..    di- 


112  1;KI.IM1HG0K 

Tombre  grillaiJjée  el  claire,  qui  LK)ugeait 
SOU.S  un  olivier.  »  (1)  On  sait,  non  seule- 
ment le  goût,  mais  l'estime  littéraire  toute 
spéciale,  —  l'admiration,  —  dont  ce  genre 
est  Tobjet. 

Nous  venons  de  montrer  encore  un  genre 
que  réclame  le  désir  général  et  où  excellent 
les  femmes.  On  remarquera  que  tous  les 
attributs  littéraires  (|u'exalte  Testhéticiue 
contemporaine  sont  de  ceux  que  les  femmes 
possèdent  au  plus  haut  jX)int  et  qui  forment 
comme  un  monopole  de  leur  sexe  :  absence 
d'idées  générales,  religion  du  concret,  du 
circonstancié,  perception  rapide  et  toute  in- 
tuitive, ouviTture  sur  le  seul  sentiment, 
intérêt  |X)rté  à  -oi-mémc  au  plus  profon<l 


(I)  Coletlo  NVillv  (le  Malin.  16  mai  1912  .  On  trouve  un 
mouvement  du  même  ordre  dans  un  poi-me  de  MM.  (iondi- 
ncl  el  VU.  Gille  : 

l'onnjuoi  «uis-j»»  altrisl«'"0  «ii  cliinl  «l'un»»  colombe, 
Pour  une  lU'ur  fance,  une  fouille  qui  loml<?... 

{Lakmé,  Kit  l.) 


BKLPIlKf.OR  113 

de  9oi-m»'Mne,  an  plus  intiiin',  au  plus  in- 
roinmunicalile,  elc...  Toute  l'est fn^tirptr  ma- 
derne  e^it  faite  /Mur  les  femmes.  Ixîs  liommes 
lultcnt.  l5»*ancoup  essayent  d'imiter  la  litté- 
rature de  leurs  rivales.  Ih'lasî  il  faut  qu*ilssc 
rési;^'nent  :  il  y  a  un  degré  d*inintellec- 
tualité  ♦•?  rinipn«l»Mir  «jn'ils  n'atteindront 
jamais. 

Nous  ne  disons  rim  ile  celte  volonté  dtî 
nos  contemporains,  —  qu'ils  n'expriment 
même  pas,  tant  elle  leur  «^l'inble  nalurelle, 
—  que  la  peinture  du  c«rur  humain  soit 
uniquement  celle  de  l'amour.  CVst  là  une 
chose  qui  date  de  trois  cents  ans  <lans  la 
société  française.  Itap|>elons  toutefois  qu'au 
xvir  siècle  quelques-uns  protestaient;  et  non 
seulement  des  artistes  comme  Corneille,  |»eu 
habiles  à  j»eindre  ce  sentiment;  non  seule- 
ment des  hommes  d'Kglise,  comme  Hapin 
ou  Ik)uhours;  mais  des  |)ersonnesdu  monde  : 
Ihi-isy,  r.iblw  de  Villani,  Subligny,  Saint- 


114  HILI'IIKGOH 

Kvremond,  Al°'  de  Sévigné.  Voil-on  uno  do 
nos  mondaines  s'élevanl  contre  le  Ihéùtre  de 
M.  de  Porto- liiche  parce  (ju'il  li-aile  trop 
exclnsivement  de  l'amour? 

Leur  volonté  (pie  Tari  peigne  Tàme  élé- 
mentaire n'est,  au  surplus,  qu'un  épisode 
de  celle  qu'ils  ont  (jue  l'art  soit  nécessaire- 
ment profond,  qu'il  peigne  exclusivement  les 
régions  profondes,  les  replis  profonds  de 
TAme  hmnaine.  Comme  si  de  grands  artistes 
tels  (pic  lîoiisard  ou  La  Toutaine  étaient 
profonds  ! 

Ici  encore,  l'esthétique  de  nos  contemjx)- 
rains,  en  tant  (prellf  viMK're  la  représentii- 
tion  de  œs  régions  où  le  disa)urs  se  tait 
pour  taire  place  au  <-  pur  sentir  •>,  au  «  pui* 
agir  »,  tend  directement  à  I;i  religion  du 
comédien.  Au  reste,  la  religion  du  comédien 
en  tant  (pie  pur  gesticnlateur  est  assez  net- 
tement constituée  aujourd'hui  :  j'ai  là  sous 
les  yeux  une  pa^e  où  un  homme  du  monde 


exalte  un  com»'Hlion  pour  le  «  dos  »  qu'il  fait 
dans  telle  scène  (I).  Remarquons  aussi 
comme  Tauleur  dramatique  associe  de  plu< 
en  plus  délilW'rément  le  comédien  à  son 
action  sur  le  j»ublic,  et  Tv  associe  en  tant 
que  pur  jzesticulaleur  {i).  Un  homme  s'esl 
rencontré,  d'une  puissance  de  m«''pris 
incroyable,  mauvais  i^crivain  autant  qu'ha- 
bile dramatuprr»*:  il  n'a  jamais  conçu  uno 
phrase  siuis  l*asso<ier  «lans  son  esprit  au 
comédien  «pii  la  jouerait;  il  a  r»MUplacé  la 
conduite  des  |>assions  par  les  ))assions  elles- 
m»**mes.  il  a  substitué  le  geste  au  discour-^ 
et  le  horion  à  la  réplique.  Non  seulement  le 
|»arlerre  l'a  acclamé,  mais  les  salons  dits 
les  plus  lins.  Et  ses  détracteurs  l'ont  copié. 
\j^   mile  de    iîon   ri)iitemporain<    \tcn\r    la 


(DTempt,  5  iiot.1907. 

<li  Oo  obtcrtern,  à  c«  propos,  l'aboodioce  et  1«  dt^il 
des  il;'  ^  de»  Joux  d«  toéac  d«M  le  tbéèlra 

r.i>  no. 


lie  i;KiJ'Hi(,on 

vie  ('lômentain',  leur  niéj)ris  pour  la  vie 
rvoluée,  ne  paraît  pas  seulement  à  leureslhé- 
lifjue.  Dans  leurs  vues  sur  le  monde  vivant, 
dans  leur  «  |)hilosophie  biologique  ->,  la 
seule  vie  qui  les  intéresse  est  manifestement 
la  vie  élémentaire,  la  vie  protiste;  c'est  à  elle 
seule,  sans  même  qu'ils  croient  devoir  nous  en 
prévenir,  que  s'appliquent  toutes  leurs  défini- 
tions de  la  vie  («  incessant  changement  de  di- 
rection »,  «  incommensurabilité  avec  Tidée  », 
etc.):  la  vie  qui  tache  à  dépasser  ce  moment, 
à  stabiliser  le  changement,  à  conquérir  la 
consistance  (par  exemple,  reflbrt  île  l'animal 
à  se  faire  une  vertèbre),  cette  vie- là  ne  les 
touche  pas:  elle  est,  pour  eux,  au  fond,  une 
défection  à  la  vie,  un  retour  a  la  matière 
inerte   (1).    Aussi    bien    les    seuls    faits    de 


lit  Rien  do  |)lns  suggestif,  h  cr  point  de  vue,  que  de 
comparer  la  philo^-ophir  binloni(|iii'  vu  Noiiwe  aujourd'hui 
avec  celle  tde  H.  Spon»  en  où  se  plaisaient  nos  père^^  :  YKvo- 
liilion  crralrire  met  rn  relirf  dans  le  plunom^ne  Nilal,  et 
presque  exclusivement,  l'attrilml  de  nicbiliU'-.  les  l'riiici}>es 
de  Hùilrufic,  celui  iVorgnnisatioii. 


Bi.iJ'in  <;ou  1 1  : 

conscience  qui,  selon  eux,  cxi^'ent  «lu  psy- 
chologue uno  attention  de  dioir^  une  méthode 
d'exception  nin  «  renversement  de  la  con- 
naissance oniinaire  »,  une  «»  catastrophe 
de  la  pensée  »),  ce  sont  les  faits  de  la 
conscience  ^^Uiurntaire  et  ittorganisée.  Les  faits 
de  r<\me  »'îvolué<\  fonctionnant  par  concepts, 
—  Tactivité  dVime  d  un  Doscarles.  fKir 
exemple,  formant  l'idre  de  subslancr.  — 
ces  fait5-|j,  les  phis  l>anales  m«*tho<les  suf- 
fisent, f>arait-il,  |)Our  les  comprendre.  Mai- 
le  plus  significatif,  c'»>l,  tians  l«ur  vie 
courante,  «lans  leur>  juj^'ements  mondains, 
leur  supn^me  religion  |)our  les  p4?rsonnes  mo- 
biles, prime -sautirn-,  •  vivantes  *,  leur 
mépris  pour  les  grns  réflt*<:hi3  (je  dis  meprU; 
on  ne  les  trouve  |)as  ennuyeux,  on  les  trouve 
i»/Vn>ii7*si.  Je  sai>  une  jeune  comtes>e,  orne- 
ment de  nos  salons,  dont  toute  la  |>enséc 
n*esl  qu'une  orgie  de  sursauts  discontinus, 
le  rais4jnnement  un  cyclone  d'impressions. 


H  8  BKI.l'lI  IHiOU 

le  jn^cnieiil  un  cli(|ii('ti^  d'iinaj^es;  elle  a 
doiint'î  la  mesure  de  sa  puissance  intelle<*- 
tiK  lie  quand  elle  a  couiparé  le  profd  d'une 
illustre  feninit;  de  poète  à  celui  d'un  couteau 
à  j)oissou  et  l'un  de  nos  hirsutes  d'institul 
a  un  écureuil  (mi  chaussons  de  lisière.  Le 
monde  ne  se  contente  pas  de  l'aimer  et  de 
lui  Taire  fête  comme  on  doit  aux  enfants; 
il  la  trouve  un  exemplaire  humain  supérieur 
à  Newton. 

dette  jeune  comtesse  fait  parfois  songer  à 
ce  passage  de  Proudhon  :  «  .l'ai  une  petite 
fille  (jui,  à  trois  ans,  cherchant  des  mois 
pour  les  choses  qu'elle  voit,  appelle  un  tire- 
bouchon  chf  (le  la  bouteiUe:  un  abat-jour, 
(lui peau  (le  la  lampe;  l'éléphant  du  Jardin  des 
plantes,  pied  de  nez:  un  glaçon,  pierre  de 
glaee;  les  dents  de  >oi\  jK'i^Mie,  doigts  de 
peigne,  etc.  Cette  enfant  a  loulc  la  j)hilosophie 
qu'ellt'  aura  jamais  et  (ju'uuc  femme,  par  sa 
I>ropre  force,  j"'ul  ac(juérii-  :  des  à  peu  près, 


II 


liKLPHÉGOR  119 

des  analogies,  di.»s  fausses  ressemblants, 
des  drôleries;  rien  de  défini,  ni  analyse,  ni 
synthèse,  pas  une  idée  adéquate,  \ms  onil>n' 
d'une  cona'ption.  » 

L't'stiiualion  syslénialiiiui'  dei^  |)ersonne> 
en  raison  <lr  leur  vivacité  d'esprit,  et  non 
de  leur  jugement,  semble  une  chose  assez 
récente  dans  la  société  française.  Elle  parait 
avoir  été  inconnue  avant  le  xix'  siècle. 
Retz  déclare  n'avoir  vu  que  M""  de  Che- 
vreuse  •  en  cpii  la  vivacité  supplé;\t  au  jui:e- 
menl  •,  et  il  ne  se  montre  point  ulti*a-friand 
de  ce  genre  de  mérite.  Tout  le  monde  sait 
que  les  |K)rtraits  de  M"'  de  Scudéry  exaltent 
infiniment  plus  la  justesse  de  l'esprit  que 
sa  fantaisie;  qu'elle  |)ense  faire  l'éloge  d'une 
temme  en  disant,  par  exemple,  que,  «  (|uel- 
que  prompte  que  fût  son  imaj:i nation,  elle 
ne  devançait   jamai>    son   juf;ement.    •   d) 

(  1  )  Portnil  de  la  roaitewe  de  Maure,  dann  U  Grand  r^rm 


120  BF.I.PHKGOU 

Médiloiis  encore;  l'évaluation  (jui  |iriiaît 
clans  CCS  lignes  :  «  Son  esprit  (à  la  duchesse 
(lu  Maine)  n'emploie  ni  tour  ni  figure, 
ni  rien  de  ce  (lui  s'appelle  invention. 
Fra[)pé  vivement  des  objets,  il  les  rend 
comme  la  glace  d'un  miroir  les  réfléchit, 
sans  ajouter,  sans  omettre,  sans  rien  changer. 
J'avais  donc  beaucoup  de  })laisir  à  l'en- 
tendre. »  (M""  de  Slaal-Deiannav.)  Cet  éloge 
de  l'esprit  objectif  cluz  une  mondaine  et 
par  une  mondaine,  est-il  rien  (pii  sépare 
autant  l'ancienne  société  française  de  la 
iiolre? 


VOI.OMTK    yi  E    I     \\\\     -"li     KX.M.TK. 
PKHFEC.TIO.N.NKMKM     l>l     MATliRlKL    LVHIQL'K. 

l'ii  autre  aspci  I  de  la  volonté  cpTonl  nos 
contemporains  (ré|)rouver  de  rcniui  par  les 
produits  de  l'esprit  est  le  goût  extraordinaire, 


BELPUÉGOR  121 

presqiio  exclusif,  qu'il?  nianiro>lent  pour  la 
lilléralure  earalUe  ou  «In  moius  pathi'ti<iue. 
On  |Kiul  dire  qua  très  peu  d  exceptions 
prôs  (|>ar  exemple,  M.  Anatole  France,  dont 
aussi  bien  la  fortune  <mi  a  jùti),  tous  les 
auteurs  inouïes  du  puhli»*  depuis  vingt  ans, 
—  MM.  Ikirns,  Maeterlinck,  Homain  Kol- 
land.  Suants,  Claudel,  Péguy,  Adam, 
L.  IJerlrand,  —  sont  des  auteurs  vibrants^ 
la  plupart  an  ton  extrêineraenl  mont»'*, 
constamment  sous  pression.  II  semble  que 
l'écriture  temjHlTéo  et  raisonnal>le  ait  (ktiIu 
toute  esptVce  de  valeur  estbétique  [HDur  la 
société  française,  chose  tout  de  même  sin- 
j^ulière  chez  les  descendants  de  ceux  qui 
avaient  fait  l'accueil  (pi'on  sait  aux  écrits 
de  La  Bruyère  et  donné  dix-huit  éditions 
en  deux  mois  au  livre  de  Montesquieu.  On 
ne  demande  où  est  aujourd'hui  la  mondaine 
qui  croirait  niliaisser  un  auteur  en  disiint 
que  «  sa  clarté  est  celle  de  Téclair  et  sa  cha- 


12-2  in-LPHÉGOR 

leur  celle  de  la  lirviv.  ..  (1)...  Toutefois  le 
plus  intére.ssanl,  c'est  la  véritable  science 
qu'a  nionlrée  la  i)résenle  société,  par  l'entre- 
mise de  ses  écrivains,  à  perfectionner  l'ar- 
senal de  Texallation  littéraire,  à  décupler  le 
rendement  de  celte  source  d'émoi. 

On  a  d'abord  furieusement  intensifié  les 
sources  naturelles  ilu  lyrisme,  celles  où  il 
puise  depuis  (pi'il  existe,  <'l  (|u'un  roman- 
tique (i.)  énumérait  un  jour  avec  toute  la 
candeur  souhaitable  :  ramoni-.  la  religicui, 
le  i)atriolism(*,  la  mélancolie.  Pour  ce  (pii 
es!  du  lyrismede  l'amour,  ilsullitde  nommer 
telle  de  nos  «  dionysiennes  »  pour  dire  si 
on  a  su  le  corser  depuis  le  jour  où  U'>  ber- 
qniii.ub's    d'iiiu»     |)(V<bord<'s-Valmor(*    sem- 


'1)M""du  D.lT.-md  sur  .l.-.l.  UotKsoaii  .29juinel  I776i. — 
Le  Mercure  frattrais  du  27  juillet  !"•.»;{  |)arle  aussi,  pour  1«- 
tlt'ploiTr,  du  ton  .onlinuelloment  oxaltr  delà  lilttTature 
d'aloi-s. 

('h  De  Blossevillc.  ^Voir  Des  firango*  '-  P'»"^"  i<<i. ■,■.,:,„ 
soxtn  ta  Hestaurotion,  p.  "230.^ 


l(RI.I'liK«.OK  123 

bluient  ie  dernier  mol  «ie  réréthis^ine.  En 
fait  lie  lyrisme*  reli^'ieux,  convenons  que  les 
extases  d'un  I^mîirtine  sont  des  oraisons  de 
|)etite-lille  auprès  des  •  anéantissements  au 
divin  "  où  nos  p;ns  se  plonjçenl  avec  un 
Vrrlainr  ou  des  foudres  ji'hoNique?  qu'ils 
brandissent  journ»*llement  avi^:  un  Claudtl. 
Les  chants  de  j^ueri-c  d'un  Ikirbier,  d'un 
Delavigne,  voire  d'un  Déroulèdo?  bruits  de 
trompette  d'enfant  «^  côté  de  celte  fanfare  de 
gaUicité,  de  celte  curée  de  l'étranger,  qu'on 
sonne,  au  coin  du  feu,  avec  M.  Hostand.  Au 
reslft,  la  puissiujce  émotive  du  lyrisme  ^«trio- 
tique  a  été  |)ortée  au  centuple  [>ar  la  suivante 
combinaison  <|u*on  en  a  faite  de  nos  jours 
avec  des  lyrismestjuine  lui  sont  pas  nécessai- 
rement liés  :  lvri>ine  de  la  raa»,  de  1'  •  obé- 
dience à  DOS  morts  »,  du  «  déterminisme 
national  »,  avec  le  romantisme  historique. 
Quant  au  lyrisme  de  la  mélancolie,  on  peut 
alFirmer  que,  en    lanl    que    vniiment   dis- 


124  HFMMIKGOR 

pensateur  de  volu[)tiieiise  dissolution,  il  est 
une  invention  de  ce  temps.  Qu'est-ce  rjue 
les  désenchantements  —  tout  oratoires  — 
d'un  Olympio,  qu'est-ce  que  les  tristesses 
toutes  plastiques  d'un  Chateaubriand,  au- 
près de  ces  états  d'ûme  proprement  épan- 
dus,  de  ces  lassitudes  vraiment  mortes  à 
toute  armature,  à  toute  arête  vive,  où  no.-^ 
conteniporains  seront  venus  s'évanouir  avec 
M.  Barrés?  Qu'est-ce  que  le  culte  de  la 
mort,  tout  liin'aire,  tout  conceptuel,  chez 
un  Léopardi,  chez  un  Leçon  te  de  Lisle,  en 
regard  de  ce  capiteux  évanouissement  de 
l'être,  pur  sentiment  exempt  d'idée,  qu'ils 
viennent  goûter  dans  la  Mort  de  ]'enise,  et 
({u'un  moraliste,  il  y  a  cincjuante  ans,  sem- 
blait pressentir  dans  ces  mots  :  -.  Écoutez- 
là  (la  mort  pleureuse),  h  précJieuse  é(|ui- 
v()(jue,  vague  et  mollf,  nageant  au  Hot  des 
rêveries,  mêlant  à  la  doulcurje  ne  sais  quoi 
qu'on   aime,    le-  douces  et  saintes  larmes, 


liKLi'iii  «.«m  125 

de  deuil?  âe  plaisir?  on  ne  sait...  >  (1)  La 
littérature  morticole  aura  été  un  don  fait  U 
la  France  par  nos  contemporains  d). 

Aussi  bi«*n  a-l-on  vivement  inlcnsifir  une 
autre  source  traiiitiunneile  cJe  pathétique  : 
le  lyiisme  du  th  y  stère.  On  |)eut  même  dire 
qu*on  Ta  proprement  créé.  Qui  comjxirera, 
en  effet,  ce  qu'est  ce  1  vrisme  chez  nos  maîtres 
de  1830,  [)our  f|ui  les  choses  sont  •'  mys- 
térieuses »  entre  cent  autres  «pithètes  du 
bric-à-brac  romanli(jiie  et  quasi  automati- 
quement, comme  chez  Homère  l'aurore  est 
«  aux  doigts  de  rose  •  ou  les  conseils  de 
Z«»us  -  incorruf»tibles  -,  avec  la  sombre  a|H 


1)  Mirhelet,  la  Bible  de  rhumanilè,  Ylll. 
i  On  n'a  peut-être  pas  asMi  remarqué  que  Chateaubriind 
*  tn  rvfvrrr,  bien  aur.  - —        ^  oir, 
!iv.  lit,  rh.  II  :  •  Du  i>ai- 

•' '-   ••—  -M  : 

.{ui 
irti 
lu- 


d..r  r> 

' 

' 

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■  r.tii; 

•  J'ai  eu  un 

rru  a 

n'cttau  f 

.  .1 

pria  ou 

rheftM  Uc 

. 

MtitaH,  p. 

%k 

.) 

126  BKLPHKGOK 

plicalion  que  mettent  nos  bardes  à  prendre 
de  cet  aspect  des  choses  une  conscience  toute 
spéciale,  au  point  qu'ils  lui  consacrent  par- 
fois (Maeterlinck)  des  ouvra^^e^  tout  entiers? 
Ajoutez  la  volonté  qu'ils  ont,  aux  grands 
applaudissements  de  leur  public,  de  ne  j)lus 
faire  état  dans  la  nature  que  de  ce  qui  leur 
paraît  mystérieux,  de  rejeter  comme  indigne 
d'intérêt  loni  ce  (pii  leur  semble  intelligible. 
«  Je  délaisse  un  livre,  prononce  un  de  leurs 
porte-voix  les  plus  lidèles,  dès  qu'il  a  perdu 
son  mystère.  »  (1)  Jls  diraient  volontiers,  au 
rebours  d'un  mot  célèbre  :  «  La  seule  chose 
dont  on  se  lasse  tout  de  suite,  c'est  de  com- 
prendre. »  Notons  encore  l'extraordinaire 
extension  (pi'a  reçue  le  champ  de  ce  lyrisme; 
comme  on  ;i  su,  aux  mystères  dont  se  con- 
tentaient nos  |»ères  (mystère  île  l'amour,  de 
la  femnfe,  de  l'enfant),  en  njouler  d'autres 

il)  Le  Voyai/p  de  Spfirte,  p.O. 


LKI.rilIJiOR  127 

et  non  moins  ôniouvants  :  mystère  de  la  race, 
des  foules,  «le  l'animal,  etc...  (11.  Toutefois 
le  plus  remarf]ual>le  ici,  c'est  la  nette  volonl»* 
qu'ils  ont,  non  plus  (jue  Tart  leur  fasse  sim- 
plement former  l'u/fV  de  mystèn%  mais  qu'il 
les  lrans|)ortc  en  cet  état  où,  à  l'évanouis- 
sement de  toute  idéi»,  ils  pourront,  les 
yeux  mi-clos  et  les  l/ivresenlr'ouvertes,  jouir 
de  l'éternelle  a^noscihilité  des  choses.  Avec 
Victor  llupo  ils  voulaient  pa/7f»rdu  mystère; 
avec  M.  M;eterlinck,  ils  vcident  s'y  évanouir. 
On  sent  le  progrès. 

Mais  le  plus  significatif  en  cette  alTaire, 
c'est  la  création  d'une  source  lyri«pie  entière- 
ment nouvelle  et  merveilleusement  féconde  : 
nout  voulons  dire  le  lyrisme  monil  ou  plutôt 
moraluite.  Par  un  vrai  coup  de  génie,  on  a 
compris  quelle  admirable  occiision  de  juithé- 


ti  N'oablioQs  pat  l'exploiljition  de  plus  rn  plu»  inlonw, 
p»r  U  lill'-rature,  «lu  niv»ir>n>  chrétien.  Vuir  la  note  I  à  la 
tin  du  Tolume.i 


128  HELPIIÉGOn 

tique  c'était  que  de  s'exalter  pour  tel  mode 
nioi'ûi,  ou  politique,  ou  esthétique,  et  Ton  a 
ouvert  à  l'exploitation  du  lyrisme  ridée  de 
r(deur  ou  du  primat  de  telle  ou  telle  manière 
d'être  ou  de  sentir.  On  s'est  mis  alors  à  vibrer: 
avec  Nietzsche  pour  le  primat  de  la  morale 
guerrière,  avec  M.  Barrrs  pour  le  primat 
de  la  volonté,  avec  M.  Bourget  pour  celui  de 
la  tradition,  avec  M.  Maurras  pour  celui  de 
la  culture,  de  la  discipline  intellectuelle, 
de  la  raison,  avec  M.  Uomain  Rolland  pour 
celui  de  l'inculture  et  de  la  spontanéité,  etc. 
En  même  temps,  par  un  autre  coup  de 
maître,  on  dérrétait  que  la  supériorité  d'un 
mode  moral  ou  esthétique  n'est  pas  une 
chose  que  l'on  démontre,  mais  seulement 
(jue  Ton  sent,  que  l'on  aime;  que,  par 
suite,  rapnirc  d'une  vah-ui-  n'est  teini  à 
aucune  preuve,  à  aucune  logique,  à  aucune 
cohérence.  On  a  ainsi  ouvert  la  porte  à 
un    prophétisme   échevelé    (dont    Péguy   et 


BELIMIKGOII  129 

M.  <llaudcl  sont  d*as>ez  bons  exemples),  aux 
afllrnialions  d'autant  \A\i<  jHToinpIoires 
qu'elles  sont  plus  j:çratuitrs,  d'autant  plus 
stridentes  qu'elles  sojit  plus  cunlradictoires; 
v»*Tilable  catapulte  verbale,  dont  les  >ociétés 
les  plus  avides  d'émoi  r.e  s'étaient  f)oint 
encore  avisées. 

On  s'est  mis,  disons-nous,  à  vibrer  jk^ut 
le  primat  de  la  raison.  On  ne  voit  pas,  en 
effet,  pounpioi  l'amour  de  la  raison  ne  serait 
pas  un  thème  lyrique  tout  comme  un  ;jutre. 
Il  est  clair  qu'on  jKîut  fort  bien  |M)rler  la 
main  à  la  ^rarde  de  son  épéc  et  prendre 
des  attitudes  castdlanes  en  prononçant  :  «  Je 
suis  classicjue,  moil  »  :  comme  ce  héros  d'un 
roman  contemporain  (pii  brandit  une  chaise 
sur  le  crâne  de  son  intiTlo«uleur  en 
s'écriant  :  «  Khi  moi,  monsieur,  je  suis  un 
républicain  modéré!  •  I>;  romantisme  de  la 
raison  était  tout  indiqué.  Encore  fallait-il  y 
jïcnser.  (Voir  la  not^  J  à  la  fin  du  volume.) 


130  BELPHKf.OR 

Marquons,  d'ailleurs,  chez  nos  mondains, 
en  dehors  de  ce  goût  du  lyrisfiie  moraliste, 
un  réel  moralisme,  une  réelle  absor[)tion  par 
les  passions  morales.  Tout  le  monde  peut 
conslater  que  le  ramage  des  boudoirs  s*ali- 
menle  infiniment  plus  de  discussions  morales 
ou  politiques  (ju'intellectuelles  ou  littéraires.. 
Marquons-y  surtout  une  volonté  de  pesanteur, 
de  dogmatisme  dans  le  traitement  des  ques- 
tions, un  total  refus  de  légèreté  (au  meilleur 
sens  du  mot).  Nous  avons  fait  allusion  ailleurs 
(1)  à  cet  auteur,  éminemment  capable  du 
trait,  comme  l'ont  montré  les  écrits  (\o  sa 
jeunesse,  et  qui,  depuis  vingt  ans,  s'interdit 
tout  sourire  et  ne  quitte  plus  le  solennel,  par 
obédience  au  beau  monde,  (hi  n'a  f)eut-étre 
piis  assez  remarqué  que,  bien  avant  1914  et 
alors  qu'elle  n'avait  aucun  sens  de  la  gravité 


(I)  /.es  Scntimenh  île  Ciitias.  p.  ISi. 


BELPHÉGOR  131 

lU»  riifun*,  la  société  française  ne  connais- 
sait plu>  limnie. 

Fin  fin  un  autre  trait  de  génie,  dans  la 
?riéme  direction,  a  été  d'ouvrir  au  lyrisme 
rex|iloilalion  do  certaines  théories  scien- 
lili<|ues  cl  pbiloso|)lii«|ue>i  c;i|»al>Ies  de  lyri- 
*atii)n,  —  en  les  simplifiant,  hien  entendu» 
^t  les  déformant  an  pn*alalile,  comme  il 
ronvienl  |M)ur  ce  «;enre  de  traitement.  C'est 
ainsi  qu'on  a  livré  a  l'exaltation  littérain' 
la  théorie  du  déterminisme  de  Taine,  plus 
piirliculièrement  du  déterminisme  de  la 
race  (lyri?»ée  par  M.  Harrés),  la  théorie  de 
la  conservation  de  l'énergie  (lyrisée  sous  le 
nom  de  UelnurHeinel  par  Nietzsche  et  M .  Mae- 
(«rlinckl.  la  th»*<)ri«'  de  la  constance  biolu- 
«jiqne  (théorie  de  Quinton)  lyrisée  par  M. 
liourgel,  la  théorie  de  l'inconscient  (lyrisée 
l>ar  M.  Mailerlinck).  Au  surplus,  ce  lyrisme 
scienti-f>hilo>ophi(iue  est  aussi  un  effet  de 
la  prétention  (pi'a  toujours  eue  le  romantisme 


i:{2  i;i:Li'iii';GOK 

d'être  familier  avec  la  liant»'  pensée  abstraite 
(non  sans  la  protéger).  On  sait  (jue,  tout  en 
serrant  dans  leurs  bras  Sienne  et  Grenade, 
nos  bardes  citent  volontiers  Kant  etSchleier- 
niacher,  satisfaisant  ainsi  ces  deux  besoins 
dont  la  synthèse  caractérise  une  sociét»^ 
démocratique  :  soif  d'émotion  et  scolarité. 
Un  des  effets  de  cette  esthétique  a  été  que 
maint  antenr  contemporain  s'est  condamné 
an  lyrisme,  alors  (pie  sa  nature  était  rien 
moins  ({u'échevelée.  «  Ils  portent  tous  le 
thyrse,  dit  Platon,  mais  peu  sont  |K)ssédés 
par  le  dieu.  »>  On  a  vu  naître  alors  un  lyrisme 
châtré,  une  sorte  de  saturnales  d'instituteurs, 
dont  M.  Jiomain  Holland  oIVre  un  assez  bon 
exemple.  C'est  Hollin  à  Caprée.  Au  reste, 
chez  tels  de  nos  Pindares  et  malgré  leurs 
eiïorts,    l'esprit    critique    est    toujours    là, 

(Jiii  r;ini|H'  dans  sa  fang:e  et  s'y  croit  ii:ri<iré. 


BELl'IlKGOn  1  t3 

M.  Paul  Souday  n*a-l-il  |)ii-s  signalé  (1),  chez 
Tun  de  nos  pins  ItMrihlos  |)onrron<ieurs  de 
ct'l  esprit,  certains  morceaux  (et  peut-être 
de  ses  nicilleurs)  qui  sont  de  la  pure  rri- 
ticpie?  Oliî  riinpilovab!»'  Mnalvste. 


VOI.0MK    Q\V:    LV    CRlTlCtCE,    I.  ni>TOinK«    LA    SCIK.NCE, 

L\    rmi,(»>OI'HIK    SOIENT    KMOt VANTES. 

I.E    PAM.YHISMF. 

Kniin,  et  c'est  évideniment   la    I«iir   pins 

l>eau  coup  d*audace,  on  s*est  mis  à  demander 

«le  Ténioi,   el   nni(juement  de  l'émoi,   à  la 

rilitjue,  à  l'histoire,  à  la  science,  à  la  i»hi- 

losophie. 

On  a  voulu  que  laoliMlc  du  critique  rnn- 
«^islAl,  l'Ile  aussi,  à  «  symjiiithiser  »  avec  son 
|H*rsonnage,  à  *  coïncider  »>  avec  le  «  dyna- 
misme »  de  son  être,  hors  de  toute  fonction 

I    Tempe,  31  jan\ier  1912. 


\'M  BELPHEGOK 

inlellecluelle  el  proprement  jugeante.  De 
pures  unions  mystiques  avec  !'«  âme  »  de 
Villon,  de  Pascal,  de  Beethoven,  de  Tolstoï, 
de  Dostoïevsky,  de  saint  Aupistin,  simples 
états  du  c«pur,  simples  actes  damour,  ont 
été,  pour  cette  raison,  saluées  de  vraie  cri- 
tique, de  seule  critique.  Le  subjectivismc, 
le  lyrisme,  ont  été  formellement  présentés 
comme  des  valeurs  en  celte  matière.  Celui-ci 
reproche  à  un  censeur  d'avoir  mal  jugé  un 
ouvra.i^^e  à  prêtent  ion  nettement  criti(iue  (Les 
Jeunes  Gens  cV aujourd'hui  par  Airathon)  [xirce 
(ju'il  en  a  méconnu  !»•  »  lyrisme,  latlitude 
sentimentale  qui  en  lait  tout  l'intérêt  »  (l);cet 
autre,  attaqué  sur  rinsuffisance  documen- 
taire d'une  de  ses  œuvres  qui  vise  manifes- 
tement à  l'exéjxèse  La  Colline  inspirée),  croit 
se  justilier  en  se  plaignant  (ju'on  ne  le  prenne 


(\)  J.  Florence  contre  M.  Paul  S.>u<l.i\  'l.esLc  tis  ftançuis, 
janvier  1914) 


UELniK(.OR  135 

|>afl  «  dans  son  (loi,  dans  son  abondance,  dans 
sa  direction  »;  nii  troisit'me,  tiarcclé  [tour 
rinanité  critique  d'une  étude  sur  Saint- 
Augustin,  aux  allures  nettement  dogmatiques, 
|H;ns4î  dt'sarmer  son  adversiiire  en  déolaran! 
qu*il  a  voulu  «  communier  av«M'  Vàme  »  de 
ce  K^and  homme.  Notons  bien  qu'il  ne  s'agit 
point  ici,  chez  nos  esthètes,  de  rendre  à  la 
sensibilité  personnelle  du  critique  la  |»^irt 
qu'elle  doit  avoir  dans  l'effort  pour  com- 
prendre les  mouvtMiients  humains,  et  (junnc 
certaine  école,  dite  scientifique,  —  «  tout 
par  les  fiches  ,  —  avait  méconnue  (I): 
il  s*agit  de  lui  taire  louU  la  ptace^  à  l'exclu- 
sion de  toute  autre  activité.  Le  subjectivisme 


par  un  |-  .ml 

d'unf  h^  >es 

le 
.>n 

«le    .  .1:1    ;l     r...  •.    l-ul   .«     fjil 

uni,  '  III  au  m<  niaiimondr 

«ubjriut     iita   " ,  |  :■  uiii.    un  IcrOie  *i'-  •  ii.i'|iir,  rUe  »*CH'CU|K' 
d«'  Irur  rornIaln«n.   • 


13(j  B  ELI' Il  KG  OR 

doit  rtre  la  ruéthode  critique  (  1).  Aussi  bien, 
le  ton  monté,  Vos  warjua  soualurmu.  dont  nous 
parlons  plus  haut,  a  été  (Hondu  à  la  cri- 
ti(|uo.  <Mi  a  inau.uuré.  \  IsihK'nn'iit  pour  la 
grande  joie  de  tout  un  public,  une  sorte 
de  critique  patiiéliipie,  inconnue  jusqu'ici 
I>arnni  les  genres,  et  dont  voici  (jueKjues 
exemples  :  «  Ce  regard,  css  inflexions,  celte 
volonté  (d'un  héros  de  Ch.-L.  Philippe),  ah! 
ce  n'es}  pas  seulement  un  personnage  de 
roman  (prils  nous  font  reconnaître,  mais 
une  plus  réelle  ligure,  etc.  t>  Ou  encore  : 
«  Mots!  je  ne  vous  laisserai  pas,  même  mois, 
et  je  ne  vous   liendrai   |»as  (ppttes,  tant  que 


(1)  On  trouvera  ocllc  »  onceplion.  r\ primé»'  :\\'oc  toule  la 
mndeur  souhaitable,  dans  rinlrodu.  tiou  mie  M~*  dr  Caja- 
rtoilo  a  jnisc  en  Irte  de  sa  liùtt/rnjtliie  de  Sophie  Koini- 
letrshij.  •  Ce  n'est  pas  la  vérité  objective,  s'écrie  cette 
femme  du  monde,  que  je  ehcrehe  dans  l'Iiisloire  de  Sophie. 
«Jue  si^Miifh'  d'ailleurs  la  vérité  objeeiivc  lorsqu'il  s'agit 
d'expliquer  une  Ame?  »  I/auteur  aflirme  alors  si  résolution 
de  dé»  rire  Viimv  en  question  '  avec  son  point  de  vue  parti- 
eulier  >«»ir  «die  »,  et,  très  évidemment,  elle  ne  conçoit  pas 
qu'on  pui'^sc  faire  de  la  critiqu»-  dans  un  autre  esprit. 


1. 1. 1.  r  II  I  '.  I  •  i( 


137 


VOUS  aurez  encore  quelque  chose  à  dire. 
Nous  ne  vous  laisserons.  Seigneur,  que  vous 
ne  nous  ayez  bt^nis.  »  (I)  Kn  inùmc  temps, 
on  a  voulu  que  la  critique  n«*  traitât  que 
(le  rindividu,  qu'elle  proscrivit  toute  notion 
de  classe  d  esprit,  tout  (jtnre,  tout  rapport, 
li>u».e  loi  (c'est  le  culte  de  Sainle-lk'uve,  du 
moins  de  celui  des  Lundis,  qu'on  v»ut  voir, 
d'ailleurs,  \An^  individualiste  encore  qu'il 
n'est);  et  aussi  (|u'elle  ne  consistât  qu'en 
impressions^  en  «  intuitions  »,  (ju'elle  répu- 
ditll  tout  essai  de  vue  d'ensemble,  toute 
systématisation,  bref  tout  ce  qui  jwurrait,  par 
malheur,  donner  lieu  à  penser.  Ou  se  sou- 
vient avec  (juelle  f«*rvcur,  dans  la  célèbre 
joute  d'Anatole  France  el  de  Hrunetiêre  sur 
la  nature  de  la  critique,  ils  ont  erabrass*'; 
la  doctrine  du  premier,  résolus  d'ignorer  que 
les    éblouissanti-*^    volutes    d'Ariel    laissent 


It  S'iHirfUe  ftrvMe  (mn^tite,  pa<i*iiii. 


i38  BELPHÉGOR 

inlarte  celle  fois  la  position  de  Caliban,  el 
qu'on  peut  concevoir  une  critique  littéraire, 
parfaitement  «ligne  de  ce  nom,  qui  soit 
pourtant  autre  chose  qu'un  délicieux  bruisse- 
rnrnt  d'impressions  en  vol  libre  (1). 

Marquons  aussi  leur  désir,  —  impliqué 
encore  dans  leur  culte  de  Sainte-Beuve,  — 
que  la  critique  leur  fasse  considérer  des  étals 
psychologiques  plutôt  fjue  des  •  i)hénomèues 
littéraires  »,  des  âmes  plutôt  que  des  a'f/rnvs. 
On  sait,  —  et  c'est  certainement  un  des 
grands  éléments  de  sou  succès,  —  combien 
d'études  l'illustre  critique  consacre  à  des 
auteurs  dont  rim})ortance  littéraire  est  quasi 
nulle  (femmes,  magistrats,  «ourtisaus,  mili- 
taires), mais  dont  les  écrits  lui   sont   une 


;1)  Kst-il  Iteâoin  de  dire  que  la  critique  de  M.  Anatole 
France  est  bien  aulr»'th<isoqi»'im|)rossioiini5te.  mais  pleine 
de  ces  vues  d'riKscmbh'.dc  c«*s  «oordi nations,  dont  l'auleur 
veut  si  vivement  paraitre  ind«miie?  Hi«n  de  pins  signili- 
catif  du  gi*ùt  public  i|ue  l'acharni  inent  de  tant  de  maitres 
modcrnrs,  —  Henan,  France,  Lriuailre,  —  •  """«^  •'"■" 
croire  rpi'ils  n'ont  point  d'idée-^  organiwîcri. 


BKLIMiKGOR  l'^O 

occasion  de  poriraicturer  une  Ame;  corniuL'ii 
volontiers,  jM»nr  les  maîtres,  il  s'altiulie  à 
leurs  pnxJuclions  secondaires,  notes,  brouil- 
lons, lettres  intimer,  plutôt  qu'A  leurs 
grandes  œuvres,  souvent  beaucoup  moins 
expressives,  en  elTet,  de  leur  psychologie. 
Ce  culte  de  nos  contemj)orains  pour  Sainte- 
Beuve  se  compltlc  ici  par  leiir  haine  de 
Taine  en  tant  que  lui,  au  contraire,  utili>e 
la  psychologie  de  récrivain  jKiur  expliquer 
son  œuvre,  *  replace  au  premier  rang  de 
féludecritique  les  M'uvres  litténiires,  courues, 
ainsi  qu'il  faut,  comme  des  œuvres  d  art, 
qui  doivent  rexi>tence  à  leurs  autours,  mais 
qui,  enlin,  se  sont  dèhuhées  de  leurs auteun^  et, 
sinon  vivent,  «In  moins  existent  |Kir  elles- 
mêmes,  dans  h'ur  imité,  identité  person- 
nelles. •  (1) 


•  I   Un*on.  Ilniime»  H  /icra,  avant- ftropo»,  el  «  l'Hiftloirc 
littéraire  et  U  Sorioiogîe   •    ^It^t-ue  tie  meêaph§9yf*iê  et 


140  ni-LPIIKGOR 

On  ne  saurail  trop  dénoncer  celle  volonlé 
(le  nos  conlem[)orains  de  considérer  les 
(Buvres  l'ar  rapport  à  hi  personne  de  lenra 
(luteurs,  jamais  en  elles-mêmes.  Cest  une 
des  meilleures  preuves  de  leur  application 
à  éprouver  de  rémoi  par  les  produits  de 
l'esprit,  à  éviter  tout  état  inlcllecluel.  Hen- 
conlrent-iis,  par  exemiile,  c«'tle  pensée  : 
«  Une  femme  ouMie  d'un  homme  qu'elle 
n'aime  plus  jusqu'aux  faveurs  qu'il  a  reçues 
d'elle  »?  Croyez-vous  ([u'ils  vont  s'appliquer 
à  goûter  la  valeur  de  la  remarque,  à  en 
discuter  la  portée,  à  adminM'  le  bonheur  de 


de  momie,  juillet  lîHVt.i  On  Irouxora  une  crilicjm»  de  la 
inéthodo  do  Sainte-lU»uve,  faite  du  in«"n)c  point  de  \tie,  chez 
Othenin  d'H;iMS>"n  ville  iHpinedes  heii.v  Momies,  févr.  187r>i  : 
M  11  V  a  inn'  hcaulé  lilttrair»',  imp»  rsonnello  en  qurl(]ue 
sorte,  pnrfaitonient  distincte  de  lauLur  lui-même  et  de  son 
organisation,  beauté  qui  a  sa  raison  d"»'lre  et  ses  lois,  dont 
la  critique  est  tenue  de  ivndre  compte,  lit  si  la  critique 
considère  cette  lAche  comme  au-«lessous  d'elle,  >i  c'est 
affaire  à  la  rliétoricjuc  et  à  ce  que  Saintc-Heuve  ap|tclle 
dédaigneusement  les  (Juintilicn,  ahira  la  rli«'lorique  a  du 
bon  et  les  Quintilicn  nr  sont  pas  à  d<'daigner.    » 


i;  h  I  r  II  I  i.u  i;  1  »  1 

roxprc^sion?  Pas  du  tout;   ils  rhercheront 
quelles  circonstances  de  la  vie  de  La  Bru- 
Y<^re  ont  pu  lui  sujrgfrer  ce  mot,  s^l  a  aim*^, 
s'il  a  été  (juilté,   s*il   a   soulTert...    Mais  où 
celle  volonté  est    le   plus  significatif,    c'est 
i|uand  il  s'agit  «l'ouvrages  nettement  porteurs 
d'idées,  et  qui  vivent  en  tant  rpie   tris,  de 
ceux  d'un   Moutesipiien.  «riiii   (îui/.ot,  (ruu 
Auguste  ()omte.  N'allez  j>as  leur   |»arl»*r  de 
ces  idées  p(»ur  elles-mêmes,  de  leur  action 
dans  le  monde  en  tant  cpi'idées  et  détachées 
de  leur  auteur.   leur    montrer   j».ir  (pielles 
transformations  c'est  encore  ell»*s  rpii  nous 
ni)urris«nt    aujourd'hui.     Tout    cria     leur 
semble  oiseux.  Mais  contez-leur  que  Rous- 
seau   découvrit    sa    doctrine    de   la    lK)nté 
naturelle  di;  l'homme  <uv  la  route  de  Vin- 
cennes,  en  allant  voir  Diderot,  et  dans  une 
telle  agiL'ition  qu'il  n'en  pouvait  plus  respi- 
rer, ou  que  tellr  vue  d'Auguste  ('A)mle  qui 
a   bouleversé   la   philosophie  est  due  ii  ses 


442  BFLPHÉGOR 

rapports  avec  Clolilde  de  Vaux;  voilà  pour 
eux  la  vraie  critique,  et  qu'ils  accla- 
ment. 

Ne  se  plaît-olle  pas,  elle  aussi,  aux  per- 
sonnes philcM  qu'aux  idées,  cette  critique 
qui  s'emploie  à  montrer  qurdle  fût  exacte- 
ment la  pensée  de  tel  philosophe,  dans  son 
esprit  à  lui,  et  |>orte  peu  d'intérêt  à  la 
déformation  sous  ln(iuelle  cette  pensée  s'est 
répandue  dans  le»  monde?  Sans  doute,  la 
piété  veut  qu'on  lave  les  grands  hommes 
des  excès  que  la  passion  populaire  leur  fait 
tenir.  Mais  n'est-ce  j)as  leur  pensée  aittsi 
Irahic  par  In  passiim  populaire,  qui  constitue 
proprement  l'histoire  des  idées  parmi  les 
hommes?  Hrunetière  ne  fait- il  pas  preuve 
d'une  profonde  sensibilité  à  l'histoire  sociale 
des  idées  (piand  il  dit  que  <*  s'il  est  intéres- 
sant de  savoir  ce  (pie  Descaries  a  pensé,  il 
l'est  hien  plus  encore  de  savoir  ce  que  ses 
contem[>orains  ont    cru  «ju'il  avait  pensé  »? 


itELniK'.OR  i4:{ 

Ksl-ce  bien  im|K>rtant  de  savoir  que  Jésus  a 
condamné  la  pi-opriété,  qu«*  Spinoz^i  admet 
le  gouvernement  autoritaire,  (|ue  Newton  n'a 
pas  cru  à  la  réalil»»  concrète  de  Tallraction 
universelle,  que  Darwin  n'a  jamais  lait  pro- 
fession d'athéisme,  alors  que  c'est  dans  la 
mesure  où  on  leur  fait  dire  le  contrait e 
que  les  philosof»hies  de  ces  }^ninds  hommes 
sont  devenues  des  id«es  embras^t-es  par 
l'humanité?  Au  rvîste,  le  véritable  goût  des 
idées  est  si  rare,  même  chez  rintellectuel 
|)rofessionnel,  qu'une  histoire  des  idées. 
proprement  considérées  en  elles-mêmes  et 
abstraction  faite  systématiquement  de  la 
[lersonne  de  h'ur>  auteurs,  n'a  [)0ur  ainsi 
dire  |x>iiit  été  tentée.  La  Philosopfuf  des  Cir-ets 
d'blouard  Zeller  reste  une  œuvi-e  à  peu  près 
unique  en  CAi  qu'on  en  a  pu  dire  (non,  d'ail- 
leurs, sans  quehjuv'  nuance  de  blâme)  que 
«  les  idées  y  sont  |)rése niées  dé|»oui liées  de 
tout  élément  humain,  de  tout  ce  c|ui  peut 


m  HELPIlKdOU 

rattacher  une  idée  à  une  âme  individuelle, 
à  une  sensibilité,  à  une  conscience.  »  (I) 
Voilà  qui  suffirait  à  assurer  au  critique 
allemand  une  vigoureuse  impopularité  près 
de  nos  esthètes.  Par  contre,  quelle  pitié 
(jue  le  pati'iotismc  leur  défende  d'embrasser 
li.-S.  Chamberlain,  pour  cpii  la  critique 
philosophique  doit  être  uniquement  biofjrii- 
phiquel  (Voir  son  étude  sur  Kant.) 

Pareillement,  ils  ont  voulu  que  l'histoire, 
elle  aussi,  consistrit  principalement  à  vivre 
les  battements  de  cœur  du  passé.  On  a  clame 
avec  le  maître  allemand  :  «  Toute  Thistoire 
comme  vécue  et  sou/ferle  {lersonnellement  : 
ainsi  seulement  elle  sera  vraie...  Pas  de  des- 
criptions; tous  les  problèmes  traduits  en 
sentiments,  jusqu'à  la  passion.   »   (;1)  On  a 


I    Ai.niKO  CiioisKT,  |>rêfa(i'  à  la  Iraduclion  française  ilcs 
l'inseurs  de  la  (hère  de  (ioinpcrz. 

'2iCilé  avec  tnUiousiasmo  dans  un  article  inlitnl»-  .^  Pas- 
cal il  Nietzsche  ».  [lievue  yermauuiite,  janvier  1914. 


I 


BKLPflKGOK  145 

voulu  ilVjiuy  cl  se.>  adeptes)  que  Its  vrais 
hisloriciis  fussent  les  chroniqueurs,  qui  river,( 
leur  époque  sans  vouloir  la  comprendre.  On 
a  fait  iiijule  à  riiistoricn  de  s*elTorcer  d*èlre 
im|Kirtial,  de  s'appli  picr,  selon  le  précepl»» 
antique,  à  n'être  pas  citoyen  »;  on  a  sou- 
haité, avoc  un  aulrc  Allemand  (Treilschke), 
qu'il  répudiât  cette  <  ohjectivilé  anémique, 
rigoureusement  contraire  au  vrai  sens  histo- 
rique »,  qu'il  écrivit  ■  avec  colère,  avec  indi- 
};nation  •.  On  a  voidu  trouver  dans  l'icuvre 
historique  PAnic  de  l'auteur  autant  que  celle 
de  ses  personnaj^es.  Ici  aussi,  la  subjectivité, 
qu'on  avait  jusqu'alors  déplorée  comme  un 
mal  inévitable  et  qu'on  IJchait  do  n'duire, 
a  été  honorée,  recherchée,  cultivée  Pour  un 
peu  on  fi»raità  Joinviilc  un  mérite  historique 
de  ce  qu'on  est  h  douter  s'il  n'a  i>as  plus 
écrit  sa  propre  vie  que  celle  do  son  héros, 
s'y  étant,  selon  la  rhirmanlc  expression  d'un 
contemporain,  •  deilrement  enrliAssi''  crimme 


146  BELPHEGOn 

fit  le  sculpteur  IMiidias  daus  les  plis  de  la 
robe  de  Minerve  ».  On  a  méprisé  l'érudition, 
non  pas  à  la  manière  de  Huet,  de  La  Bruyère 
ou  de  Montesquieu,  parce  qu'elle  exclurait 
les  idées  générales,  mais  parce  qu'elle 
(•  arrête  le  mouvement  p,  empoche  qu'on 
«  saisisse  la  vie  ».  Knfm,  ici  encore,  on  a 
repoussé  toute  vue  d'ensemble,  toute  coordi- 
nation des  faits,  toute  «  systémati(|ue  %  tout 
ce  qui  pourrait  ollVir  à  penser.  Nos  esthètes 
donneraient  toutes  les  vues  générales  sur  la 
politique  carolingienne  ou  sur  le  sens  du 
régime  féodal  pour  savoir  que  «  Jean-saus- 
ïerrea  passé  par  là  > .  Voilà  ce  que  demandent 
à  l'histoire  ceux  dont  les  ancêtres  délaissaient 
La  Barre  et  Massuct  pour  leur  «  manque 
d'esprit  philosophique  •>  iM""*^  du  Chàtelet), 
donnaient  vingt  éditions  en  quelques  an- 
nées à  V lîssQi  sur  les  vueurs,  tançaient  un 
mémorialiste  |)arce  «ju'il  rap|X)rtait  des 
«  bagatelles  iimlilc-  t^  ri  un  historien  parce 


I.  i.  1. 1'  ;:  r 


(|iril  affirmait  des  faits  sans  références  (1). 

Ici  encore,   Sainte- I^uvo  est   un   {mlron 

(un  peu  nirconnn  toultTois)  rie  nos  eslln'les. 


,f     fl....v    K.iin..  «4..    lA  -«o-M    IA7I 

i     V'    .  J..    V...,^,.r, 

M" 

z^»- 

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•rre 

<r.'. 

■le: 

.0: 

aldl- 

à  gagner  uu> 

ulrur  où 

on  a  |>ri.<4  rel  • 

•ùl  rni^ 

à  là  niar>;e  l'auteur  <|ui  a  «-t ni  >  et' 

len-z  un  j-iir  ]••  fruit  .|.-  m.  >    (.♦ 

dr> 

Kl  »ur- 

lOIll. 

il  lasul- 

tan>'  lit-  '>OII  (  tUit-trl  11-    i 

1  ;•-  a  leuf't  {immIs  •,  ceUt* 

mnarquc  :  '    Il  Tnl'  t;? 

m>'nf  :  Mah'»m«-l  tua  la 

»ttltinrcnl«ui 

ivoir(|uc 

ce  fut  «l'un  r. 

ir  «u*si 

k-.  / 

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mr   :  . 

ntr. 

Cwrcf  d«  M.  liOMoi 

1/|8  BKLPHKJ.OIl 

11  proclame  formelleniont,  à  propos  de  Sainl- 
Simon,  celle  supériorilé  de  Tliisloire  vrcue 
sur  celle  aulre  histoire  «  qui  se  fonde  sur 
les  pièces  mômes  cl  les  inslrumenls  d'Etal, 
les  papiers  diidomatiques,  les  correspon- 
dances des  andjassadeurs,  les  documents 
originaux  de  toute  espèce  »;  il  lance  la  pré- 
tention d»;  celle  seconde  hisloire  ù  recons- 
lituei'  le  passé  avec  se.**  «<  pièces  dites  posi- 
tives >  .  Ou  reconnaîl  une  fois  de  plus,  dans 
ce  dernier  mot,  la  mauvaise  humeur  de 
cet  impressionniste  contre  toute  lentative  de 
science  ou  de  philosophie  en  matière,  du 
moins,  de  faits  psychologiques.  Sainte-Heuve 
est  rincarnation  de  celte  tenue  inlellec- 
tuelle,  —  profonde  signature  de  reslliéliijue 
modern<\  —  «jui  donnerait  Kanl  avec  Spi- 
noza poni*  posséder  les  mémoires  d'Aspasie. 
On  a  \oulu  (pie  la  science,  elle  aussi, 
n'offrit  (pic  r«''niouvaiit  spectacle  de  vues 
soudaines  et  rapides,    «    d'intuitions    «  ;  et 


BKLIMIKt.OU  1  i9 

non  pas  quVlle  les  oiTrlt  à  simple  litre  d'in- 
vestigations provisoires,  comn>e  l'ont  voulu 
tous  les  savants  depuis  Descartes  jusqu^à 
Duheni,  mais  qu'elle  consistât  lonl  entière 
en  ces  mouvements,  qu'elle  ignorAl  l'idée 
organisée,  comme  aussi  le  raisonnement  et 
la  pensée  discursive.  C'est  leur  célèbre  hor- 
reur, —  |»articulièrement  curieuse  en  fait 
de  science,  —  f>our  l'esprit  géomélricjue  ou 
«  de  système  »,  leur  religion  |K)ur  le  seul 
<  esprit  de  finesst».  »  (I)  On  a  refnjussé,  plus 
ou  moins  franc4iemenl,  toute  méthode  dans 
la  recherriit»,  toute  conception  a  ptiori  qui 
donne  une  direction  à  l'expérience.  On  a 
adoré  le  lûtonnement  ••n  tant  qu'il  sert, 
selon  la  profonde  rue  de  Dacon,  à  étonner 


1    N 

*ii4  a%on«  i: 

m   Ui  Senttinenli  tir  Critiat, 

'il'    »mIi;p    piTUTal^iiuiit  n*!  ^ 

'•     i 

••  a 
•  do 
•Ile 

'        3.lt, 

il  •  n  •  finii>i'i    i;^   M'-  <  •iM^iMirml 

n«  qu'ra  tr*  tchtct  it  l'rspnt  dp 

150  15  KL  P  H  KG  OU 

les  hommes  i»lii<  (jifà  les  éclairer.  Un  a 
voulu  que  le  savant,  lui  aussi,  «  fondit  son 
Ame  »  à  celle  de  son  sujet,  <]u'il  pensAt 
"  biologi(iuement  le  fait  biologique  »,  «  reli- 
gieusement le  fait  religieux  ».  En  môme  temps, 
on  découvrait  soudain  que  la  science  no 
donne  que  des  vues  sur  les  choses,  des  con- 
ceptions rï/'/vZ/rr/j/rs  qu'en  forme  l'intelligence, 
qulelle  substitue  i\Q:^  si/mbitles  h  la  réalité, 
(ju'elle  })roc^Hle  f»ar  concepts,  (ju'elle  «  lige  » 
le  réel!  On  voulait  rjue,  désormais,  elle  don- 
nAt  les  choses  cUcs-fnêmes,  dans  leur  réalité, 
dans  leur  «  tluidilt'  »'.  I']t  pu  voulait  (juo  la 
science,  du  moins  celle  de  la  vie  (c'e.<l  d'ail- 
leurs la  st'ule  (|u'()n  honore),  considérât  les 
phénomènes,  non  dans  leurs  ressemblances, 
mais  dans  leurs  disparités,  dans  leur  non- 
ré[)étition,  en  tant  fju'ils  disent  avec  le  poète  : 

Nous  naurons  plus  jamais  nolro  âme  de  ce  soir. 
Vm  un  mot,  on  a  voulu  celte  chose  exlraor- 


BKLI'ilKGon  151 

dinain*,  mais  évideriiiiiciit  émoiivanle  :  une 
scieiico  sans  abslntclioti^  une  science  tle  C indi- 
vidu^ que  dis-je!  de  la  mmute  de  Tiodividu. 
Notez  qu'en  tout  ceci  l'un  n'a  pas  dit  :  «  .\(»us 
ne  voulons  que  sentir,  nous  nous  mo<|uons 
de  la  science  ».  On  a  dit  :  *  Nous  sommes 
la  vraie  science.  •  <1  » 

Kntin,  on  a  voulu  que  1<'  piiiloâopiic,  lui 
aussi,  fût  une  chose  r*muc  et  émouvante, 
non  |)ensante.  On  a  salué,  comme  les  vraies 
forni«"S  de  la  philoso|»|iie,  des  rliqnetis 
d'  •  intuitions  »,  jetées  s<ins ordre,  sans  cohé- 
sion, sans  critique  (Nietzsche,  Péguy,  Sorel), 
espèces  d*actions  verb(des,  parfois  fort  entraî- 
nantes, 

Vivca  coium**  un  «'•clair  qui  «iurcrnil  toujour . 
attachées  d'ailleurs,  de  leur  propn*  aw  ti,  à 


I   N'out  tvoot  doaaé  <SuriêSumê  du  H^rgmmiamtê^  p.  S15^ 

'•:  de  c«Uc  prél»'nlion  qu'oui  no«  «on- 

rtnl  au  pur  %<»ntir,  de    fair«  o-u^re 


152  in:i,i'iiK(;OH 

ado[)ler  le-s  pr(»a*dés  de  l'aclion  el  non  ceux 
de  ia  pensée  (mépris  de  la  logique,  accep- 
tation du  contradictoire,  etc.).  On  a  décidé 
(ju'une  œuvre  philosophique  valait  par  Vint 
qu'elle  manifeste (Boutroux)(l),  parle  talent 
(ju'elle  in^^pirc  (Kenan),  par  c  les  résultats 
qu'elle  provoque  indirecleincnt  »  (IV^uv, 
Sorel),  par  sa  puissance  combative  (Péguv), 
jamais  par  son  contenu  intellectuel  (2).  On 
a  statué  que  la  rigueur  (\u  raisonnement 
n'a  rien  à  voir  en  celle  matière  (3),  que  le 
style  artistique  seul  lui  convient  (4),  bien 


(1)  Voir  noire  Smccs  du  Jterrjsonisme^  p.  1'»^  el  sui\. 

(2)  Cr«5  volontés  sonl  c\|>rimées  avec  toute  la  netletf  dési- 
rable par  IVf?uy  .'.Vo/e  sur  M.  lîeryson  el  la  philosiyjthif  ber- 
gsonicnne  .  On  y  lit  que  les  philosophies  sont  grandes  dans 
la  mesure  où  "  elles  produisent  un  ébranlement  »,  ou 
«  elleu  se  sonl  bien  battues,  i  que  celui  qui  eberebe  si  elle*; 
onl  tort  ou  i-ai^cui  prouve  par  r»'la  seul  qu'  «  il  ne  sait  pa-» 
de  quoi  il  parb'  >•.  Nous  avons  eu  sous  les  yeux  de  nom- 
breuses lettres  de  seciiliers,  notammenl  une  de  M.  Homain 
Rolland,  qui  ffliiitent  bautement  Péguy  potircette  concep- 
tion de  la  pliilosopbi.'.  -Voir  la  noie  K  à  la  lin  du  volume. 

(3)  J.  Florence,  voir«»4/>ra. 
ik)  Rageot,  voir  srtpra. 


BELPHKGOR  193 

mieux!  k*  style  mélaplioriquc  (1).  On  a 
exigé  que  la  philosophie  présentât,  elle  auâ^ii, 
Témouvant  spectacle  d'uuf  aclivilé  toute 
subjective,  lyrique  (nous  sommes  à  Tâge 
du  ixiulyrismc)y  (|ue  le  penseur  qui  traite 
de  la  vio  dciml  la  vie,  que  sa  méthode  con- 
sistât en  une  mystique  union  de  lui-même 
avec  son  «  principe  évoluant  >.  Enfm,  de 
même  (|ue  |>onr  l'Iiisloire  et  la  critique,  on 
a  voulu  (pie  la  philosophie  ifçnorât  les 
vues  d*ensemble,  ne  sût  que  l'individuel; 
et  aussi  qu'elle  donnai,  non  plus  une  vue 
que  l'esprit  prend  sur  les  choses,  mais  les 
choses  mêmes,  non  plus  une  vue  sur 
l'amour,  mais  l'amour  m»*-me,  non  plus 
une  vue  sur  le  courage,  mais  le  courag»*. 
Ce  dernier  trait,  cette  haine  de  la  philo- 
sophie en  tant  qu'elle  ne  donne  que  des 
vues    sur   nos   chères    passions,    n'est    pas 


1    E.  GiLMn.  HfriM  de  metaphjfêMfiM  •<  de  Moralt,  1916. 

9. 


45  i  MKi.i'iiKGOi; 

nouvel lo  on  nos  salons.  Déjà,  il  y  a  trois 
siècles,  un  invité  de  Mnon  traitait  Fauteur 
d'un  essai  d'analyse  psychologique  à  croire 
que  l'on  entend  nos  bergsoniennes  elles- 
mêmes  :  «  Connnenl!  est-ce  là  tout  ce  (|ue 
l'on  peut  dire  dos  passions,  de  tous  ces  mou- 
vements qui  vous  agitent  dans  la  vie!  Voilà 
une  grande  mer  renfermée  dans  un  espace 
bien  étroit.  Il  n'y  a  rien  de  si  beau  ni  de  si 
plein  que  l'amour,  et  cependant  ce  livre  nous 
en  fait  un  scpieletle  tout  sec,  sansemb(»npoint 
et  sans  coui^'ur.  t>  (I)  Toutefois  les  hôtes 
de  Ninon,  tout  «mi  réclamant  l'étreinte  des 
choses  elles-mêmes,  ne  semblent  pas  avoir 
pensé  que  cette  étreinte  constituait  la  phi- 
losophie. Li  conception  formelle  d'une  phi- 
losophie palhé»i(pie  est  bien  une  conquête 
de  ce  temps. 


•,1)  La  Cotiuelle  reii'jrdy  aUribuée  à  Ninon  de  Lenclo5. 


HH.l'HF'.nR  155 


II 


Celte  frénésie  de  la  présente  scxii^té  fran- 
(.•aise  à  faire  des  ouvrages  de  Tesprit  une 
occasion  d*émoi,  à  (juoi  tient-elle? 

r^erlaines  personnes  en  ont  pro^josé  une 
explication  qui,  selon  elles,  dispense  de  toute 
autre  :  la  présence  des  Juifs.  C*est  là  une 
thèse  assurément  séduisante.  Si,  par  un 
nuancement  qu'on  ne  [>eut  sans  «loute  at- 
tendre d'hommes  qui  jKirlent  aux  foules, 
on  distingue  doux  sortes  de  Juifs  :  les  Juifs 
s«*vères  et  moralistes  et  \cs  Jnil's  avidrs  de 
sensation,  —  disons,  à  siniple  titn'  de  sym- 
boles, les  Hébreux  et  les  Ciirtliaginois,  Jahveh 


loC  HKLIMIÉGOR 

et  Belpht'gor,  Spinoza  cl  Bergson,  —  on  ne 
saurait  nier  remjK)rtement  des  Carthaginois 
|)Our  la  littérature  créatrice  d'émolion,  leur 
culte  (lu  thé.Ure,  du  comédien,  leur  soif 
(alexandrine)  de  l'indistinct,  du  non  défini, 
du  mystérieux,  de  la  confusion  du  sujet  ol 
de  Tobjet,  ni  donc  se  défendre  de  voir  un 
lien  entre  l'esthétique  de  la  présente  société 
française  telle  que  nous  venons  de  la  mon- 
trer et  l'inimense  place  qu'ils  y  tiennent 
depuis  un  temps.  Certaines  races  semblent 
apporter  en  naissant  cette  furie  de  sensa- 
tion que  d'autres  ne  prennent  qu'à  la  longue, 
comme  certaines  espèces  d'animaux  possèdent 
de  nature  un  ^irus  (|ue  d'autres  doivent 
ac<juérir.  Toutefois  cette  explication  nous 
paijiîl  loil  iiisutrisante.  I)'alx)rd,  parce  qu'on 
ne  voit  pa>  assez  (pie  ceux  des  mondains  qui 
sont  indemnes  de  la  fréquentation  des  Juifs 
soient  moins  atteints  pour  cela  de  l'esthé- 
ti(pie  spa^iiHHJKpic  (lonl  nous  j)arlons;  qu'on 


iiKi.fMirr,  nr  157 

ne  voit  pas  assez,  ju  .  \.  inju.  .  U's  salons 
«  anlis»'Mniti(|ues  ••  nu  interne  «  aséniiliqufS  » 
élre  moins  épris  (jue  les  anlre^s  de  myslèn* 
ou  d^infinitude,  faire  moins  cas  du  tlu'vAlre 
ou  des  comédiens,  Jii  lliéAlrc  d  amour  nu 
des  Mélisanties.  Mais  surtout  |)arcc  que 
cette  explication,  comme  toutes  celles  qui 
prétendent  expliquer  le  mal  (i'un  organisme 
j»ar  la  simple  pn'-sence  d'un  corps  externe, 
omet  le  prinrijwd  :  la  réceplintê  de  cet  orga- 
nisme, l'état  de  déchéance  préalable  nù  il 
fallait  qu'il  se  trouvât  déjà  par  lui-même. 
|K)ur  que  l'action  du  corf)s  externe  lïlt  |K)3- 
sible.  Je  veux  bien  que  rartuelle  société 
fnini;aise  ait  été  précipiti'cen  alexandrinisme 
|>ar  {'«iction  juive,  comme  le  furent  les  con- 
tenj{)orains  «le  IMiilétas  de  Cos  et  ceux  de 
JuTénal.  Mais  ccst  que  cette  société  était  déjà 
elle-même  alexnndrine.  Le  même  agent  n'y  eût 
point  pnxiuit  le  mémo  elTet  deux  siècles 
plus   tôt.    Un  cristal  extérieur  m»   préripilc 


ioS  BEI.PIIÉr,  OU 

une  masse  liquide  que  si  elle  est  de  juèîue  na- 
ture (juc  lui.  L'action  des  Juifs  sur  la  société 
du  xx**  siècle  ne  fait  que  reculer  la  question. 
Pourquoi  cette  société  était-elle  capable  de 
subir  cette  action?  Pourquoi  était-elle 
alexandrine? 

On  peul  se  demander  tout  d'abord  si 
l'alexandrinisme  de  cette  société  ne  serait 
pas  simplement  un  effet  de  son  âge;  si  toute 
société,  après  trois  ou  quatre  siècles  d'exis- 
tence, ne  devient  pas  alexandrine  par  le  seul 
fait  de  sa  durée,  sans  qu'il  soit  besoin  d'au- 
cune autre  explication  ;  si  la  recherche  de 
plus  en  plus  exchisive  et  intense  de  ce  que 
les  produits  de  l'esprit  peuvent  olîrir  de 
sensationnel  n'est  point,  pour  ces  compa- 
gnies, la  façon  nalui'elle  de  vieillir,  comme 
pour  les  cheveux  de  blanchir  ou  pour  les 
artères  de  sMndurer.  11  est  assurément  frap- 
pant de  voir  que,  dans  tous  les  pays  où  il  y 
eût   propn'ment  des  «  sociétés  «,  en  (irèce, 


BRLI'IIRGOR  459 

à  Rome,  itii  Italie,  en  France,  c'est  sous  c^itte 
forme  qu'elles  ont  manifesl»'»  leur  vieillisse- 
ment, et  r|iie  les  nations  où  le  temps  n*a 
jx)int  aussi  nettement  produit  cet  eiïet.  TAI- 
lemagne,  rAn^lelern»,  sont  celles  où  il  n'y 
eut  point  proprement  de  sociétés. 

Il  semble  même  qu'on  puisse  démontrer 
!♦'  fait  a  priori.  Qu'est-ce,  en  eiïet,  qu'une 
«  société  »  (une  «  lx)nnc  société  »)? 
</est  un  ensemble  de  |>ersonne8  privi- 
légiées chez  lesquelles  une  vie  oisive 
♦  l  raflînéo  a  créé  un   particulier  besoin  de 

•nlir.  Que  viennent-elles  chercher  aux 
ouvi-îîges  de  l'esjirit?  Une  occasion  de  plus 
de  contenter  ce  l)est)in.  Kn  d'autres  termes, 
l'alexandrinisme  a**l  impli(|ué  dans  la  défi- 
nilioi)  ni«'-me  «ruiir  lM)nn<'  société  et  de  son 

^piralion  esthétique,  comm<'  la  décomposi- 
tion est  impliquée  dans  la  définition  de  la 
combinaison  chimique,  l'autoritarisme  dans 

•11    «lu  gouvi'rnemeut  el  l'inloleranc»»  dans 


IGO  B  ELI' H  KG  OR 

celle  (le  la  fui.  Teiiii  en  respect  peiiclaiit  le 
bel  ûge,  ou  ôcje  classique,  par  les  puissances 
de  sévérité  et  de  fermeté,  dont  la  pr(  poii- 
dérancc  constitue  précisément  la  jeunesse, 
le  mal  s'épanouit  (piand,  avec  la  sénes- 
cence de  Torganismc,  ces  musculatures  se 
relilchent  ri  (jue  la  société,  comme  lont  ce 
qui  vieillit,  s'aflirme  sans  résistance  dans 
sa  propre  nature.  Mais  ne  prenons  pas 
trop  au  sérieux  ces  assimilisations  du  déve- 
loppement des  sociétés  à  celui  des  individus. 
Autrement  important  puur  expliquer 
l'esthétique  de  nos  mondains  nous  parait 
être  rabdisscweni  de  leur  culture;  juirticu- 
lièremenl  la  disparili(>n,  dans  l'atmosphère 
où  ils  ^randi-sont.  do  rcducatiun  théolo- 
gicjuc  et  du  culte  de>  lottroti  antiques.  Nous 
parions  d'atmosjjhère,  ne  nous  ligurant 
point  (pie  tous  les  mondains  d'autrefois 
étaient  j)roprement  appliqués  à  la  théoloj^ne 
comme  un  Tréville  ou  instruits  d'humani- 


HELPIlKGOn  Ifil 

lés  comme  une  Sévipné,  mais  que  ces 
disciplines  composairiil  en  (juel(|ue  sorte 
Tair  i]in  les  envelop^>ait,  les  impréfrnnient 
comme  un  climat  (ainsi  qu'il  apparaît  an\ 
écrits  (leîi  moindres  d'entre  eux),  el  consta- 
tant ladis|>arition,  di'plus  en  plus  complète, 
d'un  tri  i'tat  de  choses  (2).  Quant  au  rap- 
port entre  l'abandim  de  ces  disciplines 
(notamment  du  lalini  «l  Irvanouissement  do 
la  tenue  inlellertuelle,  du  sens  du  distinct, 
du  ^oût  des  arôt^s  vives,  de  la  sensibilité 


2 

ilr.- 

de. 

n.lr^ 

la  ! 

.  la 

l.-fc- 

^   né- 

ration^    A 

iil   .                                                                                                   p«Ol 

fie  la  culli 

jrr                                                                                    -Iro 

l'a»' '    ■ 

'                                                            ;...       *    .    i   ..       .                                           ,. cu- 

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Kf" 

Krni  en  1W0.   Vae  dirtil  1  aoicar  tajonr- 

d  h>: 

iC,2  I{KIJ>iii':gou 

«   plasticienne  »,  c'est  ce  que  ceux  mêmes 
qui  les  méprisent  accorderont. 

L'abaissement  de  la  culture  dans  la  société 
fran«;aise,  ^  C(Mé  des  nombreuses  causes 
qu'on  en  a  dénoncées  (développement  du 
sport,  lecture  presque  exclusive  de  jour- 
naux, etc.),  nous  semble  admettre  encore 
celle-ci  :  l'accession  aux  rangs  de  cette 
société  de  personnes  d'une  autre  classe, 
et  dont  l'esprit  est  iM-opreniful  à  l'clîit  de 
nature  (pai'ven us  du  commerce,  de  Tindus- 
Irie,  de  la  finance,  etc.)  (II.  Il  nous  semble 
que,  d'une  manière  générale,  on  nr  tient 
pas  assez  com[)le,  pour  exj)liquer  b's  déca- 
dences do  goût  des  sociétés,  de  ces  change 
ments  sociaux:  qu'on  ne  remarque  pas 
assez  qu'il  ne  s'atcil  [>as  s-^ulemenl,  en  cas 
décadences,  d'une  classe  qui  transforme 
ses    valeurs,    mais    d'un    uouvrati    pcrannuel 


il'  Combien  plus  vi«i  (Inpiiin  la  gucrip,  av«T  It^s  «   nou- 
veaux ririir.H  »  I 


BKLPiIK<;OR  1G3 

(de  gens  inculte«<i  ()iii.  n  la  faveur  de  trans- 
fonuations  |K>Iiliqiies,  vient  remplir  en  par- 
tie les  rangs  de  cette  classe,  et  ap|X)rtc  ses 
valeurs  pro|»res;  que  ravùnoment  du  goût 
romantir|tio  dans  la  société  franraisCf  ftar 
exofiif)lc,  ce  n*est  [)as  scuh-mciit  \e<  descen- 
dants des  Cavlus  ou  dos  Habutin  ((ui  se 
mettent  à  ihanger  de  sensiliilitc,  c'est  tout 
un  inonde  de  bourgeois  fjarvenus  qui 
entrent  dans  les  ninps  de  la  «  bonne  coni- 
IKiiniie  »  et  y  ap|)ortent  leur  esthétique.  I)e 
même  qu'on  a  |>n  dire  que  le  triomphe  du 
christianisme,  «'est  la  morale  des  serfs  se 
substituant  à  celle  des  maîtres,  on  |)ourrait 
dire  que  le  tri()mf)he  du  romantisme,  c'est 
Testliétiquc  des  hommes  naturels  rempla- 
çant, dans  h  l>'»nne  société,  celle  des 
civilisés. 

Quant  à  ce  (|ue  l'esthétique  de  l'homme 
à  l'état  de  natun^soit  le  romantisme,  il  sutlit, 
|)Our  8*en  convaincre,  de  considérer  les  gortts 


104  IJKLPIIKGOR 

littéraires  de  nos  bonnes  et  de  nosconcier>;es. 
On  sait  que  certains  de  nos  compatriotes  pro- 
testent en  ce  (|ui  concerne  la  race  française: 
le  Français,  lui,  serait  classique  à  l'état 
naturel,  ami  de  l'ordre  en  art,  de  la  raison, 
de  la  mesure;  il  ne  se  serait  jamais  départi  de 
ces  vertus  sans  les  influences  étrangères. 
Kappellerons-nous  ce  qu'était  le  Français 
avant  que  le  souille  des  lettres  antiques  Fcût 
visité,  ses  informes  poèmes  de  douze  mille 
vers,  son  goût  des  truculences  et  des  thau- 
maturgies? Mais  respectons  la  passion 
patrioli(|ue  sous  toutes  ses  formes. 

Une  condition  (jui  ni^us  paraît  encore  ex- 
î)li(ïuer  reslhéti(|ue  de  nos  mondains,  par- 
ticulièrement leur  religion  de  la  vie  et  leur 
haine  du  jugement  (aussi  leur  )nor(iI{swc)^ 
c'est  (pi'ils  sont,  inliniment  plus  que  leurs 
devanciers,  pris  par  la  vie  elle-même.  D'abord, 
la  plupart  d'entre  eux  travaillent.  Nombre 
(le    personnes   dites    de   cpialité    n'arrivent 


I 


HKLPIIKt.On  iG5 

plus  aujourd'hui  (et  combien  r\»>l  plus  vrai 
depuis  la^uiTre!)à  soutenir  leur  train  qu'au 
prix,  sinon  précisément  du  travail,  du  moins 
de  mille  combinaisons,  de  mille   intrigues, 
de  mi  Ni;  démarches,   de   mille  soucis,  bref 
de  toute  leur  ap[)Iicalion.   Cela   rend  assez 
naturel  leur  dédain  pour  l'activité  désinté- 
ressée. On  voit  poindre  le  jour  où,  aux  yeux 
de  la  «   l>onne  société  »,  celui  qui  met  tout 
son  effort  «  à  bien  définir  et  à  bien  peindre  » 
semblera  un  enfant,  dont   on   ne   peut  que 
sourire.  Ajoutez  la  constante  inquiétude  que 
crée    l'insécurité    de    la    fortune,    du    ranj^ 
social,  de  tout  ce  qui  est  situation;  le  per- 
pétuel état  de  tension   ({ui  résulte  de  Ta^- 
^ravation  de  la  concurrence  dans  tous  len 
domaines,  du  surplus  de  difficultés  qu'il  y  a 
à  obtenir  les  places,  les  honneurs,  à  raser  ses 
•  nfants.  à  «  arriver  »,  à  étonner,  à  éblouir. 
Remarrpiez  aussi  eonïbien  nos  gi*ns  sorit  plus 
que  jnmaÏH  pris  par  l'amour,  en  raison  du 


160  IÎKL1'1IK(;0R 

surcroît  di'  iLMilations,  de  facilités,  iiu'ofTre 
maintenant  le  divorce,  de  la  disparilioa  du 
sentiment  religieux,  du  recul  de  1  ïige  requis 
pour  l'amour  (des  sexagénaijres,  aujour- 
d'Imi,  y  commencent  oourammenl  des  car- 
rières). Notez  enfin  qu'ils  vont  maintenant 
à  la  guerre,  et  à  (juolle  guerre!  et  vous  ne 
pou  nez  nier  un  j  prodigieux  accroissement, 
dans  les  classes  élégantes,  de  rexercice  de 
la  vie  et  des  passions.  Cela  n'explique-t-il 
pas  leur  (lélestation  pour  celui  qui  jwje  ces 
passions?  N'est-ce  j^as  exaspérant,  quand  on 
vibre,  quand  on  souffre,  quand  on  pjeui-e. 
quand  on  aime,  de  voir  des  gens  qui,  pai- 
siblement, classent  vos  émois  et  les  caracté- 
risent, semblables  à  ces  monstres  dont  parle 
l\enan  (pii,  au  milieu  d'un  déchirement 
dii  notre  plant-l^*  où  j>érirait  l'humanité, 
s'occuperaient  uniquement  à  réformer  leurs 
conceptions  cosmologiques?  J'ai  idée  que 
lors(|uc   les  soldats  (.le   Bonaparte,    dévorés 


KRLPMRGOR  167 

par  la  soif  dans  les  déserts  d'Kgyple  et 
croyant  tenir  enfin  le  terme  de  leurs  souf- 
frances,   ne    trouvaient    à    Tendroit   où   ils 

ivaient  cru  voir  mw,  nappe  d'eau  cju'une 
horrible  lande  sablonneuse,  ils  devaient 
-eiilir  ipielcpie  colère  contre  le  |>enseur  qui, 
tran«iuillenient,  à  lours  côtés,  s'occupait 
d'édilier  la  théorie  du  mirage. 

Celte  intensification  de  l'exercice  du  la  m»* 
<e  voit  éf^alenient  au  monde  «les  lettres  et  y 
produit  les  plus  ^Taves  elTets.  Outre  que  les 
prens  do  lettres,  <ux  aussi,  vont  à  la  guerre 
ou  du  moins  y  sont  af»peles,  ils  descendent 
chaque  jour  davantage,  et  |)0ur  des  raisons 
qui  lussent  leur  volonté,  do  l'étal  de  clercs 

i  celui  de   laïcs.  «  Li  pln[>art  d'enlre  nous 

•nt  un  métier  »,  nous  apprend  un  corres- 
{>ondant  d^^^athon.  I>e  plus  en  plus  ils 
connaissent    les  soucis    du   ménage,   et  du 

louble  ménage,  et  du  père  de  famille,  et 
les    pm>ccu fêtions    d'arpent,    en    vue    du 


108  BLI.l'IIKGOK 

n(?cf«saire,  ou  même  du  superflu,  dout  leur 
état  de  laïcs  leur  donne  uu  ^Grandissant  be- 
soin. Cette  croissante  laïcisation  de  riioninie 
de  lettres  nous  semble  expliijuer  pour  une 
bonne  part  le  caractère  de  la  liltéralure 
contemporain!^  :  de  pins  en  plus  exempte  du 
souci  des  belles  formes  et  de  la  haute  tenue, 
do  plus  en  plus  liuniaine,  «  vivante  »,  mora- 
liste. Le  fait  [)Our  les  littérateurs  de  n'être 
f»Ius  pensionnés  n*a  pas  seulement  d'effet 
sur  le  teui[>s  et  le  soin  (ju'ils  donnent  à 
leurs  ouvrages,  il  en  a  sur  la  conception  de 
la  vie  qulls  y  expriment.  Le  rapport  que 
signalait  le  penseur  allemand,  entre  le 
caractère  d'une  littérature  et  la  condition 
économi(|ue  de  ceux  (pii  la  font,  semble  bien 
n'être  pas  un  vain  mot.  —  Le  plus  L'ravc 
toutefois,  c'est  que  cette  intensilicition  do  la 
vie  s'est  étendue  aux  philoso[>lies.  Kux  aussi, 
aujourd'hui,  sont  mariés,  ont  des  enfant-^, 
sont  «  dans  la  vit»  ».  Lnc  fois  encore,  le  verbe 


B  Kl.  PII  KG  on  1G9 

:**est  fait  chair.  Nous  avons  <Iil  ailleurs  (I) 
les  méfaits  de  celte  sécularisation  des  philo- 
sophes :  la  chute  de  la  philosophie  dans  la 
morale,  sa  désertion  de  Télude  de  la  nature 
et  des  grandes  spéculations  désintéressées. 
La  philosophie,  elle  au>si,  pour  être  bien 
-«îivie,  veut  lo  célil>at  de  ses  prélre*?. 

Une  autre  cause  encore  de  l'esthétique  do 
nos  mondains,  particulièrement  de  hur 
volonté  d'éprouver  do  la  sensation  |)ar  les 
produits  de  l'esprit,  c'est  l'imvieitëe  dévc- 
loppemenl  moderne  du  hurr,  plus  exactement 
rimmcnse  dévelop|)emenl  de  a?  qui,  dans 
lambiance  des  gens  fortunés,  est  caresse- 
mcnt  des  sens  et  chatouillement.  Notons, 
du  reste,  que  c'est  surtout  sous  cft  aspect  de 
'(ireAsement  qu'on  peut  dire  que  le  luxe  des 
laulrs  classes  a  ^'randi  depuis  trois  siècles. 
'  ji  tant  que  magnificencf^  il  a  plutôt  rétro- 

(  I    Sur  te  Sueemya  Dttymniimet  p.  SOT. 

10 


170  l'.ELPHF.GOK 

gradé.  Au  iHjiiil  do  vue  de  la  .splendeur  do 
riiabilat,  du  nombre  des  servitours,  du 
luxe  de  la  lablo,  do  rimporlance  du  Iraiu, 
qu'est-ce  qu'un  a  iritind  y  d'aujourd'hui  au- 
près d'uiï  Mcizarin,  d'un  Fouquet,  d'un  Sei- 
gnelay?  La  encore,  on  |.)OUi'rail  dire  que  le 
luxo  do  l'ancienne  société  était  surtout  plus- 
ticien^  tandis  ({ue  celui  de  nos  contemporains 
est  de  [)lus  en  plus  musical.  C'est  de  quoi  la 
nature  de  leur  esthétique  nous  semble  uno 
eonséquence  directtî.  Un  jour,  ayant  été 
mandé  par  nno  do  nos  élégantes  «jui  avait 
quelque  onlro  a  luo  donner,  j'attondais  dans 
son  salon.  Parcourant  des  yeux  celte  pièce, 
j'admirais  comme  toute  chose,  —  uiatière  et 
couleurs  dos  tentures,  des  tapis,  des  coussins, 
bibelots d'étagoro,  forme  (h^s  meubles,  réglage 
de  la  lumière,  — y  avait  été  précisément  dis- 
posé en  vue  de  flatter  les  sens,  de  leur  o|>ar- 
gner  toulo  inq>rossion  sévère.  Ayant  ou 
ridée  alors  de  regarder  la  bibliothèque,  j'eus 


ItKLlMlÉGOU  l'I 

le  senlirneiil  net  que  les  oinni^»-.-*  (jii<-  j  y 
voyais,  —  ronwns  •  de  rohipt»*  »,  fHK-mes 
troubles,  vajKireusi»  philosophie,  —  étaient 
Texacl  prolongement,  clans  ToixJre  lillémire, 

l<^  Télément  de  caresse  que  je  voyais  au 
mur  et  sur  les  divanji.  Il  était  êviiienunent 
imiKwsihIe  que,  dans  cette  cliaf>ellc  du  fondu^ 

«n  ainiAt  à  se  mettre  sous  la  dent  une  rocaille 

le  La  bruyère. 

Eulia  une  des  raisons  cruciales,  selon 
nous,  jïour  quoi  iVstliétique  de  la  présente 
<oci6té  franvaise  e.st  ce  que  nous  la  voyons, 
c'est  qn*''^/e  est  tout  nitièi'c  failr  par  les 
fewtnes.  Maint  auteur  vous  dini  qu'il  ne 
travaille  que  pour  les  femmes,  qu'il  n'y  a 
plus  qu'elles  qui  lisent.  Tout  le  monde  i>eut 
faire  l'crpt^rie^icL»  suivante  :  dans  un  salon, 

iprès  diner,  discute-l-on  art,  doctrines 
liltt-raires,  estbéli(|ue?  si  vous  exceple2  de 
très  jeune.-)  gens  el  les  professionnels,  pas 
un  homme  ne  prend  part  à  la  conversation. 


172  HF.LPHKGOH 

L'homme  du  monde  grand  amateur  et 
quasi-directeur  de  belles-lettres,  comme 
furent  Luynes,  Liancourt,  Saint-Évremond, 
Bussy,  Lamoignon,  Ilénault,  est  proprement 
une  espèce  perdue.  On  peut  dire  qu'aujour- 
d'hui, vu  raison  de  transformations  écono- 
miques (jui  font  que  l'homme  du  monde  se 
tue  au  travail  et  n'a  de  temps  ni  d'ilme  pour 
aucune  activité  de  luxe,  la  direction  des  choses 
de  resprit,  dans  la  bonne  société,  appartient 
tout  entière  aux  femmes.  Toutefois,  au  de«;ré 
près,  cette  dictature  féminine  exista  toujours 
en  France  dans  ce  milieu,  et  ne  sulfirait 
donc  f>as  à  expliquer  le  phénomène  qui  nous 
occu|)e.  Au  xvn*^  siècle  aussi,  Testhétique  du 
beau  monde  était  fiiite,  en  somme,  par  les 
femmes,  et  pourtant  rllc  (Mail  t()nl  auli'<'  i  I  ). 


(1»  «  Il  n'y  a  que  les  femmes  qui  lisent,  il  n\v  a  qu'elles  qui 
louent,  il  n'y  a  (ju'elles  (jui  aolutenl»,  disait  le  I'.  .M.-imbrun 
en  1G52  cit«'  par  F.  Hrunol,  Histoire  de  la  Uin'jiw  française, 
IV,  p.')  .  De  m«^nie  Voltaire,  cent  ans  plus  tard  l'f^faie 
]kvir  Serhti'iiis    :  «t  Aujourd'hui,  qui  fréquente  nos  sper- 


H  Kl.  m  KGOR  1  ..i 

CVsl  que  les  femmes  d'alors  avaient  te  rvf- 
pect  de  la  forme  d  dme  masculine^  s'évaluaient 
dans  la  mesure  où  elles  y  tendaient:  tandis 
que  celles  d'aujounl*hui  (c'est  là  un  tour- 
nant de  l'histoire  des  UKrurs)  ont  décrété  le 
iiépris  pour  la  stru'^ture  nientide  de  l'honiine, 
et  se  sont  violemment  installées  dans  la  vé- 
n«^ration  de  l'Ame  féminine.  Les  premières 
xaltaient  leur  ^exe  parce  qu'il  est,  disaient- 
Iles,  tout  autant  cpie  l'autre,  capahle  df  rai- 
ni\  les  secondes  l'exaltent  parce  (jit'tl  en  fst 
ndevme,  parce  qu*il  est  «  toute  passion,  tout 
instinct,  toute  intuition   ».   On  conçoit  que 
les  elTets  de  leur  action  diffèrent  (1). 

On  Voudra  bien  remanpier  que  ces  condi- 
tions de  la  présente  société  française,  où 
nous  croyons  saisir  la  cause  de  Festhètique 
ju'clle  manifeste,  sont  d'un  ordre  profond 


tjcles?  Va  cerUin  nombre  <ie  Jeunes  grnt  et  d«  jeunes 
ffmm«r«.  » 

•  li  Voir  h  note  L  .1  la  un  du  volume. 

10. 


\1\  r.ELPHKGOR 

et  ont  peu  de  chance  de  disparaîlre.  Per- 
sonne ne  se  figure,  pensons- nous,  surtout 
avec  cette  guerre,  (jue  la  société  va  devenir 
plus  cultivée,  moins  |>rise  par  la  vie,  que  les 
homnnes  vont  se  mettre  à  avoir  des  loisirs, 
les  femmes  cesser  de  pouvoir  y  faire  régner 
leurs  goûts.  C*est  dire  que  cette  esthétique, 
a  notre  avis,  et  contrairement  à  ce  que 
croient  quelques-uns,  n'est  point  du  tout 
nn<^  mode,  mais  bien  au  contraire  destinée  à 
durer,  voire  à  s'intensifier.  Ola  dit  sans  nier 
la  prohabilité  de  quelque  choc  en  retour  de 
violent  «  classicisme  »,  qui.  lui,  sera  une 
mode  et.  au  surplus,  une  forme  particulière, 
nous   'avons  vu,  du  besoin  de  l'excessif. 


nKM'MKGoll  !*:5 


m 


De  ces  dis^iositioiis  fSthéliqiies,  —  «?t  qui 
nous  semblent  donr  clm*ahle«,  —  •!••  Ii 
IxHine  sociét»'  fniiiraiîie,  que  peul-on  con- 
clure quant  à  ravenir  de  l'arl?  Que  le  di- 
vorce n'ira  que  se  creusant  de  plus  en  plus 
entre  cette  compagnie  v[  Tarti^ile  intellec- 
tualiste, soit  que  nous  l'apiMilions  de  ce  nom 
fiarce  qu'il  présente  des  idées  comme  un 
Montesquieu,  un  Taine  ou  un  Henan,  soit 
jicirce  que  rintellifrence  et  le  jugement  pré- 
sidt'iil  plus  r|ue  le  s^rntiinent  à  la  com|>osi- 
lion  de  son  œuvre,  comme  chez  un  lîacine 
ou  une  Ijî  Favelle.  Divorce  oui.  encore  une 


176  BELPMKGOR 

fois,  ne  sera  nouveau  que  par  le  degré,  les 
succès  temporels  <le  ces  sortes  de  maîtres 
ayant  toujours,  en  somme,  laissé  d'être 
violents  (1).  Qu'on  nous  entende  :  nous  ne 
voulons  pas  dire  que  cet  artiste  manquera 
de  lecteurs;  nous  croyons  qu'au  contraire, 
avec  Taccroissement  de  la  diffusion  du  livre, 
avec  la  communication  de  plus  en  plus  in- 
tense des  citoyens  entre  eux,  il  en  aura,  il 
en  a  déjà,  un  bien  plus  grand  nombre  qu'au- 
trefois; nrais  il  les  aura  [)armi  les  intellec- 
tuels professionnels,  parmi  des  solitaires 
curieux  des  choses  de  l'esprit,  point  parmi 
les  gens  du  monde.  Et  peut-être  est-il  per- 
mis {le  craindre  que  le  renoncement  défi- 
nitif à  l'attention  de  cette  cinsse  ne  tarisse 
peu  a  peu  en  lui  le  souci  de  l'aimable  el  des 
formes  légères  qui,  dans  la  matière  de  l'idée 
apparemment    pins   qu'on    toute  autre,   est 


'1,1  Sauf  pour  Tainr  toutefois,    mais   pour  «les    raisons 
politiques. 


r 

1 


BELiMi^r.  ou  1T7 

une  condition  de  l'art.  Au  n'slf,  n»'vant 
l'avenir  promis  à  la  vie  sociale  et  a  la 
culture,  on  peut  se  demander  si  l'apparition 
même  de  ce  cerveau,  à  la  fois  artiste  et 
intellectuel,  est  chose  encore  possible:  si 
nous  ne  verrons  pas  désormais,  éternelle- 
ment distincts  et  «  se  jetmt  rmi  a  l'autre 
un  rejjanl  irrité  »,  d'une  part,  !e  savant, 
totalement  étranger  au  «<  siècle  »,  d'autre 
|>art,  le  séculier,  rij^oureusement  fermé  à 
toute  discipline  de  l'intoHij^ence:  si  la  syn- 
thèse en  une  même  tète  de  Tesprit  scii-nti- 
lique  de  la  Henaissance  italienne  et  de  l'es- 
prit artistique  de  la  (irèce,  si  ditte  merveil" 
leuse  coml>inaison  (jui  s'alluma  au  wii*  siècle 
••n  notre  pays,  n'y  est  pas  un  foyer  à  tout 
jamais  éteint,  dont  Taine,  Renan  et  France, 
luront  été  les  derniers  rayons; 

'  ♦  <oIni|§  (fcsrrndu'î  «lorritTC  l'horiion 
V'iant    a    la    société    en    <*lle-mèmf,     •  ri 


178  lîKLPMÉC.ôn 

p^'ut  prévoir  que  ce  soin  (juVlle  met  à  éprou- 
ver cJl'  Témoi  par  l'art,  dovenanl  cause  à  son 
tour,  y  rendra  la  soif  d».'  ce  [>laisir  de  plus 
en  plus  intense,  l'application  à  la  satisfaire 
de  plus  en  plus  jalouse  et  plus  perfectionnée. 
Un  entrevoit  le  jour  où  l;i  bonne  société 
française  rcjuidiera  oncorf  Ir  peu  qu'elle 
supporte  aujourd'lmi  d'idées  et  d'organrsa- 
tion  dans  l'art,  et  ne  se  pa-^sionnera  pins 
que  pour  des  ijestes  de  comédiens,  pour 
des  impressions  de  femmes  ou  (Tenfants, 
jtour  des  rugissements  de  lyricpies,  pour  des 
extases  de  fanatiques.  Toutes  choses  peu 
inquiétantes  poui*  l'État,  quoi  qu'en  disent 
quelques  grondeurs,  si  Von  songe  combien 
celte  anesthésie  intellectuelle  a  peu  empêché 
cette  société  (l'y  i\  piut-élre  aidée)  de 
remplir  son  devoir  civifjuc  dans  les  cir- 
constances (|ne  \\)u  sail,  (ju'une  nation 
—  contrairement  aux  clichés  —  peut  fort 
l)ien    prospi'rer   en     forci^    el     en     richesse 


RELPIléGOn  170 

(témoin  rKmjMn'  romain)  avec  une  classe 
dirigeante  de  plus  en  plus  privée  de  toute 
tenue  de  Tesprit,  ({iTan  surplus  enfin,  ladite 
société  dépose  de  jour  en  jour  davantage  le 
pouvoir  dirigeant  au  profit  d'autres  classes, 
non  moins  iniiiteiloctuelles  d'ailleurs,  encon' 
que  <!«'  toute  autre  façon. 


NOTtS 


NoTL  A  (  page  î) 

ht  pièce  la  plus  applaudie  du  siècle  «  de  la  raison  » 
/*M/Tiinocrale... 

On  sait  (\\ic  le  Timocrate  de  Thomas  Corneillf 

présente  un  >ujpt  extrêmement  touchant.  Timo- 

ralo,  épris  dune  princesse  étrangère  dont  il  e>t 

•nu.   |H»ur  d»>  raisons  [K»litiqiios,  d'assic^er  la 

;''sidencc,   s'applique  (ululant  la  nuit  \  délruirr 

h^  travaux  de  guerre  que  son  armée  a  faits  pen- 

lant  le  jour.  1^  pièce  fut  jouée  quatre-vingts  fois 

•le  suite.  Àudromaque,   le  plus  «^i-and  >uccr^  d«' 

llacuit».  ne  le  fui  que  vingt-sept  fois. 

Il  faut  absolument  déraciner  celte  croyance, 
ju  un  certain  parli  |xilili<piea  intérêt  à«*ntn'l«*nir. 
1  après  laqurli»'  !<»5Srvi','né,  les  Li  Fayette,  h's  L» 
Itocliefoiicauld,  les  Bussy  «(crnionl  n>prés<uitatifH 

11 


182  UELPHKCOR 

do  l'oslliclique  des  jj^oii^  du  monde  sous  raïuifii 
ré{;inii'.  Bien  ne  semble  |diis  faux.  Ces  personnes 
de  {^oùt  furent  une  exception.  î^  plupart  des  chetV- 
d'o'iivre  de  nos  classiques  onl  été  accueillis  par 
le  t^raiid  publie  avec  nnr  rt'elK'  indi(Térene<'  : 
Ho.^suj'l  n"a  vu  qu«*  lri»i>>  éditions  d«'  son  />/.svours 
sur  nilstoire  iifiicfrspHi'.  Le  lliéàlre  de  Itacine  ne 
sevendail  pa>:  <»n  r('im[)iimail  le  feuillet  liminaih^ 
pour  faire  croire  que  les  éditions  s'épuisaieid  : 
encore  en  1750,  parlant  d'une  reprise  de /?é/7v//Vr. 
la  ^;izi't!e  des  mon(lain>  (Ir  .Morcuvp^  disait  que 
<«  le  lalt'Dl  des  aelcurs  avait  i-(  lidu  la  pièce  plus 
mtrvtssunte.  tjn'rlh'  n'rsl  m  c/lii  »  (la  menu- 
année,  rr/z/V.  pièce  larmoyant!' de  .M""'de  (iralïi^ny. 
était  l'objet  d'un  inmiense  sncc{»s et  d'une  sui»n*Tn»' 
adujii rations  IVndant  plus  de  cent  ans,  /'.1/7 
poétvfue  n'eut  pa-*  Ic»^  honneurs  d'une  édition 
s<!»p:u'é(' :  il  tiiiurait  à  son  ninij  dans  la  suile  d»'^ 
(puvresd»'  lloilcau.  ^an^quil  tVil  juj;é  digne  d'j^tn» 
impvimé'  pi»r,r  lui-même.  Le-  pnmién's  édili<»n^ 
des  b'Ilresde  M""  de  S'vigné  Jaillirent  ruiner  leur 
èiliteur,  etc.  (liions  encore  ceci  :  «  (»n  se  inoijuail  à 
ia  C(nn-  de  ces  sociétés  de  gens  oisifs,  uniquement 
occufiés  à  di'velopper  un  sentiment  rt  ;\  juirer  \\\\ 
ouvra:;e  de  l'esprit.  >^  iM"'  d»-  (laylus.  i 

N'allons snrlnul  pas  prétendre  qu'A  celte  épo<]ur 


HKLPHKGOH  183 

('\ue,  les  ^'iis  incultes  fux-mr*nie4  avaient  bon 
gortl.  11  rst  peul«t*tre  vrai  «It»  «lin»,  avec  P. -L.  Cou- 
rier, qu'au  tiuiip-^  fie  Louii  \\\  une  feinm»?  de 
i-li.ijQhre  «Il  ««avail  plus  sur  i'arl  (J'écnn*  qu'une 
acatiéniif  nio<lemc.  (^la  tenait  aux  mn'un  ver- 
l»aU»»*.  Mai'.  snvDUs  sûrs  qu«»  m's  ti>ctnn}s  n'r^laient 
|>a«*  /'■^  l^rnvuinales  ou  /"  /'>•••"''•  ''••  /  /..    > 


NoTh  B  ipa^e  ii» 

Çutf  l'fTfn'fnsion  atiistù/iiâ  doit  èlrf  un  proionge- 
menl  wUui'pI  dr  l'emnlion  de  i'artistr. 

CeUe  tlir>e  a  un  brillant  aJcpti*.  sinon  tout  k 
fait  conscient,  tlans  l'auteur  «h*  V Origine  de  la  Tm- 
gtdw,  |H)ur  li'qut'l  il  «ionil»!»'  bien  qui*  la  ixnii-suile 
(lu  liicu  bacirhus  so  traii.>l'onn»>.  par  voiedecmUi 
uuilf.  en  unclniMinrKscbylr.  kJlecst  clièreà  Ums 
le*  inyHtiqui>>.  «  Je  coiin<uH  une  personne,  dit 
-ainU-  iht'r^-^e,  quj  m*  sait  point  fair»»  «!»•  vers,  et 
qui  en  acninpOMé  sur  Ju-t'lKuiip,  n'uiplistli'  S4'nli- 
inenl»  IW«  vifs  et  livs  prononcô;*»..  Ce  n'était  pas 

piivre  de  Hm  e«prit.  c'était  une  finanatinii  de 
^••n  ooMir.  *  On  ne  {>out  •♦«•  défendra'  de  MMim-r 
.tusAi  A  c(*A  diNJteun  iFaurtel.  Ampère.  Miclu'let. 


184  hKLPMKC.OR 

Paulin  PàriM  ijui  veulent  (jue  les  grandes  ôpo|)éos. 
V Iliade,  la  Chamon  de  Itoland,  soient  îles  «  explo- 
sions du  senlinient  nalional  el  collectir  )^.  \v(\u<'\ 
;ie serait  donc  mis  un  l)eau  jour  à  s'expiinnM- 
sp(tiilan«''nienl  en  alexandrins  ou  en  décasyllabes. 
Miclielet  estparticuliôrrMnont  lK)uillanl  :  «  Homèn*. 
s'éche-l-il  (Discours  sur  Vico';,  doit  périr  eoinnie 
homme...  :  disons  mieux,  il  va  ^Tandir,  il  va  deve- 
nir nn  (Hre  colli'ctif.  une  école  de  poètes,  de 
rhapsodes,  d'homéride^:  (|ue  dis-je,  une  école.* 
un  {)euple.  le  peuple  urec,  dont  les  rhapsodes  n'onl 
lait  (pie  de  lépt'ler,  moduler  les  traditions  poé- 
tiques. »  VA  plus  loin  :  On  peut  insister:  en  sup- 
posantfpi'un  peu|)leentier  ait  été  iK>ète,  comment 
put-il  inventer  ces  artifices  de  style,  ces  épisodes, 
ces  tours  heureux,  ce  nombre  poétique?...  Kt  com- 
ment eùt-il  ])U  ne  pas  les  distinguer  et  écart»'r  les 
elK^ses  qui  ne  vont  pas  au  bu!  !  Huant  au  nombre 
musical  et  poétique,  il  est  naturel  à  l'homme;  irs 
bvgnes  s'e-'isaifnt  n  parler  en  chantant;  dans  la  pas- 
sion, la  voix  s'altère  et  s'approche  du  chant...  » 

Toutefois  C(Hte  doctrine  est  moins,  chez  .Miche 
let,  religion  du  sentiment  que  de  la  démocratie, 
et  volonté  i(M>nnnune  à  1(»U5  l»»s  honunesde  iSiS  : 
l'roudhon,  V.  Hugo,  Kd.  (Juincti  d'expliquer  les 
grandes  œuvres  de  Thistoire  par  des  mouvements 


ItKLIHKGOR  185 

collectifs  et  hors  des  individus.  «  Voir,  par  exemple. 
-1  voK.nt^  «lue  la  joiirn(S'  du  10  août  IT*»2,  cvIIp** 
!t;   juillet    Ix'în     rr;n«'r>t    j>:'*    •'•(••    iMMvn*    d'un 

llMHlUK*. 


NoTB  i\  !  page  .'ii 

Sur  la  confusion  de*  f^enres. 

Nous  ne  signalerons  |M>iiit.  parmi  lc<  goilts  de 
n<is  conlem(>orains  pour  lindistinrt,  leur  gonl 
\Mn\ï  la  confusion  de»»  p»:iires,  non  p.isqtio  rc  puilt 
lour  manque,  mais  pan.e  qu'ils  n'ont  mCme  plus 
l'itléi'  que  les  pennes  pourraient  n'être  point  con- 
fondus. Parmi  les  explications  (|u'on  fieutdoniuT 
•  Ir  cepoùt,  »Mi  vniri  une«pii  nous  parait  faire  hon- 
iit'ur  îi  l'ingéniosité  de  S4in  auteur  autant  qu'à  »4jn 
sentiment  ix^cial  : 

ht  notre  tempâun  pen>e  que  Icj>  genres  en  se  déinê- 
laiit  se  sont  apftaiivris  (1),  que  l«\«i  tons  en  >e  soutf- 
naiil  M.'  s4>i)l  afr.iiMis.  On  vrMit.  |mr  rxfnipie.  qu'en 


1)  Écrit  en  1^33.  —  Ou  Irouvrra  un  dètMit  du  temp«  tur 
T^siion  de»  f(enr<Mi  dan<i  la  préfirc  de»  O^les  H  litilhutn 


186  BEL  PII  KG  OR 

liémêlunl  l«^s  siffles,  la  France  se  soit  privée  pejidant 
près  de  <leuv  siècles  «le  la  .sagacité,  de  la  naïvclê  et  de 
l'énergie  de  Monldij,Mie.  Ne  pcul-on  répond le  que  les 
qualités  do  Muntai,i,'nc.  en  se  distribuant  entre  La 
Bruyère.  La  Fontaine,  Montesquieu  et  d'autres,  ont 
acquis  chacune  un  développement  qu'elles  n'auraient 
pas  eu  on  lui... 

Je  n'ai  pas  la  présomption  et  la  témérité  de  m'éle- 
ver  ici  contre  le  retour  de  la  littérature  vers  le  mélange 
de  genres,  de  tons  et  de  style  que  l'on  a  regardé,  dn 
temps  des  précieuses  (1)  et  depuis,  comme  de  la  l>ar 
barie. 

Aujourd'hui  la  sé|)aration  des  genresdans  les  écrits 
littéraires  est  devenue  à  peu  près  impossible;  elle  ne 
peut  plus  éti-e  une  règle  de  l'art  d'écrii-e,  au  moins  une 
règle  aussi  sévère  qu'axant  la  Itévolution.  La  raison 
de  cette  dilTérence  est  que  la  littérature  d'une  nation 
est  l'expjession  de  ses  mœurs. 

Ponniuoi  les  j;eni'es  se  déméièrcnt-ils  à  la  nais- 
sance de  noti'c  littératiu'csous  LouisXlll  et  Louis  XIV.' 
Pourquoi  se  remélent-ils  aujourd'hui? 

C'est  que  sous  les  deux  rois  que  je  viens  de  nommer, 
la  France  était  gouvernée  par  des  habitudes  de  res- 
pect, qui  sont  anjoui'dlnii  p<  nlues  sans  retour... 

Les  gradations  i\c.i^  i-angs  qui  ]»rocédaienl  du  mo- 
narque, avaient  produit  celles  du  respect  dans  le 
langage   des   hautes   classes,   en    avaient   nécessité 


(i)  Les  protiousfts  marquent,  pour  l'auteur,  la  perfeclinn 
de  la  sorièlé  française.  Un  des  bul*  principaux  de  «on  ou 
vrage  est  de  les  désolidariser  d'avcr  les  précieuses  ridicuh-i 


BF.LI'II^IGOR  187 

rélutic,  en  uvniriitiinienéle  diir/Tfiement  «^t  le  l.irt.  cl 
«\iiiciit  fait  lie  cr  t\\sr.rrncn)fu\  un  ftoinl  d*honn€«ir  cl 
lie  bien ««^niir"... 

Laiil<'iir  molli ir  la  «li-iianliuii  jin^gressivî-  du 

IfSlHcl ,   •  I   c.  .iirlilt 

|,r  rc'j  «•<  i>iii  iiiinii-«ii.i!i>  UM-  iii'iMir».  !••  n*'»t»'»|»r<'uvi' 
iinr  i|tti>M(i>  qui  ic  piVle  ù  tous  ic8  Iun8«  A  loub  les 
laii-  '  u  :  Mniionr  ptiur  i*rrir  à  i'histatre  éf 

lu  »  I    (incr.  p.  W)  et  v.iiiN.» 


CitùDs,  J'aulri'  |iiirt,  cclU*  inlêreAsante  proletiU- 
lion  HUitre  l'art      sans  divi<ioii<  »   : 

Uans  lu  iiiiliin>.  loiil  rsl  rfnns  font;  tout  5'#mtiT- 
rniis»*,  toiiti:>lalliTnali\r  »l  iiiélaiiiiir|ihos4^  iin'«"vsanl^. 
Mais,  auptnul  de  mr  Ue  CMile  thitmie  infinte,  h  lutUire 
ett  un  ipei  tarie  cnmenable  ê^'ulenitnt  pnur  un  esprit  m/ini. 
pour  «|in'  »liv>  esprit-*  finis  piis^rnl  m  jomr.  il  fjillaii 
Inir  donner  la  faculté  «1  imp'»«»rfi  In  nnture  de»  limites 
qui  n'y  tumt  jn»%nt,  iV\  inlrttflttire  dn  diHsion»  ri  dc(;ou- 
vcrnrr  k'ur  ntlcntion  «lelon  leur  Ihmi  |ilai>*ir. 

(!rlto  fanillê.  nous  r«x«ivoi)H  à  Imus  1rs  niomenU 
i\r  la  Ml*;  fiina  elle  1/  n'y  iiHrml  pus  p>tiir  noui  de  vte 
p(tsuhte;  nous  teriuna  iunfSiuTmeid  la  proie  de  l'impret- 

non  présente:  nom  rf*rrri»)fi,i  •■• -  '♦  *'ns$af'nir  que 

nous  révornt. 


188  BELPIIÉGOR 

l/i  propre  de  l'art  est  de  nom  aider  à  introduire  cette 
division  dans  le  doinainr  du  beau,  et  à  fîjrer  notice  atton- 
ti'ji).  I/iirl  isole  en  fait  tout  ce  que  uoti-e  esprit  isole 
ou  désire  j)ouvoir  isoler  dans  la  iiatun\  (ju'il  s*a;risse 
(l'un  seul  objet  ou  d'un  assemblage  d'objets  divers; 
il  maintient  sous  notre  regaixl  cet  objet  on  cet  assem- 
blable d'objets,  en  éclaii'ant  et  en  conrentrant  les  objets 
autant  que  le  veut  le  sentiment  qu'ils  doivent  pro- 
duire. 

Quand  nous  sommes  tf'moinsd'unrvcnementimpoi-- 
tant  et  touchant  et  qu'un  autre  événement  sans  inlé- 
l'ét  se  met  en  tiavcrs,  nous  cherchons  à  échapper  le 
plus  possibleauxdistractionsdonl  nous  sommes  mena- 
cés par  ce  d(M'nier.  Nous  ru  faison*^  ab'^tniction.  Si 
donc  nous  retrouvons  dans  l'art  ce  que  nous  désirions 
retrancher  de  la  nature,  nous  ne  jvouvons  manquer 
d'en  être  rebutés.  (Lessinc,  Dramaturgie  de  lîam- 
l)vur(j,  44*  legon.  —  Suit  une  saj;e  exception  en 
t'avciii'd'unecertaini^  fusion  du  lr;igi(iuect  du  comique.) 

On  voit  que  nos  actuelles  théories  sur  l'ail 
qui  (l(»it  donner  la  réalité  dans  sa  «<  totalité  indivi- 
sible .  ne  sont  pas  neuves.  N'est-ce  pas  cruel  de 
voir  le  bon  sens  se  (lress(«r  contre  »dles,  de  toute  sa 
baul«'ar.  (l.'in>  la  pers(»iin('  d'un  AHcniand.* 


BBLHIlKGOn  180 


.NuTK  1)  (  page  î  t 

...  ht  sensation  causer  par  la  inusit/ue  pst  une  sen- 
sation iliffuse  et  épanduo. 

On  |Mturra  riman|ii»T  à  re  i»ro|Hjs  (jue  la 
musique,  ^i  unaiiiineinriU  saluéo  comme  produc- 
trio'  d'impnssions  (i'aiiioiir,  ik*  prnvo<|ue  i>oint 
lérélhisnie  sexuel,  la  tenswu  amoureuse,  mais  un 
élal  vague  et  a^rêaldemeiil  diiïus,  un  élal  de 
volupté  et  non  de  désir  mous  parlons  de  la  mu- 
*«i<iue  pure,  noiulu  lh^^^e  inlelirrtuel  «pie  Tima;.'! 
iialioii  linnle  il  pn>pns  jr.'lir  . 


.Note  K  tp.»!"-  \1 

Antres  raisons  pour  l^Mfueitvs  tes  sensations  de  la 
rue  sont  infini minl  moins  tntiib/antts  querelles  df 
l'unie,  lie  l'iultintt  rf  tlu  l'i.ûf. 

1'  l>»  »«Misalinns  de  la  vue  snnt  nalurellement 
in*é|>arables  de  l'iV/^rdr  l'otijetipii  le«j cause;  elles 
-i»iil  d«'  la  «ensatioii  mcl"-  dClat  iiitellertuel *cp\iu 

11. 


i90  UKLl'llÉGOR 

ci  prenaiil  niciiut  à  jku  près  toute  la  placei;  on 
pourrait  les  appeler  de  la  sensiltilité c/a/re  (1);  les 
sensations  de  rouïe.  etc.,  oubliant  très  facilement 
l'objet  «jui  les  suscite,  constituent  de  la  sensalioti 
pure,  exemple,  autant  (pic  y>eul  l'être  un  éUii  de 
conscient»',  d'éli'ment  intellectuel  ci);  elles  sont  «le 
la  sensibilité  troublf  : 

2°  Les  sensations  dt-  la  vue  imposiiit  au  sujet 
l'idée  dune  chose  extérieure  n  lui  (jupemenl 
d'extériorité»:  elles  lui  disent  la  iimifatioiu  l'état 
fini  de  son  être:  les  sensations  de  l'ouïe,  olc... 
lui  semblent  \<n\\r  de  iiulcrirur:  elles  lui  semblent 
un  accroi^ssement  d<'  son  être  par  ses  propres 
moyens:  elles  lui  disent  comnn'  l'inlinilude  dr-iou 
moi. 

On  jteut  dire  encore,  dans  le  même  ordre,  que 
les  sensations  de  la  vue  imposent  au  sujet  l'idée 
de  distinction  entre  lui  et  la  chose  senti»»  .état 
iutvlln-tuct,  prineiptî  de  s«''véritéK  au  lieu  (pie  les 


(1)  «r  La  vue  csl  rinincmmonl  associée  à  la  conscicno- 
claire  ■  iRavaisson,  «/<•  rilabitmtc,  p.  211,  .'fô'» 

(2)  Fénolon  semltle  nvoir  bien  «ompris  que  lamusitjiip 
est  dissolvante  dans  la  mesure  précise  où  elle  manque  di» 
rnncomitant  intclhctiirl  :  •  L'harmonie  qui  nr  va  qu'à  flat- 
ter l'on-ille  n'eBt  «lu'un  amusement  de  f^ens  faiblosetoisifs...  ; 
clic  n'est  bonne  iju'unlnnl  qiw  les  sons  y  coinieunetit  au  sm^ 
(les  iHir<*lrs.  »  (Lettre  à  T  Vende!' mie. i 


BF.LPIlCGOa  191 

iîcQt&lioDfld'<>u»e,etc...,  iiuplii{iieiilce  sentiment, 
ti  cher  A  nos  estlirtes,  diim-  cou/'utûm  enirv  l. 
sujet  et  I  ohjei  : 

3*  (et  Hurtouti  *  b^ sousAtioiiHde  l'oule,  —  plun 
enoi»re  celles  rie  l'odorat  et  du  iioùi  —  étirmnieul 
UD  apfjareil  ih.tv<mix  lu*  à  uiie  vi«  •*•  hieii 

auireiiieut  profonde-  (|u«*  ue  tmu  il      .oui»  de 

la  vue.  (Hï  sait  que  certains  fion&.  cejiaÎDs  parfums, 
fieuveiit  |irudiiircde  profondes  inoditicatkkns  bui- 
l)airo«.  cirnilatinres.  rc  qu»*  n*a  jamais  suscité 
aucun  iiltjtt  visuel,  du  ntoin>  conjuio  ^n$^lion  ol 
iKirsde  rintenn(^'<liain'  de  l'idée  ti  i. 

itien  eiilcndu.  lout<*s  ces  raisoiDi  ite  sont  s4^|K1- 
n'*es  l'une  dv  l'autre  que  dans  iM^r»*  analyî»e.  vi 
a;;isi«cnl  conjointement  dans  la  n*alilc. 

I  ne  autn*  cause  eiia»n'  |ioiirqiioi  la  nuiMque 
est  un  ait  si  èmouvaot,  c'p^l  qu>lle  r«t  profire- 
nunt  une  aetiom  hwmaine.  I  ne  cathédrale,  uti 
tabl«*au,  une  statue,  an  livre,  ont  été  de  Tactioii 
huuiaiue:  un  ooiioert  tJU  une  telle  action:  il  \  -^ 
là  dev.nnt  nou^  de  la  vie  qnt  >   '     •    train  do  «m* 


,» 


102  BELIMIKGOIl 

(léjKMiser,  (le  se  consumer  ic'est  pourquoi  le 
^raphophone,  qui  vous  supprime  celle  action, 
est  peu  rmouvant).  l>e  ce  point  de  vue,  l'amour 
(le  la  musique  est  parent  de  rainour  du  théâtre. 
Au-^i  bien,  la  musique  esl-elK*  daulanl  plus 
émouvante  qu'elle  implitjueunv' dépense  plus  pro- 
fonde de  Tèlre  immain,  la  forme  la  plus  troublante 
étant  !e  ciiant,  qui  est  l'ébraidemenl  humain  lui- 
même,  l'instrument  à  vent  venant  ensuite  ijui  est 
encore  le  souille  humain,  et  seulement  après  eux 
l'inslrument  [\  cordes.  C't^st  assurément  un  sijrne 
de  leurrafliiiement  (lan^  la  recherche  de  rémoliun 
q.ue  cette  application  de  nos  contemporains  ù 
réclamer  de  plus  en  plus,  dans  les  orchestres,  la 
l>rép(»ndérance  des  bois  sur  les  cordes.  (V(»ir,  par 
e.venqile,  les  écrits  de  M.  Laloy.  i 

Celte  plusf;rand(^  puissance  émouvantede  l'in^- 
trume'it  à  vent  avait  déjà  été  remarquée  par 
Aristote,  qiii  avait  aussi  déjà  compris  qu'elle  lient 
à  la  présence  du  souffle  humain  :  «  Pourquoi,  dit- 
il,  lechantest-il  plu^aj;réable  lorsipi'il  est  accom- 
jiapiéde  la  fliitecpiede  la  lyreMl'est  que  léchant 
el  la  lîîile  se  mèlenl  naturellement,  tous  detw 
venant  du  son/Ile,  tandis  (pie  le  s(^n  de  la  \yr*\  qui 
ne  vifut  pas  du  soufjlc  eut  moins  sensible...  *  {Sur  In 
Musique,  chap.  Xi.lII.)  Toutefois  le  penseur  grec 


nFLPIlKCiOK  19.J 

n'en  conclut  pas  à  une  supcriorité  esihéliquo  du 
chant  auirdiqui*  •  t  <. 

Voici  une  page  qui  exprini<%  vu  un  l»eau 
mouvement.  ci*tto  volonté  que  la  musique  vaille 
dans  la  me^uro  où  «'Ile  approche  du  souille 
humain 

Là*    plu>    ati<  Mil,    n     |uii*    >i.ii   il    »«:    |i4U>    i««i    iM^iiiit- 

ilr  la  musique,  l'organn  auquri  noire  niusiqut*  duit 
son  existence,  «^t  la  vju-  liumiiint':  <lf>  la  iaron  la  plus 
nalurellc.  elle  fui  iinitéo  par  \'tiistrumei:t  ù  vrmt 
qu'imita  t  son  tour  l'instrument  à  cvrtUt;  le  son  col- 
leiMif  liannonieux  d'un  oirliesliT  irinslrumenls  à 
vent  et  à  conlcs  a  été  à  son  lour  imile  fiar  lorgur. 
mais  lorjiue  mavsif  fui  enfin  n'niplae»-  i>ar  le  piano 
moins  encombrant.  Nou>  ubsenons  là  lonl  «l'abonl 
que  l'organe  primitif  de  la  musique,  en  |>a&sant  de  la 
voi\  humaine  au  piano,  en  aiTiva  à  un  manque 
d'expnvvion  dr  pl»is«n  plus  j;rand.  Si  les  insliuuients 
de  Torches  li"e.  qui  a\ai«*nl  d-jà  jieniii  !«•  limhre  de  la 
voix  paritt*,  |»<ju\aicnt  en<  on"  imiter  le  >ou  •!••  la  >oix 
humaine  d'une  manièn^  très  sutlisanle,  dans  sa  faculté 


(I)  Ariitote  M.mble  ntoimi  ati^Kt  quH  pontoir  émouTant 
U  musiqae  d.m  a  .  >n  :  •  Pourquoi  les 

rjrUimestrt  Icsrh.-inf  odémcnt,  étant  de« 

M>n<i  viNaui.ont  i\-  •-.  uiunlf.  t.iDdi«  qu'il  en 

c^l  autrcmeol  d«".  «fnt  l#»  w«iùt,  U  \ue  ou 

ro^loral  "  '  V  '  rvihtHt 

%tutt  fiiiMi  /n  .  :  morale 

•■l   produit  la  iix-r  il!».- ,  ju  ti.mr.iir' ,  ••   'pn  anf<  t»'  Ir   f(OÙt 
ft  U  vue  ne  proiintt  pas  le  roéroo  effet.  •/</..  rhap.  XX1\.> 


194  BI.LPHKGOR 

d'expression  variée  ù  l'inlini,  et  \ive  ilaiis  «es  inani- 
fe>Uilioiis;  si  les  luvaiix  de  lorgne  pouvaient  conser- 
ver à  ce  son  sa  durée  seule,  mais  non  plus  son 
♦'xi)ressi(»n  changeante:  le  piano,  finalenionl.  ne  lil 
plus  qu'indiquer  ce  son  même  en  laissant  à  linrai^i- 
nalion  de  l'oreille  à  jicnser  son  véritable  corps.  C'e^l 
ainsi  que  nous  avons  dans  le  piano  un  inslrumeul  qui 
décrit  seulcmenl  la  musique.  (H.  Wagner,  ()j>rrti  ri 
(hanir,  p.  203.) 

Que  1<'  pouvoir  ('mouvant  de  Tor^^ie  soit  <li1  51 
ce  (jti'il  évoque  l'idée  du  soufïlo  humain  et  du 
cIkuiI  eolleclif.  c'est  ce  que  seud)Io  avoir  entrevu 
Inuleur  des  li^Mies  suivanles.  enctire  qu'il  y 
veuille  évideniinenl  e\prini(M'  l»ieu  d'auliv^ 
choses  : 

Il  me  seiuhle  ipie  les  orgues,  dans  leur  aii*an- 
gemenl.  rcprésenlenl  l'harmonie  réglée  el  ordonnée 
du  ciel.  La  multiiilicilé  des  lujyaux  re|)ré.senle  la 
multiplicité  des  saints,  qui  chantent  les  louanges 
di\ines  selon  leur  rang.  Kt  celte  harmonie  se  fait  par 
le  moven  du  vent,  qui  exprinu*  le  Saint-Ksj>rit.  qui 
remplit  chaque  saint  selon  sa  capacité,  et  qui  le  fait 
ainsi  résonner  à  |»roportion  de  sa  portée,  el  leur  Dieu 
.selon  la  mesure  de  sa  grandeur  et  de  sa  gnicc.  Le 
vent  esl  porté  par  le  secours  d'un  homme  qui  le 
pfiusse.  (pii  signifie  .lésus-Christ.  lequel,  comme  ser- 
viteur de  ri!gli>e  v[  des  saints,  leur  suscite  le  Saint- 
Esprit,  el  leur  distribue  par  lui  squ  grAces  el  ses 
hénédictions.  Car,  soit  en  la  terre  soit  nu  ciel,  c'^^sl 


UKLPIIKiiOH  19r> 

Jésufr-Cbrinl  en  nuu>  (|iii  [mu^sc  les  m»uIT1«'«  île  1  fclspril. 
Celui  qui  joiie  rc|irèM)nle  le  l'i'i-o,  qui  ne  nttunie  iumi 
que  fonforniénient  À  l'idtt*  (|u'il  a  com.-ue  en  mui 
Kspril,  ri  (|ui.  api-^  avoir  jnV-pai-i*  el  forK»'  lui-mAuir 
\e^  iniilrumeuU  «!••  sa  louiuigc  ol  «le  sa  trloii-e  -^elun 
son  Inm  plaiiiir,  s'en  s*»ii  «près  .vion  ce  qu'il  lui  ploll. 
IMuir  a)ui|io.^r  celte  divine  musique  et  cette  admirable 
harmonie  de  iCK  louanges. 

rins  loin.  lauleur  vent  nicore  qur  le  jeu  do 
l'or^aio  JÙgiiirie  le  rliaiil  ec»ll«Tlif,  du  moins  daii* 
le  cH  : 

...  Kl  jMiul-clre  Cîil-ce  îuis>i  |)our  o*  >ujel  (p«)ur 
associer  les  Angi's  à  nos  louan;?eHi  qu*»\  la  Sainte-Mess*^ 
on  jotr.  "    I 

n  rn  ji' 

etl  le  (/mlique  des  Ailles,  en  la  Kociulè  desquels  nou»* 
entrons  pn*nant  |uirt  à  leur<<  louan^'cs;  mais  le  Crfiiu 
étant  une  profession  de  foi  ipii  ne  se  fait  que  sur  la 
lerr»',  '  in-nt  VU  lu  ciel  y 

sont  III  li.   hlins  ».  \«riV, 

i67î.) 


Ntrrr  1*'    jMji.'  61 
/>»  AT/f*  êiècle  et  la  couleur  lotuite. 

Lâ's  |MM-U.>  du  x\ir  ttii'cle.  qiHki  qu'un  eu  ait 
dit,  n*pirdaieiil  fomiellempiit  la  couleur  lucale 


cuiiiine  une  valeui  d  ail,  —  en  tant  qu'élément 
de  vérilé,  bien  entendu,  non  on  tant  que  source 
d'émotion,  — et  tous  ils  y  pivlendaient.  a  J'aurais 
fait  un  crime  de  théâtre,  dit  Corneille  dans 
lexamcn  (VHorace,  si  j'avais  Iwdtillé  un  Homain 
à  la  française.  »>  liacine,  dans  toutes  ses  préfaces, 
s'attache  à  se  justifier  comme  historien  véridique. 
(\oir  aussi  A/7  poètit/ut\  III  :  «  Des  siècles,  des 
pays  étudiez  les  mœurs...  i  Comment  Taine 
a-t-il  pu  dire  que  c'est  par  mé|^ar<Ie  >  qu'ils 
'  laissèi*ent  tomber  parfois  de  la  couleur  dans  le 
contour  idéal  et  nu  </t(f'  seul  ils  voulait^nt  tracer  »  1 
—  Chose  curieuse  :  chez  qui  Irouve-t-on,  par 
contre,  un  ardent  réquisitoire  contre  la  couleur 
locide?  chez  le  <    r<»rnanli(pi»'  >•  Chateaubriand   : 

11  y  a  dans  riiommo  deux  hoinnus  :  riionnne  de 
•son  siècle,  rhomme  de  tous  les  siècles;  le  grand 
peintre  doit  surtout  s'attacher  à  la  i*essemhlanre  de 
ce  dernier.  l*cut-ètre  aujounlhui  inol-on  tmp  d«' 
prix  h.  la  resseinhlaïuc.  et,  j^ui'  ainsi  dii'e,  à  la 
calque  de  la  physionomie  de  chaque  époque.  Il  est 
|>ossible  que,  dans  Ihisldirc  eonun»*  dans  les  arl>, 
nous  représentions  mieux  qu'on  lu;  faisait  jadis  les 
costumes,  les  iulrrinirs  (c'est  t'uutmr  qui  soiiliffne)^ 
loul  le  matériel  de  la  soeiété;  mais  une  litjure  de 
Haphael,  avec  des  fonds  né^lii^'és  et  de  tlagraïUs  ana- 
chmnisines,    neffaco-l-ellc    pas  ces    i)orfeclions   ilu 


second  ordre'.*  Ijor'>quon  jouait  les  pei->nnj»agC5  de 
Iturinc  avec  le»  |»frruqucs  à  la  I<^iii«  \IV,  i^s  spec> 
tatcurs  nV-Uieiit  ni  moinii  ravis  ni  moins  tou*  hé». 
Pourquoi?  parrr  qu'on  voyait  l'homme  au  li<'U  des 
hommes.  {Kludf^  ln^t'nquft.  pK'facr.  —  Voir  aiiî»>i  : 
Mlsset,  Samouiui,  l.wiv. 

NoTF.  (i  (paj;c  87» 

Qu'une  œture^  selon  eiix^  ext  b^He  dans  la  mesure 
OH  fUe  est  èmouixinte. 

C'est  là,  chrz  nos  conl<^iiip<^>rain9.  un  crilrriuin 
confiant.  C'est  émouvant,  disent-ils,  donc  c't.'st 
Juau.  •  ïjt  Vieil  Homme,  dit  une  do  nos  Pythies 
iM*'  N'verine»,  est  tout  de  niênie  un  chef-d'œuvre. 
car  en  If  lisant  notre  cœvr  bnt  plus  vih-.  A  vrai  dire, 
cette  mesun;  du  beau  n'est  point  chez  eux  l'effet 
d'un  système;  ils  ne  con(:oivent  ps  (pi'il  puisse 
y  en  avoir  une  autre  et  ou  les  plonge  dans  une 
réelle  slu|)<Mir.  comme  f»ar  l'aunonce  d'une  chose 
h  quoi  ils  n'avaient  jamais  songé,  quand  on  leur 
dit  qu'il  existe  des  chefsHl'o'uvre  ttelle  ftigue  de 
lUch,  tel  conte  «1*^  V..it  iJr.  >u}i  n.-  r.,i,i  i^.ini 
hatlre  le  rceur  1 1 


1   Oa  reacontre  anjouru  ...   -^  „■  ..iÈ  ^  -^w. ........  . .., . 

«1*>4  penonnet  d**  la  pla«  luulr  culture  :  un  prince  «les 


198  HF.I.IMIKGOR 

\<)ici  qiK'hiues  liirncs  d  iin»^  inoiidaiiK*  <lu 
wii*  siècle  (iiii  iiioiilivronl  comliifii  les  séculins 
«le  ce.  toinps  (liir«''iait.'nl  des  ikMii's  sur  ce  p(MUl  : 

.le  rcNif'iis  donc  à  m«»s  lerliiirs  :  c'est  sans  préju- 
dice de  ClpojMitrr  que  j*ui  juré  d'aches-er...  Je  song« 
quelquefois  d'où  vient  la  folie  que  j'ai  pour  ces  sol- 
lisos-Ià;  j'ai  peine  à  la  comprcndiv...  Le  style  de  La 
(Jalprenède  esl  niaudil  en  uiillc  cnilroits:  de  grande> 
jx'riodes  de  romans,  do  inéciianls  uints,  je  sens  loul 
cela.  J'écrivis  l'aulre  jour  à  mon  lils  une  lettre  de 
ce  style,  qui  était  fort  plaisante.  Je  trouve  donc  que 
celui  de  La  ('.alprenide  est  détestable,  et  cependant  je 
ne  laisse  pas  de  m'}  prendre  conmir  à  de  la  ^\\i  :  Ja 
beault'  des  sentiments,  la  violefice  des  passions,  la 
4;randeur  des  événements,  et  le  succès  miraculeux 
de  leui'S  i-edoulaldes  «-pées.  tout  cela  m'entraine 
comme  une  petite  lille:  j'entre  dans  leurs  deseins:  et. 
si  je  n'avais  M.  de  La  nociiefoucauld  et  M.  d'IIacqu*'- 
villc  pour  me  con<oier.  j<'  me  pendrais  de  trouNer 
encore  en  moi  cette  faiblesse.  (M"*  de  Sévigné  à 
M°""de  «iiignun,  LJ  juillet  iC7I.) 

On  vnit  (juc,  pour  celtu  njondainc,  lonioi  que 
lui  apporte  un  ouvrai:»'.  —  et  (ju'tdle  se   plaît  .\ 


leUies  M.  André  Gid»)  trouv»'  (pic  M.  Anatule  France 
n'est  décid(^ment  pas  des  phis  grands  parco  qu'il  ne  lui  c«u^<- 
jins  le  tiTinlilement  >;  M.  Anatole  France  Ini-mémc 
déclare  qu"  «  une  chose  surtout  dtuuie  de  l'attrait  à  I.» 
pensé»'  dw  hommes  :  «•'est  l'inquiétude.  »  Lihidn  ttrtUientli. 


Hr.i.riu  «.Dn  l'.'î» 

épniuver,  —  n'eu  iiieAiirt*  aucuiiPinrul  la 
valeur  d»;  qu'elle  |ier>isli'  à  |N>ii»er.  maigre  ta 
joie  lit  ion  Cfur,  que  la  valeur  «l'une  «euvre  #e 
nieiture  à  l'art  qu'elle  ix>uliefil;  qu'autrenteiit  dil, 
eu  ce«4  rna!i«res,  c*e>l  l'espril  ?a»ul  qui  juot  2». 
On  vuit  eucun*  que  ci'tte  mnndaine  irien  ne  U 
fait  tant  dnlertK/*  rcprociie  l'énuii  qu'elle  éprtiuve, 
en  a  |)n>pnMnenl  hcmle.  dniapne-l-on  cela  chez 
(llaufie  Ferval?»  Marqurm-^  aussi  l'étrançc  |iou- 
voir  qu'elle  a.  au  uniieu  <ie  >f»n  |ilaisir.  de  |tarltT 
sans  re$«|»ect  de  l'olijel  qui  le  cau^e.  Se  fieut-il 
qu'uni'  ffinuie  ml  si  |»eu  de  n-h'jKin  pour  ce  qui 
fait  tuUre  son  ru*nr?  Au  surf»lifs.  celte  faron  de 
jouir  «l'un  ol»jet  et  d'en  nn-me  lenq»s  le  m«^pri- 
m^r  est  «•'*8enli»llenienl  d  une  chrétienne. 


.Non.  Il  j»age  ÎKh 
.1  prt/p<t8  fie*  I*eD5«''es  r/e  Ponçai. 

Xjù  li\Te  d«»s  Pensées  e«*l,  au  preîni«T  chef,  un  de 

adaùfv  hautenMil  BounUloo*  éont 

ri.  .  qu'il  ae  «   l'émeut  pan  ■.  «Lettre 

du  . 

Umûmiu*    ...      .    tfue   «   «-e   a'ert  pa»  «eulement  «In  r<rnr 
qu't-lle  juge  de  la  l>ont/  d'un  oovrmfe  ». 


200  IJKLIMILOOR 

ceux  qui,  par  les  jugements  successifs  dont  ils  ont 
été  l'objet  au  cours  du  lem|»<.  |^>einiellent  de 
suivre  révo!uti<»n  du  goût  public.  «  Ce  serait  un 
ouvrage  bien  intéressaiil,  dit  Irè-  justement 
M.Anatole  France  il),  que  Ihi^toiie  des  varia- 
lions  de  la  critujue  sur  une  des  auvre<  dont  l'huma- 
nilé  s'est  le  plusoccuptv,  Hamiet,  la  Divine  Comé- 
die ou  lUiade.  •  Ajoutons  les  Pem*^s. 

Il  semble  bien(|ue.  ptiidanl  tout  le  wnrsii-cle, 
on  goùtii  rinlclligent  ellort  quavaieiil  fait  lestnli- 
leurs  de  Port-Hoyal,  et  à  leur  suite  Talibé  Bos- 
sut  ilTTO».  pour  introiluii-e  quehjue  ordre  dans 
ces  débris,  poureji  rectifier  les  inc(»rrections.  liien 
loin  qu'on  se  réjouît  de  létal  informe  où  l'auteur 
avait  laissé  <on  n-uvre.  on  le  l'egrettait.  et  Vol- 
taire scmbi»'  avoir  ex|>riiii<'  le  sentiment  de  ses 
conlenijKuaiiis  quand  il  déplorait  le  *  galimatias  v 
de  tant  de  ces  pensées,  ou  leur  parfaite  inintelli- 
gibilité.   .Vu    début    du    \i\'    siècle,    l'ouvrage 


(1  Ijo  Vie  UUTaire.  IV,  ix.  —  D'Alembcrt  dit  de  m«^inr 
dans  une  parole  que  M.  Albert  Chorel  a  pris*  p<.>ur épigraphe 
d'un  savant  ouvrage  sur  la  renominée  de  Feiidon  au  wui* 
siècle  :  •  On  a  fait  un  Iinh?  ;  I*f>  diffeitnlfs  rrvoiuUoiude  Ut 
fortune  d  Aristote:  on  pourrait»  n  laire  un  «second,  tn-s  inté- 
ressant et  très  phiIo5ophi«]ue,  des  \arialionsde  la  renommée 
des  souverains  cl  des  auteur-.  *  On  -ait  nue  I'.  StapiVr  l'a 
tenté  pour  quelques  auteur*. 


RELPIIKGOR  Si'l 

«tuninenCT  «l'rlr»*  .nJinir»*  |K>iir  «^nn  incohéivnc*». 
L'fpiivreun  |kmi  or«loiii>t'*eqiio  Icsédileursessayeiil 
do  lui  snlisliUitT  e^t  roin|»an'f  à  une  *  inisi*nibliî 
liiitUî  ijUf  I  Ar.ilH*  liu  fl<^M^ii  a  Ultie  au  pie<l  des 
ruiiio'4  (\o  l'aiinyre  ».  Eiic«»re  sonibl«*-l-il  (|ue  le 
mobile  d«*  (*h:il»»aubn;unl.  on  colli»  s«>rtie.  soit 
d'oniro  iliri'lion  plus  r|u*»»^llu''liquo  i l'édition  à 
laquelle  il  s'en  pr»^nail  «'tait  de  (londorcel).  Au 
milieu  du  siècle,  C^msiu  (Mjusse  son  cri  de  guerre 
contre  les  Irahison-»  do  iotlition  «le  Port-Uoyal; 
Inutefois  et'  «ju'il  veut  i-xalter  dans  U^  Prns^rs^ 
«Hî  qu'il  roprochi-  i  Nicole  et  à  Hoannez  de  \u^w< 
avoir  caclii-.  c'est  la  |Kirfaite  «  liaison  >  des  prlies 
entre  elles,  c'en  est  I»»  caraclèrc  "  ï>n)fondéu)ent 
travaillé  ».  Au  reste,  le  mouvement  de  Cousin 
<4*Mnl>le  loin  d'avoir  été  unanimement  suivi  : 
M.  de  Saci  déclare  -^'on  tenir  à  l'é^lilion  de  lilTO: 
(^h.  .Nodi«T  un  mniantique!  •  jionse  que  le^  chan- 
gements api)orlés  par  Porl-Royal  auraient  reçu 
rappnihnlinn  de  Pascal,  cl  n»-  >'oxUisiepasdu  tout 
devant  la  nature  d'  «  ébauche  »  du  livre;  l'abb*'* 
Maynard.  lidèle  à  l'esthétique  qui  fit  toujours 
l'honneur  de  sa  robe,  considère  comme  imc  tra- 
hison à  l'esprit  d»-  Pa-oal  de  \\o  pas  fain*  de  choix 
dans  ce«  matériaux.  Kntin.  à  la  lin  du  siècle  et  de 
jour  on  jour  davantage,  de  Sainte-Beuve  A  M.  Sua- 


20-2  I;K  LIMIKCOR 

lès  en  passant  par  IWnnelièro.  une  des  princi- 
pales beajitt'S  (k's  l^rnsées  cfsl  «pielles  S4)nt  ina- 
clKîvées...  Voilà  un  bon  syinplùinc  du  pmg:ivs 
qu'a  fait,  dopuis  (1»mi\  cenls  ans,  notre  sentiment 
eslliétiqu»'. 

Pascal  seinljjr  avoir  eu  personnelN-nicnt  ]>eu  di' 
re-'pect  pr)ur  le  inoile  ionianti(|ue  que  ciMtains 
de  nos  contenjporains  viennent  vénérer  en  lui. 
I)ans  son  Entretien  avec  M.  de  Saci,  il  parle  sans 
déférence  d»*  celte  vertu  «  «pi'on  peint  avec  une 
mine  sévère,  un  lefrard  fai'ouclu',  des  cheveux 
hérissés,  le  fn^nl  lidé  et  en  sueur,  dans  uih'  po:*- 
lure  pénible  et  tendue,  h^in  des  lionnnes.  dans 
un  morne  silence  et  seule  sur  la  pointe  d'un 
rocher...  »  On  croit  reeoimaîlic»  ti'l  de  ses  plus 
ardents  zélateurs,  (pii  devait  lui  faire  un  jour  une 
ilhislre  «  visite  »,  et  on  se  demande,  non  sans 
anii<jisse,  coniuionl  il  laurait  reçu. 


...  l'<\rp{oit(i(i(>n  Hlffrain'  du   nn/stcif  chrétu'i}. 

11   ^einblj'  que    no>    chrc'lieus    actuels  et    leur» 
fnu?*nisHeurs  lilléraires  pr(»ct"Mleiit  plus  (pie  jamai^ 


Kl  11' Il  M. oi;  20.1 

h  uue  défonnalioii  ((iirl«|u<'  |ieii  hi'TCticpie  du 
<oiiH  du  iiiol  iiiy>ti'M*.  Selon  l'orlIiiHloxw,  le 
tiiynUrr  |mn»il  l»i»ii  rln*  iinr  vrrilr  iiM:nimais<i]»l«» 

;i  <it'li«>rs  lit*  la  rrvéiatioii  l>i*'n  [iliiliM  (Iii'uik' 
|«n»j»o>ilinn  iiicniiijinlifiiiiibU'  |Kir  fHst'mv.  S;inH 
dfiiili*  le  iiiy>lèrc  a  ({iirl(|ii(>  clins<>  (riiiiiili'lligili|(\ 
mais  Cl'  nti^l  |hhiiI  sur  cvi  attribut  qur  la  tlu''<>lo|^«\ 
«lu  moins  fraiiraist*.  |iort*^  lacceiit.  bi*  niaitri's 
rlu  wir  sièclo  S4»nl  particulirniiii'iit  formels  sur 
rr  |K»in!.  •  CoM  un  my^lèn*,  clirrliiMi'i,  (UVIarr 
UounlaloUL'  parlant  di'  la  Ucsurrcction  de  Jrsiu^- 
«  lirist,  mai  A  ce  tit^xt  point  un  mijAifi'f  oLvuv  ni 
ilifjirih»  a  /M'iiéirer  ».  •  Ni»Uî»  iw  MHUJiies  plus  au 
Uiups  t|u*il  failli"  cacluT  Its  inysti>i\»s:  cou\  (de* 

\é^'ti^)  t|ui  se  S4)ut  rrudus  oliàcur*^  ont  eu  de 
iMinm*^  rai-'OMs  \hhïi'  clLi.  »  i.Maijivm..  i*rfffii/ur 
ffu'ilf  pour  rirrer  I  ùmea  la  coiitnn  plat  ton ,  p.  3l»i.» 
*  itons  eucort'  ceci  :  •  El  ne  cn>yez  pa.^,  je  vuil» 
l»rie.  que  le  trésor  de  la  piété  chrt'tienne  suit  uiu* 
rlir>s».'  si  aichéc  et  si  iucouuui*  cfunine  voil<  iiw 
le  maiidi-z.  ('/est  mw  luiiii«*n'  qui  t^l  txiMiiW'e  |>ar 
^auit  l'aul  à  touâ  les  clnélieiiH,  el  par  Notre-Sci- 
'  ;\  t«>u-  <i*s  dist'ipleH.  «'I  à  lou>  0'u\  qui,  s#» 
...«■ntautdc  rKvanfide,  ur  veuleul  nrn  di»  leur 
iropre  invention  dan<*    li's  voi«»s  clnvtienn«»s.    » 

M.  Oi.iFn,  LtUrrn  $jHs'itiiHh.n,  C\\\ll.  i  \  oilà  l»ien 


i04  BELPIIECOR 

une  dôclaratioiule  la  ii(Mi-a<;i»oscil)iIitê  du  dognir 
chrétion.  Il  serait  inlcnssanl  de  rt^cherchcr  si  co 
nesl  j»as  surloiil  les  lK\'<oins  des  s<)ciélés  mon- 
daines et  avidrs  de  trouble  f|ui  ont  rendu  le 
iijy^lère  chrétien  inyslérieiw. 


Note  J  *page  129) 

/.''  )'oinontisme  de  la  raison. 

Si  \\m  v«-ul  constater  ce  que  l'apologie  de  la 
raison  a  de  romantique  chez  certains  de  nos 
docteurs,  dont  h'S  noms  sont  sur  toutes  les  livres, 
on  n'a  iiu'à  confronter  leur  ton  avec  celui  de  tel 
écrivain  du  \vn*  siècle  traitant  du  même  sujet. 
Qur  l'on  compare.  |)ar  ex«'mple,  la  proscription 
*\e  l'ahus  <lu  savoir,  la  condamnation  de  la  libido 
sciendi,  chez  l'auteur  de  VAveiiir  de  l' Intel lir/etice 
et  chez  Malehranche  [De  la  curiosité  ou  de  l'inch- 
nalion  ]X)ur  les  rhoxes  nouvelles  ou  extraordinaires: 
Jhi  désir  de  la  science  (\)]  ou  encore  chez  Nicole 
^  De  la  manière  d'étudier  chrétiennement  y  XlIIi. 
(l'est  proprement  la  «lifTérence  du  même  th^nie 
moral  traité  par  Kzc'cliiel  ou  |>ar  Xénophon. 

(I)  He>'henhe  de  la  vérité,  IV.  m  cl  vu. 


D  ELI*  Il  KG  OR  S(05 

L'rlogf  «luoii  (ltk;erne  journellement  au  grarnl- 
pr«'-lre  <lo  V Action  française  d't  être  rereiiu  aux 
riiu'iirs  (lu  slylo  rlassiqu»^  »  fait  cncoro  s<»urin* 
<|uaiid  nii  coiisulen.'  «^uii  eiilhnusiasiiie  |K)ur  •*<-^ 
pnipres  doctriiips,  s<»ii  achamemcut  à  |)ersuailer, 
-Jirloul  sou  ton  violent  et  méprisant  à  IV'ganl  dr 
i  adviTsain*  irien,  en  vérité,  de  crliii  do  Bosquet 
|M»ur  Oomueil  (»u  JurifU,  ni  mémo  de  Château 
l»riand  |x»ur  Voltaire).  Happelons,  sur  cis  sujeU. 
i|uel(pi(>  d«n:laralioiis  «I»'  l'f'spril  classique  : 
c'est  iV-llisson  sélevanl  contre  «  ceux  qui  sou- 
ticmient  la  vérilé  à  contretemps  et  avec  trop  di* 
chaleur,  sans  complaisance  et  saru  discrétion  »  ; 
c'est  llulTon  voulant  Discours  sur  le  style,  (|ue  la 
«  [R'rsuasioii  nitéricure  ne  se  marque  |>as  par 
im  enthousiasme  trop  fort  et  qu'il  y  ait  |>artout 
plus  de  candeur  «pu*  de  couliaiice.  plu-^  de  raison 
'pif  de  chaleur  ■:  c'est  surtout  .Nicole  ensei^nant 

l)rs  moyens  de  conserver  la  jMiix  entre  les  hommes. 
I.  ix)  que,  dans  la  controverse,  n  ce  ne  sont  |t;is 
!anl  no*i  s«iilim«iils  rpii  cliM^pient  les  autres  que 
!.i  manière  li«re,  presomptueusi',  iklssiouiuV, 
■  Méprisante,  insultante  avec  laquelle  uou»  les 
pro|K/sons  f,  qu'-    il  faudrait  donc  apprendre  \ 

•'»ntn*«lire  civilement  •,  et  encore  que  t  c'est  hien 
:\^<ri,  que  l'ofi  {H-rsuade  à  Ceux  que  l'on  conlre<lil 

1î 


206  BKLIMIKGOR 

qu'ils  oui  lorl  t'I  (jiiils  se  (rompent  sans  leur  faiiv 
encore  sentir,  par  des  lennes  durs  et  lunnilianls, 
qu'on  ne  leur  trouve  |»as  la  uiiùndie  (Hineelle  de 
raison  ».  Voilà  des  d<K'lnnes  cla^isiiiues  dont  on 
conviendra  iju»*  .M.  Ch.  Maurras  les  a  un  peu 
oubliées.  Quant  à  <e  qu'une  action  sur  les  niasses 
soit  inip(>ssii»le  avec  ces  préceptes,  nous  sommes 
tout  prêts  à  l'accorder.  I.'apo«^lolat  ne  s;un~.iil  êlre 
classique. 

Aftl/iiiica.  l'Arruii'ilr  /7n/^///V/r//(r,  c'est  la  mou  r 
de  l'esprit  chissique  pris  pour  matièn'  d'exalta- 
tion romantique;  de  même  que,  symélriciuement. 
l'ouvrage  de  M"*  de  Staël  sur  IWIIema^rne,  c'est 
l'élofre  de  Tàme  romantique  traité  par  un  lenqié- 
ramrnl  classiqu<\  .Mais  voilà  une  anlilhès<^  l»ien 
romanli(pie. 

•Non:  K    p.iiic  152) 

A  jtrojios   ({'un  cahier  ilf^  l*''!f"l/  intitulr  :  N(»l«'  sur 
M.  r.rru^oii  cl  l;i  pliilttsophic  lu-rirsoniciuif. 

Ce  cahitM"  ayant  etc.  de  la  (>art  d'une  revue 
italienne,  rol»j»*l  d'un  article  élopieux  où  dous 
étions  pris  à  partit-,  !<•  hvteur  nous  |HTnirttra 
de  mi.'ttre  sous  s<'s  yeux  la  réponse  que  nous  fimes 
•  Ctt7io6/jt»j,  juin  iOliJ).  à   l'auteur  de  cet  article, 


BKLPIIKGOR  S07 

réponse  qui  souligne  certains  traits  de  Tesilié- 
lique  contem|K»rain«'  : 

...  J'aNonc  ne  pa>  tns  hifn  •oiiiprcndre.  Monsieur, 
ladislinclionque  vous  laites,  avet-  r6<nJ>.  entre  la  rai- 
son raitlê  et  la  raùon  suuple  ni  la  ni-cessité  d'adapter 
la  seconde  aux  [tht^nomtncji  de  la  vie  fi  cau$f  df  leur 
sompiear.  Mon  avis  osl  que  tous  Ic«  pliénonunes  — 
et  non  paiiirulitrrmeiit  reux  do  la  vie  —  étant 
soupirs  (je  veux  dii*e  roniplcxrs  et  nuances i,  la  seule 
raiaon  valable  en  toutes  cirronstances  est  uniquement 
la  miâon  mtuple.  Kn  d'auti'es  termes,  la  rai&on.  8«^lon 
moi«  est  souple  ou  elle  n  csl  |ioinl;  rc  que  \ous  ap|ir- 
lei  rnxstm  rauie,  je  rap|»#'ller.iis  volunliei-s.  et  avec 
vous  sans  duulc.  beolisme.  ou  fiirore  scolarili^... 

Mais  ccUe  raiaun  muplr^  laquelle  m'appamtt  don<- 
commc  l'intelli^cnre  m<^me.  n'a  rien  à  \oir  av«»c  l'a* - 
tiviti'  (|ui  ronsisie  h  se  mettre  ^  dans  l'inlcneur  »  du 
ph^^nom^nc  de  la  vie,  à  «  \ivre  la  p<>us5ie  \iljle  «a 
1  exclusion  de  toute  raison,  arti\ile  qui  constitue, 
n'en  déplaise  à  Péguy,  l'iotuition  Ijerpsonienne... 

Je  ne  «aurais  acquiescer  non  plus.  Monsieur,  à  la 
synonymir  que  aous  établisse/  enli-e  .  al)sir;uUon  • 
et  •  raideur  ».  Il  me  semble  qu«'  lab-lrait  peut  rire 
fort  nuane^  :  sans  parler  de  1  exemple  qui*  m'en  donne 
la  matbématique  su|K*rieure.  mais  en  restant  dans  le 
domaine  de  la  pbilosopbie.  •  ux  ftour  pn'uve 

que  rertaïue    /{/•/>/nv  mu  ilf  l)e>rarlcs  ou 

encore,  |>ouren  revenir  aux  pbenom«-nes  d**  la  \ie,  les 
y.nMnt%  de  d^fimttoH  dr  In  t ,.-  <!#•  ÎÎim  I^-r»  ^|ii>nccr  dans 
ses  hnitripe»  de  Bioiugi 


208  BKMMIEGOR 

J'ai  dit  plus  haut  qw.  par  souj)lesse  tie  la  pensée, 
jenlendais  sa  coiuplexiU',  son  nnanceincnl.  Si  c'est 
cette  s()U|tless('-l;i  que  goûtent  nos  contem|K)rains,  je 
pense  comme  vous,  Monsieur,  qu'il  n'y  a  rien  là  que 
de  très  louable.  Mais  je  crois  (|ue  la  souplesse  qu'ils 
},'oùtent,  ce  n'est  jias  la  com|ilexilé  de  la  |)ensée, 
laciucllc  roiisisic  on  somme  dans  une  gamme  de  con- 
(•e|>ls  extrêmement  divisés,  c'est  Vahsonce  df  mnrepU, 
c'est  la  pensée  dans  sa  pure  ^<  Huidilc  »  de  smtimen! 
des  choses,  dans  son  relus  de  «  se  liger  »,  comme  ils 
disent,  en  la  moindre  allirmation  de  l'intellect.  «  Ave<- 
des  arrêts  (des  concepts),  dit  Hcrgson,  si  divisés  soient- 
ils.  Vous  no  ferez  jamais  «lu  mouvement.  •>  C'est  ce 
iuoui'»'mcnl ,  ce  qu'ils  veulent,  pmisémenl  dans  sa 
pntscriplion  de  .tous  conrrpts^  quels  qu'ils  soient. 
J'avouo  que  le  goût  de  celte  souplesse-là  me  semble 
un  goût  de  jture  sen.salion,  assez  peu  res|>ectable. 

Tour  en  finir  avec  la  raison  raide  et  la  raison 
souple,  je  songe  qiio  peul-t'tro  vous  entendez  par  là, 
MonsitMir,  la  célèbre  distinction  de  Piiscal  entre 
l'esprit  géomélricpio  et  l'esprit  île  finesse.  Kn  ce  cas. 
poimettcz-moi  de  din^  que  :  !•»  je  n'ai  point  laissé  de 
roconnaitro  la  suprême  valctn-  de  l'esprit  «le  finesse 
(que  j'appelle  Viiitrllif/enre  inluilirc  par  opposé  à 
Vinlelligniœ  disctirsirv)  et  de  marquer  (Sur  le  suro's 
(lu  Hriffsonisinr,  p.  lOS  et  suiv.)  qu'il  est  à  la  base  <le 
presijuc  toutes  les  découvertes  scionlifiques.  encore 
(|ue  cet  esprit  de  llnesso  ne  m'apparaisso  pas,  ainsi 
qu'on  \out  nous  le  faire  croire,  comme  plus  parlicu 
liéronienl  nécessaire  aux  découvertes  biologiques  ou 
psychologi(jues,  et  que,  de  plus,  eu  aucun  cag,  il  ne  me 


llKI.I'MFGoa  L»0'» 

écmbic  devoir  m  sudin;  à  iui-mrnin  ni  ptiuvoir  le 
pjLHser.  |Kiur  fain*  «l'uvrc  «le  sci»Mn  i^.  il««  lesprit  içéoiné- 
Iriquo  ou  rén»rlu  :  qiio  :  t*  rojiril  ilc  nn€*J»s*  —  ou 
intelli)(pnco  vi\e.  soinlainc,  divinatrice,  mni%  inteUi- 
ijence  —  n'a  rien  à  voir,  lui  non|»lu.«*,  avc«-  l'intuition 
bergsonitfnnc  ou  alxlicxition  de  toule  tg/tfct  d'întet- 
ligencr  au  profil  dr  la  pure  jtouœe  vttaU'.  C'»»st 
toujours  relie  m«inr  rqui\«>que.  ronlro  «pioi  je  ne 
redite  de  m'élever  :  le  l>erKsonisnie  est  coniitaniineiit 
pris  pour  une  rxaltnlion  des  formes /i;!***  de  l'inleili- 
^ence.  ce  qui  nalurclli-inenl  lui  roncilie  1rs  esprits 
déliraU.  alors  qu'en  vrrilé  il  esl  l'exaltation  d'un 
rlul  tiiinteiiecfurt,  qui  n'*pudic  Umt  o»  7111  est  xutellx- 
genee.nuui  bien  fine  que  non  fme,  di»s  l'instanl  qu'elle 
est  inlellipence.  au  profit  d'une  pure  |>oussée  vitalr: 
doilrinr  dont,  au  contraire,  m»  dûtournenl  ininwilia- 
Irnienl  «es  m-  ts,  pour  In  laisser  aux  s«niU 

ni3fHli(|ues,qu.ii   .  uresl  dénonréedHn"  sa  ivalilé. 

Pour  ce  qui  est  de  déclarer  av«T  Vv^y  qu'il  y  a 
plus  d'appi-ofondissrnïent  «Ir  l'homme  dans  un  chcrur 
iV.Kntigtnir  (|ue  dftus  l'o-uvre  de  Kant, c'est,  j'ose  dire, 
«lahlir  des  df;;rt''s  entre  des  rlios«»s  qui  n'ont  rntrc 
ellt-s  aucun  rapi»orl  »i  ce  n'est  piir  un  abus  drs  moU. 
Huel  rap|K>rt  y  a-t-il  entre  l'approfonilissemenl  du 
ni'ur  de  l'homme  qu'est  une  pape  de  Sophorlf  ri 
l'appiiifondissemcnt  dr  sa  farultr  «le  piMiser  que  \cnl 
rire,  piir  oxrmple.  la  '  »  jmrr*^  Ce 

que  voulait  dirr  l'«"^'U>  Ir  W)n  tMrc) 

c'e^t  que  rapprofondiHsemenl  du  cœur  de  t'homino 
i'uitrrr^juiil,  tandis  qur  l'approfondissement  de  m 
ta«'ultc  dr  |M'nscr  ne  iuihmstut  jmh.  C  était  un  pur 

tt. 


2i«)  HKLI'HKi.OK 

jugement  «le  \alenr.  la  jiuro  afliiinaliou  d  une  préft!*- 
rence. 

II  nie  semble  que  celle  fonilamenlale  pn'férence  île 
Péguy  ne  saurait  èire  trop  rclenue  pour  la  compré- 
hension <!•'  re  qu'est  son  œuvre,  et  surtout  »le  te 
quelle  nesl  pas.  Héj;uy  ne  s'inléressiiit  qu'aux  mou- 
vemonls  de  l'une,  ù  la  vie.  à  la  lutte:  les  id(!*es  en 
tant  que  telles  (tous  si's  amis  vous  le  diront) 
rennuvaienl  à  périr.  Ceux  qui  s'v  complaisent  lui 
semblaient  de-J  enfants,  n'avaient  que  ses  dé<lains.  Sa 
dernière  œmre  est.  à  l'occasion  de  la  philosophie 
bei'gs<»nienne.  un  admirable  élan  lyrique,  — singuliè- 
rement touchant  à  la  veille  de  sa  mort,  —  en  l'honneui- 
de  l'amour  humain,  du  roumge,  de  la  lutte,  des 
philosophies  dam  la  mes^ire  nii  rllrs  sont  des  élihiifnts 
(i4^  httle.  L'examen  des  idéis  berçsoniennes  ni  faut 
i/n'idrt's  el  de  leur  dcffré  de  justesse  n'y  est  jinipiT- 
ment  pf»int  l<ujché.  Au  surplus,  Péjçuy  a  déclaré  (voir 
sa  note,  j).  68)  que  prendre  une  philosophie  avec 
l'inlention  d'établir  qu'elle  a  tort  ou  raison,  c'est 
propr»Mnenl  monher  «  qu'on  ne  s;\i|  j^as  de  quoi  on 
\M\v\e  »i.  Nr  lui  taisons  |>as  l'injm-e  de  crtùn^  qu'il  a 
fuit  ce  qu'il  mépris;ul  tanl. 

Veuillez,  etc. 


HRLPHKGOH  tii 


NoTK    L  'lUlg»»  173) 

...  Ijfx  ffinmes  d'alor»  avaient  if  resjin'tde  la  forme 
(l'àme  matiruime^  s'èvaluaietU  daiiA  la  tuestwe  <m 
elle*  y  lemlaitmt.  • 

Pn»«tju«^  tout»'  la  n*vvi)ilication  des  fiMiiino^  do 
i'aiici4*ii  r<Viiiic  en  favt*ui'  de  leur  sexe  con<«i!4ait 
A  snuUMiir  qu'il  (sl.  aiifanl  qiiP  raiilm,  rapablo 
d'aclivil»'*  uitt'lhftnfllr.  M""  <ii>  «HMirnay,  .M"""  d»-; 
Hcx-hes.  M"'  i\v  HoiiiiiMi  (vnir  V.  du  Bi.ed,  la 
Société  /ranrniAt\  wi*"  ol  wiT  siisrltsi,  l'xaltenl 
chez  les  femmes,  rapliliide  au  «  savoir  ».  Lue 
héroïne  des  iUumet»  de  iacrantlièe  (♦»''  journée), 
voulant  dénuuilnr  la  suiH-riorité  de  sou  sexe,  la 
fait  oi>n<^isl»T  en  c%-  que,  si  nous  •  jiMonn  le^  yeux 
sur  les  .icirnrex,  (irfs,  métif'r.t.  pndiffues  et  inien- 
tioftg,  la  |ilus|»arf  m*  Irouvera  lin-e  de  la  teste  des 
femnn's  »,  rt  aussi  dans  ce  *|uon  a  vu  un»'  infi- 
nit»'*  de  fl  u'mnds  cer>*eaux  de  fi^mnies  régir, 
maintenir  <>l  ::«»uvern«r  »  des  n>yauui»'s.  h»  sujet 
d'indigiiatittii  d  une  «'•UVanle.  dans  te»  (irafids 
Jount  d'Anr^n/fi*'^  c'esi  qu'on  n'fuîM*  A  son  si»xe 
•  rusaL'»"  •''•  «n-i '•'•>••»•  •    •'•'•     'ti' 


•212  H  KL  PII  KG  OR 

La  |ir(''lcnlion  ([u'onl,  au  conlraire,  les  feinines 
d'aiijourdliui  de  valoir  par  des  qualités  propres  à 
leur  sf'Xf'  el  dont  le  iiiùle  serait  dénué  (sponta- 
néité, inslinctivisnie,  intuilionnisineK  s'accom- 
pagne chez  elles  d'une  hauteur  à  l'égard  des 
hoMiiiM's,  d'un  mépris,  d'une  sorte  de  volonté  de 
brimade  qu'atirune  soci<''l«''d'anlan  semble  n'avoir 
connue.  (Il  va  un  liviv  à  faire  sur  l'histoire  des 
ra|>j)orls  des  sexes  dans  la  bonne  société.)  S'ima- 
gine-t-on  une  de  nus  élégantes  écrivant  à  un 
ambassadeur,  comme  M"-  de  Sévigné  au  duc  de 
C.baulnes  :  «  Je  baise  tiès  humblement  les  mains 
de  Votre  Excellence  »,ouà  M.  r.lemenceau,  comme 
>!'"'■  de  Chevreuse  à  Hichelieu  :  "  Je  suis  voire  ser- 
vante » .'  Ne  perçoit-on  pas,  au  contraire,  chez  les 
femmes  d'aujourd'hui,  quel  que  soit  le  rang  de 
l'homme  auquel  elles  s'adressent  (sauf  i>eut-étre 
s'il  est  homme  d'Kglisei.  le  sentiment  de  la  supé- 
riorité qu'elles  se  décernent  de  par  leur  étal  de 
femiiir  cl  la  voloiih'  qu'on  la  senle?On  saisira  sur 
le  vif  cette  ditféience  en  lisant  les  lettres  qu«' 
reçoivent  de  leurs  c(»rrespon(lantes  de  sinq>le^ 
hommes  du  monde  connue  Bussy,  La  Hochefou- 
cauld,  Saint-Kvremond.  le  président  de  Brosses. 
Ouel  |»arfait  pied  d'égalité!  nu«dle  absence,  chez 
ces  fennnes,  de  tout   esprit  de  distance!  C.oinme 


DELPUéCOa  11) 

ollfs  sont  totaloineiil  iiuIiMiine^  d«'  cmiro  ((uVlles 
fonl  iiii  (I  honneur  •  à  l'homme  on  causant  avec 
lui!  Qu»'lle  vrritablo  n^publiqu»»  que  c«-lt«*  bonne 
couipa^K^nie! 

Celte  nouvellr  attitude  des  femmes  |»our  le  «exe 
mas^nilin,  dans  la  In^imo  Hn'irtt'  m<Klerne,  tient 
enri»re  à  d'autres  raisons,  h'abord,  c'est  à  |ieu 
près  elles  seules  maintenant,  dans  cette  classe, 
qui  m«'nent  une  vie  moelleuse;  l'homme  se  lue 
au  travail,  et  ïK)urell«»s:  no  faudrait-il  |kis  qu'elles 
fuss«»nt  aiï»*ct«'*es  d'une  ék-vation  morale,  à  quoi 
en  vc^rité  rien  ne  h»s  di'^signe.  |M»ur  qu'elles  n'en 
t'USMMU  jMiinl  |M»ur  lui  le  plus  profond  mrpris? 
Ajoutez  qu'ayant  seules  des  loisirs,  elles  sont  de 
plus  vu  plus  seules  à  avoir  quelque  culture,  et 
qu'ici  encore  on  ne  voit  pas  pounpioi  elles  auraient 
la  nobifsse  de  no  s'en  point  Irouvt-r  supî-rieures. 
Au  reste,  leur  mépris  jn)ur  li>  hommes  isi  parlajçé 
par  U^  honnnes  eux-m^mes.  Je  sais  certains 
d'fnire  ct-ux-ci  qtii  diri^'cnt  des  entreprises  im- 
m<'ns4>,  commandent  à  de:»  nnlliers  d  ouvriers, 
transforment  des  industries  et  changent  la  face 
du  monde;  non  seulement  leurs  femmes,  parce 
qu'elles  Si'  li'vent  A  midi  et  pianotmt  du  Schu- 
mann.  s'esliment  iidinnnent  au  d«'^sus  d'eux,  mais 
ils  souscrivent  entièn*ment  à  ce  jugement. 


214 


HKLI'IlKCiOJl 


A  cCAo  de  celte  volonté  do  brimade  de  la  |Kiit 
des  feiiunes,  el  comnie  en  sens  contraire,  il  ^on- 
vienl  de  noter  une  autre  tonne  de  l'invasion  du 
mauvais  tioùl  dans  les  relations  des  sexes  :  la  vo- 
lonté de  cdmarnderif.  VM-W  l>e«-nin  de  dire  (pie 
celte  camaraderie  n'a  rien  à  voirave^*  les  rappoils 
dont  nous  parlons  plus  haut  du  président  de 
Brosses  avec  ses  correspondantes? 


UN 


iMPRiviiiiK  ciiAU.  m  y.  iiEiu-.Kur..  20.  p\ris.  — 1164-2-18.  —  Ibot Urfllf«). 


et       ^21 
•e45tt4  1918 
CCO   BENOAt  JuLlt 
^CC*  101AJ3<; 


etLPHLGCR. 


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IjCT  1  ?  78 
UEC0  5'7a 


tl-V^Tl 


î^  2  6  20 12.